Archives par catégorie : Pilotique

ANNIE POM POM

© Cyprien Lurraghi 2007

31 mars et presqu’avril, Annapurna Lodge

 

Ma pauv’ doudou s’est chopé l’blues,
Juste avant mon départ.

Ça cause d’un gang de fonctionnaires
et d’une case non cochée
sur un des abscons questionaiiiii-ai-reus
dont ils se refilent le secret
du petit-fils jusqu’au grand-pèr’…

 

Alors voilà. Je suis au Népal, donc.

Neuf mille bornes, le migou, ses fameux « toilet paper treks », ses Maoïstes d’opérette, son roi déchu terré dans son palais au centre-ville, sa foule qui passe devant et qui s’en fout ; son voile mystérieux de poussière diaprée nimbant la ville entière et les poumons d’une vivifiante picricité ; ces braves sherpas, dont l’abnégation pousse le bouchon jusqu’à demander au speaker à ne jamais citer leurs noms après avoir cité ceux des alpinistes rosâtres viandés dans une expédition.

Bref, le panard, les vacances, congés-payés 36 au doux pays des vahinés bridées annapurniennes…

Ils doivent nous avoir dans le pif…
Je sais pas, moi…
J’sais bien : l’Indiana Jones standard, il se tire de son trou à ploucs, il se colle le chapeau ad’hoc sur ses deux dures-mères, une coque dure, une couche de tifs au d’sus… et après, tout le restant du film, il est barré ailleurs, loin de son pétauchnoque, et des petits tracas d’une administration tentaculaire.

Il y revient jamais.
Avant, t’étais au Népal, t’avais le télex en tôle émaillée verte à l’agence, qui crachotait des trucs pas bien tapés qu’on comprenait pas. Tu renonçais d’emblée à l’idée même de confier une lettre aux soins des postes népalaises. T’étais vraiment loin de chez toi. Tu remontais à peine vingt ans auparavant (là, j’ai pas connu) et non seulement tu franchissais une frontière, mais t’étais projeté trois cent ans en arrière.

Et maintenant il y a le Net.

C’est pas moi qui jetterai la pierre, vous vous en doutez bien.
C’est devenu un sacré souk où la modernité choit en vrac à pleins caissons sur le râble des gens et, du touillis grumeleux que ça produit actuellement, la chantilly va bien finir par monter. Il y a aussi tout un tas de trucs qui ont changé en bien, avec tout ça. Tiens, dans un billet précédent, je parlais des petits amoureux du troquet. Ben ça existait pas. C’était cent pour cent de mariages arrangés. Là, ils sont pas bien nombreux, mais y en a et ils se planquent pas. Et ça n’a pas l’air de choquer grand-monde.

Quand même… Chez nous autres, c’était quasi pareil il n’y a pas si longtemps qu’ça… On va pas revenir là-dessus…

Le Net aussi ; quand tu vas à Thamel (le camp de rétention touristique où on les gave au croissant-beurre local, pas comme à Guantanamo), les machines sont bien alignées, toutes pareilles, et c’est que des rosâtres qui pianotent. C’est trente cinq roupies de l’heure. Pour un coup de wifi en terrasse, soixante.

Ailleurs en ville, c’est une échoppe à momos (raviolis tibétains) basse de plafond transformée en cyber, avec du vieux Pentium (toute la gamme vintage, du 1 au 3). Là, non seulement c’est quinze de l’heure pour les habitués, mais ça ne va pas plus lentement. C’est du Numéris 128 Ko/sec qui alimente à lui seul une bonne douzaine de bécanes, avec des switches vissés de traviole un peu n’importe où avec des câbles comme dans Brazil, et des claviers qu’ont fait Verdun. Mais ça marche. Faut surtout pas appuyer sur F5 en rafale, sinon ça fige tous les autres postes. La composition en ligne d’un billet et les manips sur le serveur distant de chez Free sur un blog sous Dotclear relèvent de la haute science balistique ; et on ressent à son succès le même émoi que l’équipe de la sonde Huyghens transmettant sa première image du sol de Titan à la Terre, après l’interminable silence radio de la phase finale.

