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17 ans plus tard

© Cyprien Luraghi 1985 - Népal - Sur le Grand Tour des Annapurnas

Ce billet est dédié à la mémoire de mon vieil ami Chandra Takhali.

 

20 mars, Airbus A 330-300

On a eu froid, on a eu chaud, au cul et aux glaouis, que nous avons tout rutilants.
Nous ne devons d’être partis qu’à cette chère Sylvie, que nous ne connaîtrons jamais, mais qui nous a dit oui -en tout bien, tout honneur- lorsque nous avons déboulé au comptoir de Gulfair à Roissy, alors qu’il venait de fermer…

On a filé direct jusqu’au zingot, où qu’on est maintenant. Un gros bouzin suspendu dans le ciel, qui trace sa route jusqu’à Bahrein, puis Mascat, et enfin Katmandou…

***

Mascat, salle de transit de l’aéroport. Une heure et demi du matin.

Bon, ça commence déjà ; je me pose dans le bus qui nous sort de l’avion, à côté d’un jeune Népalais qui me rappelle quelqu’un… Droit dans le mille : c’est le fils de Lakpa Norbu de Lukla, que j’avais quitté en 1990, au dernier jour de la Transe…

Il revient après trois mois passé à turbiner en France, dans un magasin de sport dans une vallée proche de la Maurienne. Bon. Le monde est tout petit. C’est son père tout craché. En fait, on est déjà au Népal. D’autant qu’il me donne des nouvelles toutes fraîches de tout un tas de vieux amis. C’est parti !

Mon vieux copain Chandra Takhali est mort l’an dernier d’un cancer. La dernière fois que j’avais trekké avec lui, il était déjà bien malade, mais on ne savait pas de quoi. Un de ses fils aussi, a quitté notre monde, dans un crash aérien d’un petit coucou des montagnes.

Sinon oui, je suis un vieux machin officiel. On ne me tutoie plus qu’à grand-peine… mais Tshiring m’appelle immédiatement Pascal. La vieille habitude. Après tout, si c’est mon prénom de naissance, c’est aussi celui qui me sied au pays. Car oui, c’est mon pays de cœur… et comme je n’ai que ça. Apatride moqueur…
Qu’est-ce que tu veux, lecteur, je n’ai où me placer hors ma langue adorée.
Du pays des choucroutes, quintal d’Alsace où je suis né, je n’ai pu faire que fuir ces Malgré-nous méchants.

***

On ne s’est plantés dans aucune montagne, on a bien atterri. On est cuits, je vous dis pas comment… Surtout l’ami Olive, pour qui c’est la première fois… et, entre nous, comme dépucelage sensoriel, Katmandou c’est le top. Klaxonnage intensif, motocyclettes zigzaguantes entres friteurs de beignets et marchands de pacotille, clébards infirmes clopinants, porteurs maigres, dames rondes et courtes sur pattes, enrobées de saris écarlates.

Oh purée ! Ma vieille ville a poussé de partout, mais c’est elle, enchâssée dans sa gangue de bâtiments tout neufs, -et déjà tout croulants- mixture de sable en abondance et de ciment gris pauvre, promises à l’aplatissement au moindre tremblement de terre…

S’il n’y avait pas d’humains au dedans, on ne pourait que le souhaiter, tant la cité de bois est devenue méconnaissable. Comme une vieille radasse, toutes enseignes dehors, clignotant dans la nuit, où six taxis bourrés se grognent au museau au coin d’une venelle.

Comme cette pute entrevue sur l’avenue Royale par un Olivo médusé ; mais pas autant que moi, qui n’aurait jamais imaginé ça.

***

22 mars

Oh con ! tout a changé. Tout est pareil aussi. Le Népal est toujours aussi népalais que possible, mais rien n’est plus comme avant aussi.

Quand j’ai quitté le pays en 1990, la ville comptait environ deux cent cinquante mille âmes. Un million maintenant.

***

ALERTE : PANNE DE JUS GÉNÉRALE À KATMANDOU. Il ne me reste plus qu’un quart d’heure d’autonomie. Bricolage infernal pour faire passer le réseau sur l’onduleur brejnevien. Je reviens demain.

Love !

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La trappe

© Cyprien Luraghi 2007

 

Cinq ans de trappe, voilà ce que je viens de me taper.

C’est Titou qui m’a demandé l’autre jour combien de temps j’avais passé dedans.

Depuis l’histoire de la maison que je raconte sur le vieux site j’ai pas bougé tout tout ; je ne suis presque pas sorti.

Une vie de termite, blanchâtre et obstinée mastiquant du bois dur.

