Archives par catégorie : Pilotique

Abstention Présidente !

Photographie : Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © 2016 - ICYP

Darder les œils hors de la coque, suçoter deux trois gouttelettes de rosée, suivre la petite nervure afin de rejoindre la grande. S’extraire du rêve, enfiler les habits, siroter le caoua, se munir de la carte d’électeur, monter à la mairie de Puycity en suivant la venelle jusqu’à la Grand’ Rue, faire la queue, foutre dans l’urne à Marianne : ce rituel immuable et saisonnier, c’est fini. Ça s’arrêtera au caoua dorénavant. C’est que je ne me sens plus franchement citoyen, voyez vous. Plus du tout, même. Pour des tas de raisons que je n’ai pas envie de décliner icy. Des raisons purement personnelles. Rien de politique là-dedans. Encore que, dans le fond, en y réfléchissant bien…

La démocratie est un produit de consommation courante comme les autres. Ces salades qui nous gouvernent, déjà. Ces grosses légumes qui se gavent au détriment de nos nutriments. La liberté pour les uns et cause à mon cul pour les autres. L’égalité à tous les étages, surtout ceux du haut. La fraternité entre gras de la bourse et démerde-toi coco avec les autres cocos fauchés et si tu te plains je dégaine mon poster de petit soudanais famélique. Et le gaz sarin si nécessaire. Et le vilain Assad avec deux s comme dans SS et son copain Vladolf en père fouettard.

Non mais j’exagère, là. Je déconne. Pas possible de faire autrement : un déconnologue franc-limaçon, forcément, ça donne dans la déconne. Obligé. La démocratie c’est super cool, en réalité. J’ai eu vécu dans une espèce de dictature molle au Népal du temps de la monarchie, il y a une bonne trentaine d’années. C’était nul à chier pour les gens du cru, c’est vrai. Depuis, ils ont adopté une superbe démocratie et ont bien pris soin de conserver les antiques traditions de graissage de pattes à tous les étages. Surtout celui du haut.

Donc voilà : ce sera sans moi ce coup-ci et tous les coups suivants. J’ai déjà donné, on m’y reprendra plus. Et pis c’est tout. Après, je ne me moque pas des moinspiristes qui iront voter contre à défaut de candidats potables, pensant nous éviter le pire. Dans le fond ils ont peut-être bien raison. Chacun fait ce qui lui plaît et comme le proclame fièrement la devise de l’Icyp : FAYS CE QUE VOULDRAS.

Sur ce je retourne à mes salades, broute, broute.

E la nave va !

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Ô temps pourri, ô Mauresques !

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

Quand je ne sais pas de quoi ça va causer dans le prochain billet de l’Icyp, je demande aux copains dans les commentaires ce qu’ils auraient envie au menu. Et je note en faisant scritche, scritche. Après, je prends où pas, c’est selon. Là c’est Tigerbill qui a suggéré d’évoquer « le temps de merde qu’avant c’était la faute des spoutniks, et maintenant c’est de la faute des arabes ». Soit. Et qui dans la foulée nous a pondu le titre. Et maintenant j’ai l’air fin avec la photo de mes deux amoureux déjà calée sur le marbre. Va falloir faire avec, donc.

Les grues cendrées qui viennent de passer au dessus de Puycity se rient des frontières débiles. Comme les grues du bois de Boulogne et les réfugiés de Calais. Comme les vils islamigrés débarquant en masse pour bouffer notre pain national et anéantir notre race. Enfin je peux parler, avec un nom à coucher dehors et ma polenta ancestrale en guise de pain. Il faut bien l’admettre − et c’est moche − : les discours paranoïaques ont le vent en poupe. Un mauvais vent punais, contrairement à l’autan qui nous apporte la bonne chaleur sarrasine, pourtant. Et le printemps. Et l’amour. Et les ébats joyeux dans les buissons et les fêtes à confettis.