Tu révises en courant du regard, voir si le mix est cohérent : images, textes, liens et tout le bintz qui va avec. T’appuies bien fermement pour balancer la purée dans le câble. Ça mouline sur l’écran. C’est en suspens ; figé. Tu ne sais pas où c’est, si c’est coincé, ou bien parti. T’as largement le temps de te rouler une clope et d’en fumer une moitié. Il ne faut surtout pas fixer l’écran, des fois que ça pourrait empêcher ; t’en deviens superstitieux. Et puis ça passe le goulot. Ça reclignote vert sur l’adaptateur réseau. Là, je m’octroie un café. Ils te l’amènent d’en face. Tu payes le petit gars direct ; et puis on cause technique avec ze boss. Qui est très sympa. C’est très populaire ; plein de jeunes employées qui viennent faire du MSN avec les copines ; des gars avec leur casque de moto posés à côté de l’écran, qui passent une petite demi-heure à admirer les jolies starlettes orientales fort décemment vêtues, quoiqu’aguichantes. Y a un pote ou deux qui les rejoint, ils rigolent gentiment en commentant les nippones icônettes ; et on s’en va, chacun chez soi.

De temps à autre, une grande asperge blanche s’énerve un peu, vu la lenteur limaçonnesque de la connexion (qui ne décroche jamais, par ailleurs) ; mais ça ne va jamais bien loin : les autres lui expliquent que c’est comme ça, et que c’est déjà vachement bien. Et que le boss, il y peut rien. En plus, on dirait pas comme ça, mais il entretient son petit parc bien comme il faut. Chaque machine est impitoyablement ramonée, par roulement : mises à jours, contrôle antiviral et de sécurité, nettoyage et optimisation. Sur une flotte aussi hétéroclite, c’est pas du tout évident. Y a à peu près toutes les versions exotiques de ouinedoze (hum, hum…) et faut faire avec… et procéder avec doigté ; ce qu’il sait très bien faire. Tu le colles dans une grosse boîte chez nous, et tes cinq cent postes ne seront jamais en carafe. Mais il se ferait chier, le pauvre !

Et puis, ce qu’il y a de bien quand ça rame, c’est que tu n’es pas happé par la célérité infernale de la machine. Y a pas plus cool qu’un Pentium 2. T’as le temps de siffloter la Carmagnole et d’aller pisser tranquillou, pendant que ça enregistre le bout de texte de la fin de soirée, et qu’Olive dort à poings fermés.

 

 

***

LA FÊTE AUX BUREAUCRATES / SOUS BILLET

 

1er avril, sept heures.

Moinillons et corneilles m’éveillent…
Puis c’est la cloche du templion d’à-côté.
Olive pète un coup, puis il ouvre les yeux.

On se descend tout droit dans l’escalier
vers le petit déjeuner.

***

 

Une heure et sa demie.

Après un litre de café pour moi, et un porridge à la banane pour le collègue, on s’entame un bon Scrabble. On a décidé de ne rien faire du tout, pour le premier avril, qu’est jour des fous pour les grands britanniques. Et puis, comme on est à deux mille bornes de la mer la plus proche, on n’a aucun poisson à accrocher ; c’est la bulle.

Hé oui, on est encore pas partis ; les embarras gastriques d’Olive n’ont commencé à recéder qu’au moyen de pilules d’une médication antique, et populaire en Inde. Du coup, il est encore un peu flapi et comme on a le temps, on s’octroie deux jours de rab afin qu’il récupère, et parte en pleine forme.

***

À l’Annapurna Lodge aussi, c’est relâche ; nous abordons la toute fin de saison ; les touristes refluent vers leurs horizons froids ; bientôt la canicule : on dépasse la trentaine le jour, et ça ne descend plus en dessous d’une quinzaine la nuit. La plaine gangétique va bientôt se muer en fournaise infernale, et les premiers orages iront crever sur les rhodos géants, dans les Grandes Collines.

Pom-pom, or donc. C’est 1989 que je retrouve sur le mail, mon fan-club de la Transe[1] alors qu’elle paniquait jusqu’à hier sur l’imbroglio traquenardesque dans lequel l’administration du royaume français l’avait fait tomber. Rien que pour ça je les maudit et voue au gémonies, ces peignes-culs dont notre blob national détient le monopole (on a été battus sous Brejnev, mais de peu).

Vous allez me dire que ça n’a rien du tout à voir avec ma balade au pays.
Mais si, pourtant.

Avant le départ, on a vécu quelques galères bien de chez nous, qui ont bien failli faire capoter le projet : souvenez-vous, c’est sur le blog : l’asso Dard’ Art emberlificotée avec une autre association, dont le but ultime semble être la manipulation de la paperasse… comme tant d’autres, hélas.