Là, je suis en haut, dans la cuisine.
En bas, ça dort ; les ventilos sont cois.

J’ai un passeport neuf, un petit tas de travellers.
Je peux sortir la tête, je peux partir.
La tempête est calmée, les salopards se sont éteints.

 

 

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2063, encore…

Olivier Tichané 2062 - © Cyprien Luraghi 2006

Oui, et toujours en monarchie… pas pour longtemps, j’espère, pour le populo népalais qu’en a sa claque du roi, d’la reine et du p’tit prince.

Le 14 avril, ce sera donc Nouvel An dans la Vallée.

* * *

Zolive vient de m’écrire en m’envoyant un cliché de sa poire.
Et ce petit mot :

« Salut Cypounet, c’est la dernière ligne droite pour le Népal, ça commence à bouillir dans mon cervelet plus le départ se rapproche. La mairie m’a appelé, mon passeport est enfin prêt, je vais le chercher demain matin. Je commence doucement mes bagages. Et toi ? Je pense que ton passeport a dû arriver puisque tu as fait ta demande avant moi. Sinon, je vous attends pour dimanche. Vous pouvez venir manger à midi, on pourra récapituler un peu avant le départ. Donnes des news. Bisous à ta tribu et un gros pour toi. Z’olive »

Idem pour ton gang, Olive.
J’ai pas encore mon passeport, mais je crois que demain ça sera tout bon ; l’autre jour j’ai eu pour la première fois un billet de cinq cent dans la main : Annie l’avait retiré du compte pour aller le faire changer en travellers. Il est tout aussi laid que les autres…

Il n’est resté à la maison que cinq minutes : il a pas dû se sentir à l’aise parmi nous. Des fois qu’on lui aurait fait le coup du Gainsbarre, avec un vieux Zippo.

Dis-voir Olive, tu pourrais te renseigner dans ton voisinage si par hasard y aurait pas quelqu’un qui voudrait bien me vendre (pas cher) ou me prêter un micro potable pour la durée du voyage. Je paie la casse, au cas où.

Voilà exactement ce que je n’arrive pas à trouver : un microphone dynamique (j’insiste, c’est très important) à main classique, à bobine ou ruban, ou bien un à condensateur, mais alimenté (à pile, quoi). Les amateurs sauront de quoi je cause; parce que j’ai réglé le vieux Thinkpad 600 comme une horloge, et que ça serait super de pouvoir enregistrer du son là-haut, et de le diffuser sur le blog. (C’est le premier billet que je rédige depuis ce vénérable tank, et c’est impec’)…

Évidemment, s’il est cardioïde et stéréo, c’est encore mieux. Mais je ferais avec… ou sans. Et sans chialer s’il n’y a pas.
C’est couillon, mais j’ai prêté le mien à un sagouin qui ne me l’a jamais rendu il y a des années, et Gilbert a laissé tout son matos à Lyon.

Pour les ovnis verdâtres, je te recommande de les ripoliner au rouge basque. En trois couches.
Pour ton doigt, par contre, je peux rien faire : il est perdu.
Va te falloir en adopter un autre pour le curetage nasal.

Sinon, on dirait Ben Laden tout craché, sans son turban.
T’es sûr qu’ils vont te laisser passer aux douanes ?

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LOSAR

© Chris Fynn 2007

 

 

C’est Nouvel An.
Lequel, déjà ?

Celui de la truie de feu, tout beau, tout neuf.

Dans pas longtemps viendra l’année prochaine chez les Newars, qui sont dans la vallée de Katmandou.
1128, ce sera.
Et 2007 chez nous ; chez eux aussi d’ailleurs, ça fait une fieste en rab.
2063 Katmandou, pour les Hindous.

C’est l’ami Chris qui m’a envoyé sa cochonne en guise de voeux de plein de bonnes choses, depuis son pays, le Bhoutan, où il passe le plus clair de son temps.

Je vous les retransmets.

On peut toujours se souhaiter tout un tas de bonne choses. Ça peut pas faire de mal.

 

* * *

Nepali samachhar[1]

 

Le roi Gyanendra, qui n’était pas trop sorti de son palais, où la Révolution d’Avril l’avait placardé, s’est fait caillasser à sa première sortie ; une foule agitée l’a longuement conspué, puis un type a jeté des cailloux sur sa Mercobenz haut de gamme.
Un flic blessé, pare-choc égratigné, peuple indigné.