Ah oui, on m’a demandé aussi de parler de la campagne électorale. J’allais oublier. Hé bien je ne sais pas trop quoi en dire, sinon que les candidats me font penser à des canassons se speedant pour emporter le tiercé. Ne jouant pas aux courses, ça me concerne aussi peu que possible si ce n’est que ces canassons peuvent être du plus haut comique, ces derniers temps. Jamais je n’aurais pensé pouvoir rire en écoutant Fillon, par exemple. Ni en écoutant Le Pen débiter sa prose hallucinée et encore moins en contemplant le populaire frissonner à son unisson quand elle évoque le Complot. La méchante connerie est contagieuse, faut croire. Un des plus antiques ressorts de l’effet comique est la gestuelle des fous : on est servis de nos jours. La chute est le deuxième ressort de la rigolade : le coup classique de la peau de banane sur le trottoir.

À force de gesticuler, les fous chuteront. Comme en avril 45. Patience, les aminches ;-)

…E la nave va !

 

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Au delà du nihil

© Pierre Auclerc 2010 -ICYP - 2016Dix heures quarante-quatre : solstice d’hiver. Lui, il n’y a pas à l’attendre1 : il tombe à date et heure fixes, lui. Car la mécanique céleste ne souffre que de peu de dérives. Elle est inéluctable et c’est tant mieux. En attendant va falloir se farcir le froid pénible, l’humidité pénétrante et la pré-campagne des présidentielles avec son défilé de tronches de cakes encore plus tartes que celles des miss France. Justement : je me disais que tant qu’à ne plus participer à ce dîner de cons, autant officialiser mon apostasie républicaine comme je l’avais fait il y a trente-neuf ans pour le catholicisme. À l’époque c’était pas banal de faire ça : l’employé de l’évêché avec sa tronche de rat, en blouse grise derrière son comptoir en bois lustré était légèrement interloqué que je puisse lui demander une chose pareille. De nos jours c’est plus facile : il existe un formulaire idoine. Un timbre-poste et le tour est joué. Ça n’étonne plus personne.

J’avais donc décidé de commencer par me faire rayer des listes électorales pour apostasier ma républicanitude française. Manque de bol, après une rapide recherche sur le Net, bing : c’est pas possible. Quand tu es décrété citoyen, tu le restes jusqu’à ce que tu claques sauf si tu fais des très grosses conneries. La république française en a décidé ainsi. Ouais bon. Le problème est que la république, j’en ai vraiment rien à foutre. J’ai pas choisi d’y être ni d’en être. Elle ne m’intéresse pas le moins du monde. J’aime pas ce régime à la con. J’aime pas ceux qui l’ont pensée et créée, cette république de chiottard. J’aime pas les Lumières. Voltaire, Rousseau et compagnie je les déteste tous. La notion de nation me soulève le cœur, les rituels républicains me répugnent tant ils sont ridicules et laids. Je ne me sens aucunement citoyen et français et n’ai aucune raison pour me sentir tel. La devise nationale me scandalise comme toutes les publicités mensongères et autres escroqueries de charlatans.

Il n’y a pas de formulaire de désinscription. Comme c’est dommage.

…E la nave va !

  1. Lire le billet précédent. []
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Système Délire

Illustration © Paul Grély 1972 - Fonds Auzanneau - tritouillage : Cyprien Luraghi 2016 - ICYPJ’ai remarqué ça en lisant le journal : de nos jours tout le monde est anti-système. Des pétainistes aux ravacholiens en passant par les généralistes de Gaulle et les macronophiles. Les minorités sexuelles dans leur majorité ont été jusqu’à se priver de gluten pour exprimer leur antisystémite la plus aiguë. Quant aux majorités tout aussi sexuelles que les minorités précédentes, c’est en poussant des poussettes remplies à ras bord de bébés gras qu’elles signifient leur rejet systématique.

Tout le monde, non quand même pas. Pas moi en tout cas. Ceci est un outing : je suis totalement cent pour cent pro-système. Je l’adore trop, le système. Sa routine bienfaisante apaise mon petit cœur douillet. Chaque matin quand je me rase les samedis parfois, j’entonne ses louanges au détriment des finitions sous les ailes du nez, car il faut bien entretenir un peu d’imperfection dans ce monde parfait dans lequel j’éprouve la joie la plus intense de baigner. Le paradis n’est pas dans les grimoires religieux, mais ici-même et quand je pense que les habitants de cet Éden ne font rien que râler, ça me ferait presque grommeler. Ce qui gâcherait le plaisir, donc je me retiens.

