Archives par catégorie : Népal

Plantigrade droit devant

C’est cool : après trois semaines de marche à croquer des nouilles crues[1] et à se péter les quenottes sur les cailloux dans les brisures de riz de ce pays de famine qu’est le grand ouest népalais, on a vu notre premier poulet et moyennant quelques poignées de roupies, le volatile a achevé sa course au fond de nos estomacs. Et en plus la patronne avait distillé du raxi[2] de millet la veille : quand j’ai pris sa photo le lendemain matin, Karma était encore tout guilleret. 

C’était il y a plus de vingt ans et avec un copain népalais on avait décidé de traverser l’Himalaya à pinces d’ouest en est parce que c’est bien de vivre ses rêves, et puis ça ne fait de mal à personne. Comme on avait des gros sacs à dos super lourds, de temps à autre on embauchait un gars costaud pour nous en porter une partie et nous montrer le chemin. C’est comme ça qu’on a marché quarante jours en compagnie de Karma. Un mec super, ce Karma : rustique et plouc à souhait et joyeux drille : tout comme nous. Je ne suis pas un intellectuel : j’avance en regardant mes pieds et en gardant le cap. Pas de détours inutiles : juste se fixer un but et y aller sans se poser la moindre question, et surtout pas existentielle. 

Karma, il vient d’un patelin vraiment paumé : la haute vallée de Mugu, aux confins du Tibet. Jamais il n’avait vu de route avant. C’est des ours, tout là-haut. Il y fait très froid presque tout le temps et pour y survivre il faut être bien constitué sinon la mort te croque les orteils. Il avance clope au bec avec ses vingt kilos en se dodelinant sur les chemins. Il avance. Trois semaines dans nos pattes et trois autres à marteler encore le grand chemin pour rejoindre la capitale aux temples de bois.[3]

***

Sur l’internet j’avance tout pareil : lourdement chargé, les pieds planté dans les octets : droit dans le rêve, sans dévier jamais. 

Hier soir les premiers vols de grues cendrées sont passées au dessus de Puycity. Le Barbu a vu la première hirondelle. 

E la nave va…

  1. C’est tellement misérable qu’il est parfois difficile de trouver du combustible, dans ces contrées perdues. []
  2. Alcool de céréales diverses. []
  3. Katmandou signifie « Temple de bois ». []
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LE BEL ÂGE

Jagat - Népal - © Cyprien Luraghi 1985 - cliquer pour agrandir.Jagat - Népal - CC Philippe Dulauroy 2005 - Cliquer pour agrandir.

« Brahma Satyam Jagat Mithya, jivo Brahmaiva naparah »

Brahman est la seule vérité, le monde est irréel, et il n’y a finalement pas de différence entre Brahman et l’individu-soi. (Shankaracharya)

Jagat[1] : le monde, en sanscrit. Tout petit univers comme une escale pour petit prince. Un pont, quatre baraques et tout à droite de l’image, bien planqué : un moulin à bras sous la roche où j’allais passer la soirée et étaler mon sac à viande pour la nuit à chaque fois que je passais là il y a très longtemps, guidant un groupe de randonneurs sur le désormais célèbre trek autour du massif des Annapurnas : le Grand tour des Annap’s,[2] comme on dit. Les porteurs roupillaient dans la grangette adjacente après s’être tapé la cloche d’une montagne de riz et tapé le carton en sirotant du tord-boyaux maison distillé par la dame qui se bidonne sur la photographie :

Deux cent étrangers passaient là tous les ans au début des années quatre-vingt. 25000 quand Philippe a pris sa photographie panoramique vingt ans plus tard. Aujourd’hui le hameau a été éventré par une route en construction, qui ne sera probablement jamais achevée ; lisez l’excellent billet de blog de Pierre Martin, dans lequel vous trouverez le lien vers un diaporama édifiant : CLIC.

Le progrès est en marche, camarades contemporains : il ne sait pas où il va, mais c’est allègrement qu’il fonce dans le grand n’importe quoi, lequel est partie obligée du Brahman[3] : foutue impermanence quand tu nous tiens, tu ne fais pas semblant : c’est pas de la gnognote !