C’est donc en turbinant comme un cinglé (15 heures réelles de boulot dans les deux derniers mois, sans un jour de repos) que j’ai réussi à ramasser suffisamment de biffetons pour m’extraire de ma fosse.

Puis il y a eu le plan foireux de Puycity avec un notaire, qui nous a occasionné une méchante perte sèche. En France, à chaque fois que nous avons tenté de jouer le jeu citoyen, nous nous sommes retrouvés face à une machinerie démentielle et parfaitement autiste. Là, c’est la dernière fois. C’est fini : le drapeau black flotte sur la marmite ! Flap, flap !

Annie a, depuis le tout début de Dard’Art, été bénévole sans compter ses heures, alors qu’on s’était foutus nous-mêmes dans la panade à cause de salopards à dents de crocodile, comme la peau de leur portefeuille en actions.[2] Avec les élections en vue, les chiens de garde de l’ANPE et les collabos des ASSEDIC ont gentiment marché main dans la main avec le gouvernement en place (eût-il été de gauche que c’eût été kif-kif bourricot) pour faire artificiellement baisser les chiffres du chômedu, non point en leur trouvant du job, mais en les virant à coups de pompes cloutées…

Donc on n’avait embauché Annie à mi-temps à l’asso (ça paye pas un pécot de plus que ce qu’on touche déjà) avec un contrat à acronymes variables, et moi idem à plein temps et au SMIC. Financièrement, ça le faisait un peu de justesse, mais ça gazait. Déjà, avec l’asso cadurcienne qui nous avait maqués, j’avais rompu le lien un mois et demi avant le départ ; du coup, je m’étais fait radier de la liste des « demandeurs d’emploi », comme ils disent… mais le contrat d’Annie était en cours, et on avait décidé de laisser pisser.

On avait tout en règle avant le départ. On croyait. Mais c’était sans compter sur ces clampins qui s’ingénient à merder dès qu’ils consentent enfin à justifier le salaire qu’on leur verse.

Une case non cochée, c’est rien me direz-vous. Macache.

Et encore, si c’était de notre faute ; mais non : c’est un gland de l’ANPE qui avait dit et redit de la laisser en blanc.

***

Pom-pom…

Ah ! ça fait du bien ; rien de tel qu’un coup de rogne pour remonter à bloc les bretelles de mon moral perso… Et puis d’abord, j’aime pas qu’on rende Annie malheureuse. Les premier qui y fait du mal, j’affûte mon clavier. Et après, ça va mieux.

Des fois si t’as pas la rage, t’es foutu. Mais faut pas s’incruster non plus au pays de colère. Et hop, on passe à autre chose de plus pimpant…

***

Sauf que là, j’ai le billet, mais pas les jolies nimages qui vont avec.
Mais ça viendra demain, vu qu’on a décalé notre départ à pinces de deux jours…

J’ai faim.
Bouffer du bureaucrate, déjà c’est de la carne, en plus ça nourrit pas son homme…

Amitié

Cyp
en ligne et à l’œil

  1. La Transe Himalayenne : cf « Piste Himalayennes  »   , coll. Aventure, Albin Michel 1991. (lien à ajouter.) []
  2. À lire le vieux Sitacyp en commençant par les plus anciennes archives. []
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BILLET NOIR 01

© Cyprien Luraghi 2007

23 mars, dans la soirée et jusque tard

27 mars, de fort tard à très tôt

Olive voit deux enfants allongés dans la rue par terre, raides sur le goudron, couverts de mouches, morts ou quasis ; les passants passent comme des parisiens, indifférents devant le sans logis gelé.

C’est chose trop banale à nos deux goûts ; on ne peut accepter cela naturellement ; il faut un cœur de pierre, comme nous l’ont dit nos curetons.

Il ne faut pas penser chrétien, je lui dis. Ceux-là n’ont d’intérêt qu’à l’entretien de leur troupeau de pauvres. Sinon, ils perdraient toute leur raison d’exister.