Vivre en harmonie parfaite avec ce système béni est une ascèse redoutable. En effet, il me faut quotidiennement affronter la masse compacte et populaire des cracheurs de bile anti-système, où que je sois. Or la bile est un fluide sur lequel il ne vaut mieux pas déraper et comme mes contemporains en éjectent des quantités faramineuses, le port de semelles anti-dérapantes devient une obligation pénible. Sans compter le fait que les taches de bile sont des plus difficiles à ravoir sur les fringues. Le pire est de résister à la tentation de récriminer, pourtant il y a de quoi tant le spectacle des récrimineurs est affligeant.

Nonobstant je résiste, bien calé dans ma bulle en inox extra-épais, avec des boules Quies plantées dans les bouchons de cérumen et des lunettes de soudeur pour ne pas céder aux sirènes des anti-système peuplant ce pays. Là, je suis bien. Seul comme un gros nouillon ;-)

…e la nave va !

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Photo d’identité heureuse

Illustration © Paul Grély 1972 - Fonds Auzanneau - tritouillage : Cyprien Luraghi 2016 - ICYPLe gars passait par là en 1972. Il s’était arrêté à la boutique photo du regretté Monsieur Paul, à Puycity. Il était peut-être en permission pour alller courtiser sa mie, ou rendre visite à une vieille tante à menton qui pique, faire la nouba avec un copain de chambrée, toucher sa part de l’héritage d’un lointain grand-oncle : nul ne sait. En tout cas sur la boîte où était rangée cette vieille pellicule parmi tant d’autres, Paul n’avait pas inscrit son nom comme il le faisait pour tous ses clients connus, mais simplement « militaire ». Un soldat inconnu, donc.

C’était il y a une bonne douzaine d’années, aux heures perdues à la boutique photo de mon vieil ami le Barbu, successeur de Monsieur Paul, je numérisais le fonds de ce dernier : pas loin de cent mille clichés. J’ai dû en traiter six mille à peu près. C’est long et pointilleux. De la plaque de verre au gélatino-bromure dans les années 40 jusqu’aux diapositives des années 70 en passant par des kilomètres de bobines au format 135. Toute la vie de Monsieur Paul. Et de Puycity et alentours. Noces, communions, fêtes votives, bals populaires, banquets d’anciens combattants et catherinettes. Kermesses scoutes, tournois de pétanque, course cycliste. Foirail, marché couvert. Accidents spectaculaires, remises de médailles par le préfet et le sénateur, commémorations aux monument aux morts, bébés joufflus sur des peaux de bêtes poilues, jeunes filles en tutus, paysan fier de son cèpe géant, posant pour l’articulet dans la Dépêche. Poules au gibier. Festins de conscrits. Militaire de passage.

Au fil des numérisations les tableaux d’un petit bourg apparaissaient : de moins en moins de monde et de boutiques dans la Grand’ Rue, de plus en plus de vieillards. L’assèchement progressif des sourires. L’artificiel remplaçant le naturel.

C’est toujours comme ça : d’aucuns pleurent la perte de ce qu’ils ont assassiné ; de ce sur quoi ils ont tant craché. Ainsi dans de nombreux pays de nos jours, des torrents d’émotions étreignent les meurtriers de leurs émotions. Alors ça fantasme : ça ressort les vieux épouvantails et ça les trouve sexys. Le maréchal pue-la-pisse comme je l’écrivais dans mon billet précédent, par exemple. Le patriote : du modèle bien sanguinolent et un peu septembrier sur les bords, tant qu’à faire. Le gentil bidasse souriant, devenu méchant milicien entretemps. Jeanne la vierge folle qui boutait, boutait, boutait, l’ennemi dans sa tête en la projetant contre des murs capitonnés. Les nationalistes se cramponnent à leurs fantasmes comme des morbacs au pubis d’une charogne.

Peace and love, le monde. Bel automne en perspective. E la nave va !

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