J’éprouve comme un doute : il me faudrait revenir à Jagat et y passer quelques nuits à nouveau, et rester là tout observant comme un crapaud : impassible et tout ouïe, sans ciller ; éponge. Mais même pas besoin : d’ici je sais déjà sans être devin le moins du monde. Tout est tellement prévisible dans ces petits bouts d’univers. Comme dans des boîtes de Petri : les germes croissent sur le bouillon de culture et puis tout finit en eau de boudin ; c’est inévitable.

À moins de ne faire que passer, porté par le vent ou une paire de godasses. Parce qu’à Jagat c’est foutu déjà. Il ne reste plus que quelques grains de nitrate d’argent sur des pellicules pour ramener le sel de la vie à la surface, à l’instar du paludier recueillant la fleur des œillets.

Et ce qui est à Jagat est partout ailleurs : il y a pénurie de sel, vraiment.

1985 – 2005 : vingt ans. Le bel âge.

E la nave va…

  1. Se prononce « djagatt ». []
  2. « The toilet paper trek » en angliche. []
  3. Le grand Tout avec Nanabozo dedans. []
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Exit le Blaireaupard !

© Cyprien Luraghi 1996

2 mai 1990

− Passe me voir maintenant. 

 J’étais rentré la veille d’une balade de dix mois à pinces à travers l’Himalaya et la cabine téléphonique parisienne en aluminium brossé était terriblement exotique, comme tout le reste d’ailleurs : les aborigènes feutrés et leurs célèbres regards furtifs ; les pages jaunes de l’annuaire, les platanes en cage.

La veille du retour, à Katmandou Bruno m’avait dit : t’as qu’à téléphoner à Arthaud : ils sont spécialisés dans le bouquin de voyage. Donc Arthaud. La dame au téléphone n’était pas aimable et me disait des choses bizarres : comme quoi j’aurais dû les contacter avant le départ pour proposer mon bouquin. Dans ces cas-là je n’insiste pas et raccroche le biniou en pleine conversation : pas de temps à perdre avec des pied-tendres. 

 A : pas des masses d’éditeurs en A. Mais Albin Michel. Le gars m’écoute jusqu’au bout et me dit : passe me voir maintenant.

C’est minuscule et plein de bouquins, son bureau. Au bout de dix minutes il m’invite à aller nous en jeter un au café du coin de l’avenue. Au bout de trois demis chacun il est partant et moi aussi. Moi au moins, j’avais un vrai voyage à raconter par écrit : pas une aventurette sexy ni un truc de mec super velu faisant l’homme-sandwich en haut de l’Everest pour ses sponsors. 

On se tape dans la main et on se dit à plus. 

***

Un an plus tard

Dis Cyp : faudrait que tu passes à Paris pour les corrections. 
− Ça va pas la tête, Sergio ? j’ai une gueule à monter à Paris, peut-être ? T’as qu’à descendre dans le Lot : y a de la place à la Ramounette tant que tu veux.
− Okay : je ramène un sac de couchage ?
− Ouais.

C’est là qu’on est devenus copains, Serge et moi. À nous fritter la gueule jusqu’à pas d’heure autour du feu de bois sur le pré, en sifflant des cubis de cahors et en tirant sur des pétards. À pinailler sur le moindre point-virgule : comme premier éditeur je pouvais pas tomber sur mieux que ce numéro-ci. Quel chieur ! Non mais il avait raison : un livre n’est pas un objet si banal. Ça prend des ans à se brasser lentement, et puis ça se distille, et ça s’épure. Pas besoin d’en faire des masses dans une vie : il y en a déjà tellement trop dans les librairies, qui partiront au pilon comme leurs commetteurs au cimetière : oubliés de tous à tout jamais. 

***

Sergio est mort d’un cancer généralisé en Thaïlande mardi dernier : Ly m’a appris ça tout à l’heure mais je le savais déjà parce que j’avais vu des mots-clés fatidiques apparaître dans les statistiques de l’Ici-Blog ces derniers jours : « Serge Bruna-Rosso décès Thaïlande ». Des gens qui tapaient ça sur Google et tombaient Ici. J’en avais causé une paire de fois dans les commentaires, de Serge, et sur le vieux Sitacyp qui n’existe plus. J’y disais des trucs pas tristes sur lui : la mélancolie ne l’étreignait pas, il faut dire ;-)

Ce n’est pas dans ce petit billet de rien du tout que je conterai par le menu tout ce qui s’est passé entre lui et moi − et nous − depuis son premier passage à la Ramounette : il faudrait un bouquin dodu et croustillant comme une miche de bon pain, pour ça. 