Faire le bien. Mon cul oui. Larmes de crocodiles, comme la peau qui gaine leurs portefeuilles rebondis et muets. Itou pour les hindous, et les bouddhous qui se complaisent trop souvent sur leurs tapis de laine empilés, jambes croisées devant leurs tasses de porcelaine à couvercle d’argent. Ils n’ont rien, qu’ils nous disent. Mais macache : si leur besace est monacale, c’est autour d’eux et dans leurs temples qu’ils accumulent les dorures qui font crever les pauvres de misère. Et qui prient en leur nom, comme nos piloticiens occidentaux qui prêchent le Jaurès en trichant aux impôts. Les mousselimes aussi, sont sacrés hypocrites, à refuser l’usure aux taux des banques islamiques, immeubles plaqués d’or et limousines capiteuses comme des houris fessues.

Qu’est-ce qu’on peut faire, nous autres, hein mon Olive ?

Déjà qu’on en a chié pour venir jusqu’ici avec nos tout petits kopecks, alors que ces salauds de rupins pourraient muer le monde en paradis en laissant tintinnabuler  les doublons enserrés dans leurs hangars à guinées… qui ne servent à nul, et à rien donc. On dit Bill Gates généreux. Mais c’est une minable miettonne, que ces millions de ronds qu’il obolise en clamant haut qu’il est bien bon.

François Hollande n’aime pas les riches. Quarante mille euros nets lui tombent au bas mot dans l’escarcelle, à chaque mois qui passe. Le Porgne est milliardaire et pas en monnaie de billon. Les costards mal taillés du Ba(y)ron de Béarn, cachent fort mal l’opulence outrancière, la vastitude des terres à gros flouze, de cet homme que l’on dit si simple. Le flicaillon à talonnettes − salut Titou, c’est de ton boss que j’dis du mal, toi t’es mon pote à képi-claque − le Napoléon de Hongrie, cèle en lui l’âme viciée d’un notaire, dont l’avérée véreur causa notre malheur, à nous les Luraghi de Puycity, trois trop longues années durant.[1]

Je me suis longtemps retenu d’abonder dans le tous pourris, mais c’est un bien faible vocable, puisqu’ils sont bien plus criminels que les nazis, en leur sinistre temps de gloire.

Ce sont à ces poignées d’ordures nantipathiques, qu’on doit la misère et la mort des trois quarts des vivants de ce monde. Et Nuremberg entière ne sera jamais assez grande, pour contenir cette ignoble crapasse, lorsque poindra l’utopique matin, où ils prendront la place de Job sur son tas de fumier.

Rassurez-vous, amis européens : ils ont les mêmes ici ; comme partout sur la grande Bouboule.

N’allez pas croire que j’ jérémie, en morigénant ces enflures. On peut très bien les ignorer, et faire notre monde à nous. Faut pas baisser les bras. Jamais. Le vieux Lao dit que l’eau use le rocher, pas le contraire.

On fait cheese, ouistiti-sexe, et on se dit que ce billet tout noir, ne l’est peut-être pas tant que cela.

***

Message perso pour le blog-gang maison :

Faisons jeûner l’obèse rose et croître l’églantine. Une fois.
Aux usurpateurs de Jaurès, substituons L’UTOPARTI. Deux fois.

Et lisons donc de Majid Rahnema : « Quand la misère chasse la pauvreté ».
Collection Babel – Fayard / Actes Sud 2003

On dit oui-chef à son Kondukator
On tire trois taffes sur son spliffounet
On replie le dessus de l’ordino
On tombe les bésicles
On écrase le mégot
Et puis on en écrase
tout court

Cyp
en ligne et à l’oeil

  1. Histoire contée dans le Sitacyp, dont l’accès est réservé à de rares amis maintenant. []
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LOSAR

© Chris Fynn 2007

 

 

C’est Nouvel An.
Lequel, déjà ?

Celui de la truie de feu, tout beau, tout neuf.

Dans pas longtemps viendra l’année prochaine chez les Newars, qui sont dans la vallée de Katmandou.
1128, ce sera.
Et 2007 chez nous ; chez eux aussi d’ailleurs, ça fait une fieste en rab.
2063 Katmandou, pour les Hindous.

C’est l’ami Chris qui m’a envoyé sa cochonne en guise de voeux de plein de bonnes choses, depuis son pays, le Bhoutan, où il passe le plus clair de son temps.

Je vous les retransmets.

On peut toujours se souhaiter tout un tas de bonne choses. Ça peut pas faire de mal.