Son nom ne vous dit sans doute rien : il n’était pas connu du grand public… pourtant des centaines de milliers l’ont lu dans des romans à succès signés par d’autres. 

Je vous révélerai un petit secret tout de même ce soir : Serge se définissait comme hybride : mi blaireau, mi léopard. Tassopardo en italien-valise. Un blaireaupard en quelque sorte. 

Or donc : bon voyage au pays des morts, Sergio Tassopardo ! Le courage aux vivants : amis, famille, Tania et Paul !

E la nave va…

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Chris Dorje

Chris en 1986 - © Cyprien LuraghiLa photographie est mauvaise : mon appareil ne valait pas un clou et les labos népalais d’il y a trente ans, heu heu… et puis il fallait que les 36 poses de la pellicule durent le plus longtemps possible : c’est pas avec la misère que me payait la boîte de négriers pour laquelle je bossais que j’aurais craint l’explosion du porte monnaie. Alors je n’ai que celle-là de l’ami Chris et il faut bien s’en contenter.

Bodhnath : c’est là que je vivais au début des années 80 avec Deborah au milieu des réfugiés tibétains et des dharma freaks [1] occidentaux.

Du dharma freak, j’en avais jusque dans mon lit ; enfin une et pas des moindres, avec toute la bimbeloterie de bondieuseries tibéto-bouddhiques livrée avec : colliers et bracelets de ficelle rouge, chapelet, reliques et breloques.

Il y en avait de toutes sortes : de l’héritier du brevet de la télévision couleur − Graham − plein aux as et débordant de générosité, jusqu’à de véritables fous furieux ayant définitivement pété un câble comme Jan,[2] en passant par des nonnettes allemandes tondues de frais, confites de dévotion, coincées du trou de cul et du plus haut ridicule. En tout une cinquantaine de permanents, bon an mal an.

Et il y avait Chris. Canadien fin lettré et photographe, un mec chouette comme j’en ai rarement rencontré ; époux d’une princesse bhoutanaise et traducteur du tibétain. On en a siroté des thés et des tomgbas[3]  ensemble, à l’échoppe à momos[4] de la mémé d’en-face.

À dix-sept ans, Chris s’était engagé dans la Navy, ce dont il vite eu marre et de vingt à vingt-six il a été moine bouddhiste, puis est revenu dans le siècle y épouser son amie d’enfance. Moine bouddhiste : quelle drôle d’idée… et il faut rajouter : quel drôle de lama que son maître spirituel : Karma Trinley Rinpoche. À l’époque de notre rencontre − 1983 −, Karma Trinley vivait dans une petite piaule à Bodhnath et n’était pas le plus piètre siroteur de tongba et croqueur de momos de notre petite bande.

Il avait débarqué au Canada au début des années 70 avec un petit groupe de religieux tibétains, à l’invite de babas cools mystiques canadiens… lesquels les avaient laissé choir comme de vieilles chaussettes peu de temps après : une bande de charlots en vérité. Du coup, ses collègues moines étant rentrés au pays, Karma Trinley s’était retrouvé à roupiller sous les ponts et faire la manche pour survivre. De là date sa rencontre avec Chris. C’est sa période − très dure − de mendigot exilé, qui a fait de Karma l’homme qu’il est : un poète bon vivant, profond et rigolard.

J’étais le seul non bouddhiste occidental résidant à Bodhnath : un statut à peu près aussi intenable que d’être un vil païen dans un carmel. Parce que la plupart des prosélytes de cette religion ne sont que de misérables christolâtres mal dans leurs baskets, avant tout. Or l’habit ne fait pas le moine, c’est certain. Les Tibétains, eux, se foutent absolument que vous soyez bouddhistes ou n’importe quoi d’autre : leur religion interdit strictement tout prosélytisme. Mais les dharma freaks, aïe aïe aïe ! Faut se les être farcis comme des momos pendant de longues années pour apprécier toute les nuances de leur monstrueuse connerie.