 

* * *

Nepali samachhar[1]

 

Le roi Gyanendra, qui n’était pas trop sorti de son palais, où la Révolution d’Avril l’avait placardé, s’est fait caillasser à sa première sortie ; une foule agitée l’a longuement conspué, puis un type a jeté des cailloux sur sa Mercobenz haut de gamme.
Un flic blessé, pare-choc égratigné, peuple indigné.

Le roi Gyanendra (Gyané, comme disent ceux qui l’aiment pas) n’a pas bien digéré ; le lendemain il remet ça sur le gaz : communiqué royal pour le 57ème Jour de la Démocratie : le monarco dit que c’est le peuple qui l’a poussé à faire son coup d’état en 2005.
Suppression de tous les droits, escadrons de la mort.
Milice et guerre civile et milles morts.

Du coup, ça se speede de partout : on sait que le royaume n’en a plus pour longtemps.
La République se pointe à l’horizon.

Poussiéreux, l’horizon.
C’est la fin de l’hiver ; ça va cagner bientôt.
Cagnasser, même, et surtout dans la plaine, -le Téraï- où le dernier carré des pontes régilâtres a soulevé les masses en émeutes, ces semaines dernières.

On tente de diviser le pays.
Trente-six ethnies, trois groupes linguisitiques bien distincts.

Trajet du Téraï aux sommets : pas plus de cent-vingt bornes.
1/4 de France dont 3/4 de montagnes.

27 millions de gens vivants.

* * *

Mais ça n’a pas marché : ça s’est fripé comme un soufflé au congélo.
Ça va, ça vient… on sait pas trop encore.

Les Maoïstes sont au Parlement.
Mais Prachanda (le Féroce) n’est pas Pol Pot, c’est étrange.

Je suis très curieux de voir ça.
J’ai vécu au pays quelques chouettes années, il y en a quinze de ça.

Puis je n’étais plus venu.
Ça va me faire tout drôle.

Tout doit être autre.

Katmandou, en 80, y avait tout juste deux cent mille personnes.
Un million maintenant.

La ville est dans le cul d’un chaudron : la Vallée.
Et ça glougloute dans la caldera.

C’est dans un mois tout rond.

L’ami Zolive viendra lundi à la maison.
Je turbine comme un Turc.
Machines à la chaînes.

Là, il est 2 heures et 58 minutes du matin.
Il y en a quatre qui moulinent comme des folles.

Et je vais me coucher.

À tout’ ! À plus !

  1. Les nouvelles en Népalais, quoi… se prononce « samatchar ». []
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France 2006

Scan direct © Cyprien Luraghi 2006

 

Le manche, les plumes et la poussière…
La France de 2006 s’emplume le croupion
Et s’implante le manche, jusqu’à la garde.

Bleu-horizon dans son costard-poussière,
Empalée jusqu’à l’os et mourant de sclérose,
Elle vit au dix-neuvième en plein vingt-et-unième,
Cultivant l’empapaoute et la déroute,
La déprime d’une nation qui n’est plus ;
Du chef d’état voleur au cadditoyen gras,
Ça se pousse de la croupe à la caisse.

Non, c’est vrai quoi… Z’appelez ça une civilisation ?
Sérieux ?
Ce tas de bo…vidés ?
Ces gallines trop molles ?

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Pays de morts

© Cyprien Luraghi - 2005

 

Dans ses villages, il n’y a nulle
âme qui vive.
Au bord des routes sont ses morts,
debout comme des stèles.

Vivants, voilà : c’est ceci qui advient
quand bornes dépassez
moules brisez
normes dynamitez
cloposses crapotez
et trop aimez.

Coulez vous donc dans le Grand Gris
qui de son carcan-chape
enroidit le pays.

Il fut un temps où non
mais il est révolu ;
telles révolutions le furent,
il y a no future.

Des tout petits oiseaux se disent
en dissertant serrés ainsi que sprats en caque
et rats en cage
qu’ils sont de libres citoyens.

Mais macache :
à l’instar des macaques,
hululant aux métèques
ils s’échauffent le bréchet,
en vain puisqu’ils sont poules.

Frileux gallinacés
se poussant du Caddie
dans les supermarchés.

C’est mon pays, le nôtre,
celui où nous vivons.

Parfois les morts dressés émergent du brouillard.
Parfois encore….

Ce n’est pas drôle.

Ratatinons le borgne
et niquons le Nico.
Virez-nous Ségolène.
Rendez-nous Segalen.

 

 

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