Heureusement qu’il y avait Chris à Bodhnath en ce temps-là, pour adoucir mon châtiment quotidien. Chris Dorje, la piaule de Karma Trinley, les momos de la mémé d’en-face et la tongba. Loin, loin des biomormons© bouddhous californiens à colifichets.

Chris Dorje de nos jours :

 

Depuis, Chris a longtemps bossé pour la bibliothèque nationale du Bhoutan et il collabore avec Wikipedia et à plusieurs autres projets de la galaxie du Libre :

The Dharma dictionnary (en Anglais)

Quelques unes de ses photographies sur Wikimedia Commons (les agrandissements sont superbes)

Et les momos préparés avec amour par Annie et Shanti ce soir :

Les momos maison - © Annie et Shanti Devi Luraghi 2011

E la nave va…

 

  1. Successeurs des dharma bums de Kerouac en quelque sorte ( cf Les clochards célestes : CLIC et en anglais parce que la page française de Wikipédia ne vaut pas tripette : CLIC )   []
  2. Lire le billet lié « Le bouddhisme rend fou » []
  3. Préparation de millet fermenté sur laquelle on verse de l’eau chaude et qu’on slurpe doucement avec une paille de bambou : CLIC (en anglais) []
  4. Des genres de raviolis tibétains : CLIC ( on en a au menu ce soir à la Maison de l’Horrreur) []
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Noble gueux

Jankhare/Bista - Transe Himalayenne - Népal 1990 © Cyprien Luraghi

DEUXIÈME PARTIE

 

Février 1990, grand ouest népalais.

Quelques jours plus tard Nous embauchons un nouveau porteur au marché aux esclaves d’un bourg de famine. Jhankaré. Intouchable. Paria. De la caste des Kamis − les forgerons. Avec Hari, ça fait une drôle de paire.

***

Ce qui est frappant, quand on voyage avec un intouchable, c’est que même dans l’intimité il continuera à jouer son rôle de paria social. À chaque halte dans un bhatti[1], Jhankaré se tient soigneuse­ment à l’écart, boit son thé dehors, et va ensuite laver lui-même son verre, de peur de contaminer par sa souillure intrinsèque le client suivant. Nous avons beau l’encourager, il persiste dans son auto apartheid…
Hari, lui, a depuis longtemps laissé tomber tous ses principes et devoirs de caste, partageant tout avec nous et buvant à la même gourde. Il est loin de son terroir, notre Hari. Ici il peut tout se permettre, il voyage incognito.

Jhankaré attend encore un jour ou deux… On ne sait jamais : si quelqu’un le dénonçait, ça serait le drame. Hari, en revanche, profite lâchement de son image de brahmane : c’est Jhankaré qui trimballe le gros du paquetage, et nous nous retrouvons à porter 15 kilos chacun, alors qu’Hari n’en charrie que 10, dans son sac militaire…

***

Nous arrivons à Singaoti, un gros bourg peuplé de brah­manes.

Il n’y a pas de bhatti à Singaoti, qui n’est desservi que par des chemins secondaires ; nous demandons l’asile aux gens du lieu, moyennant finances. Un paysan de haute caste accepte de nous loger dans une annexe de sa propre maison. Quand nous apprenons que notre hôte est brahmane, nous soufflons aussitôt à Jhankaré : « Tu vas changer ton nom de caste[2] : à partir de ce soir, tu n’es plus paria, mais de la caste des Bistas (honorables commerçants). »

Il a l’air plutôt ennuyé ; mais on ne lui laisse pas le choix : c’est un ordre.

Hari se prête au jeu d’assez bonne grâce. Nous étalons nos affaires dans la petite pièce, diablement enfumée. M. « Bista » accumule gaffe sur gaffe : il ne veut pas du tout partager notre couche ; il se sent pitoyable, coupable du pire des crimes : mentir sur sa caste. Quand notre hôte lui tend une gamelle, il hésite longuement avant de la prendre… Nous serrons les dents : s’il se trahit, nous serons jetés dehors sans ménagement, en pleine nuit… Ça va, le taulier semble ne rien remarquer de bizarre…

Nous avons tous quatre les paupières collées par l’enfumage, ce matin. Bon, ça aura déjà empêché les puces et les poux de nous tourmenter : nous en sommes couverts…

***

Au fil des jours Jhankaré se décoince sérieusement et nous finissons excellents amis, partageant couvert, couche et bestioles. Mais Hari conserve toujours ses distances avec lui et devient de plus en plus méprisant avec lui. On ne se prive pas de le charrier à mort et de se foutre de sa poire quand il bave devant un des rares poulets rencontrés, dont on s’est faits un festin de brutes. Il peut aller se brosser ce végétarien faux-cul, qui loin de son village est prêt à enfreindre tous ses nombreux tabous alimentaires. Il n’avait qu’à être moins péteux et imbu de sa putain de caste.

Après deux semaines de marche, nous arrivons à Jumla, où l’agitation est grande : la chasse aux instituteurs − opposants à la dictature du roi Birendra − est ouverte. Ça grouille de flics et l’ambiance est malsaine : l’insurrection générale est proche…[3] Hari aurait dû nous accompagner jusqu’à Katmandou − à 42 jours de marche − mais après s’être répandu en saloperies après s’être pris une muflée sévère au raxi[4] au troquet sur le compte de Muki, je le vire.

Hari, décuité, pleure presque quand nous le payons. Mais on ne se laisse pas attendrir ; ce type est vraiment con ! Il gémit : « Vous n’allez pas me renvoyer comme ça, tout nu ! »
Il exagère : on lui a laissé une paire de chaussures neuves, des chaussettes et ma veste chaude. Après son départ, on se rend compte qu’on a oublié de lui retrancher son avance… Il a fait une bonne affaire avec nous, celui-là !
Le nouveau porteur arrive. C’est tout le contraire d’Hari. Il s’appelle Karma et vient de la vallée de Mugu, tout au nord, dans la zone interdite, aux confins du Tibet. Il a une trentaine d’années et c’est un ours.
Quand il entre dans la cuisine, les filles éclatent de rire. Il a la grâce d’un yack sauvage, et l’odeur aussi. Il se cogne partout, comme si l’intérieur d’une maison n’était pas fait pour lui.

Ah Karma ! not’ Karma ! on en a fait un sacré, de bout de chemin ensemble… du jour où on l’a embauché jusqu’à la capitale, on n’a plus jamais arrêté de se faite mal aux côtelettes tellement il nous a fait plier en quatre : Karma, c’était le Rire. Et puis il s’en foutait bien de ces histoires de castes : les Tibétains n’ont pas ça en stock. Ils ont des clans et des rangs, et quelques autres trucs pas mal non plus, dans l’genre… mais c’est une autre histoire.

***

Voilà. C’est ça : des Hari brahmanes on en rencontre tous les jours ici en France. Ils ont leur caste dans le sang quel que soit leur rang social. Pas tous : j’ai eu connu des brahmanes de tous pays qui n’en avaient rien à foutre, des brahmaneries à la Hari. Des exceptions à la règle d’une rareté extrême qui les rend encore plus précieux à mes yeux.

Des Jankahré parias aussi, il y  en a des foules qu’on croise dans le métro et au supermarché. Il maudissent et envient les brahmanes d’ici en catimini, mais filent droit et doux en leur présence. Alors par dépit ils se bouffent la gueule entre eux. Pas tous. Y en a qui se rebiffent et même qui se rebellent. J’en connais quelques uns.

E la nave va…

 

  1. Maison d’hôte et/ou magasin général. []
  2. Le nom de famille détermine la caste. []
  3. Elle débouchera, le 9 avril, trois jours après le massacre de Katmandou − plus de 600 morts après que l’armée ait ouvert le feu sur la foule massée devant le palais − sur un ersatz de monarchie constitutionnelle. En 2006, la monarchie est abolie à la suite de treize ans de guérilla (13000 morts) menée par les maoïstes venus du grand ouest. La République est proclamée. []
  4. Alcool local distillé à partir de n’importe quel grain ou de n’importe quoi tout court. []
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