Le roi Gyanendra (Gyané, comme disent ceux qui l’aiment pas) n’a pas bien digéré ; le lendemain il remet ça sur le gaz : communiqué royal pour le 57ème Jour de la Démocratie : le monarco dit que c’est le peuple qui l’a poussé à faire son coup d’état en 2005.
Suppression de tous les droits, escadrons de la mort.
Milice et guerre civile et milles morts.

Du coup, ça se speede de partout : on sait que le royaume n’en a plus pour longtemps.
La République se pointe à l’horizon.

Poussiéreux, l’horizon.
C’est la fin de l’hiver ; ça va cagner bientôt.
Cagnasser, même, et surtout dans la plaine, -le Téraï- où le dernier carré des pontes régilâtres a soulevé les masses en émeutes, ces semaines dernières.

On tente de diviser le pays.
Trente-six ethnies, trois groupes linguisitiques bien distincts.

Trajet du Téraï aux sommets : pas plus de cent-vingt bornes.
1/4 de France dont 3/4 de montagnes.

27 millions de gens vivants.

* * *

Mais ça n’a pas marché : ça s’est fripé comme un soufflé au congélo.
Ça va, ça vient… on sait pas trop encore.

Les Maoïstes sont au Parlement.
Mais Prachanda (le Féroce) n’est pas Pol Pot, c’est étrange.

Je suis très curieux de voir ça.
J’ai vécu au pays quelques chouettes années, il y en a quinze de ça.

Puis je n’étais plus venu.
Ça va me faire tout drôle.

Tout doit être autre.

Katmandou, en 80, y avait tout juste deux cent mille personnes.
Un million maintenant.

La ville est dans le cul d’un chaudron : la Vallée.
Et ça glougloute dans la caldera.

C’est dans un mois tout rond.

L’ami Zolive viendra lundi à la maison.
Je turbine comme un Turc.
Machines à la chaînes.

Là, il est 2 heures et 58 minutes du matin.
Il y en a quatre qui moulinent comme des folles.

Et je vais me coucher.

À tout’ ! À plus !

  1. Les nouvelles en Népalais, quoi… se prononce « samatchar ». []
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Pieds Nickelés V2.0.0.6

Zoÿ camarades !

Le bienheureux Kondukator is back.
Rapidou, résumé :
Zolive m’avait promis il y a deux ans, quand on brassait du parpaing sur le chantier de la Maison Rouge, qu’il me payerait le voyage au Népal s’il vendait sa bicoque à bon prix. Ce qu’il fit. Zolive est un homme de parole…

Sauf qu’entre temps le bougre se niqua les cervicales : hernie discale, minerve, etc.
Mais bon… La hernie un tantinet stabilisée, notre gars en eut marre de tourner en rond dans sa cagna…

Donc l’autre matin je reçus un courriel d’icelui :

 

« Salut cypounet, j’ai trouvé des billets Paris-Katmandou très abordables avec une escale de 4 heures a l’aller et 5 heures au retour ce qui est raisonnable, j’ai fait pire. Sur Gulf Air, est-ce fiable? La période la plus intéressante au niveau tarif est du 20/03/2007 au 24/04/2007 ou 03/05/2007? Est ce que ça correspondrait à tes disponibilités?
Par contre d’après mes différentes lectures à ce sujet, il faut des autorisations du royaume avec versement de pépètes pour les treks.
Penses tu qu’un porteur est abordable? L’Olive s’emballe mais actuellement je ne peux pas porter de poids excessif par rapport a ma putain d’hernie.Ton expérience peut certainement répondre même si les temps ont peut être changé là-bas. Je te chauffe un peu dans cet automne gris de notre plat pays……….Bisous a ta tribu. »

 

Pendant le même temps, à cent pas de chez nous, l’ami Gilbert et sa Myel bouillottaient dans leur coin ;après trois ans passés en Inde et au Népal avec leur petite famille, l’envie d’y retourner les démangeait gravement…

Par le plus pur des hasards (mais le hasard peut-il donc être impur, hein ?), nous nous retrouvâmes comme trois mamies, papotant avec Annie et nos progénités devant des pâtisseries et quelques tasses de thé ; Zolive déboulina soudain, pour aller se coinçant les pinceaux sous la table carrée… Et blablabli et blablabla, jusqu’à quatre heures du mat -j’en ai la voix tout arauquie-…

Vous ne savez pour l’heure rien de Gilbert. Je vous convie donc à vidéonner ensemble une oeuvre de son cru pour vous faire une idée du trio qui s’en ira bientôt vous stimuler les zygos… car nous sommes zigotos, ça va sans dire.

La vidéo a été tournée à Goa il y a quelques années. C’est la recette du poulet tandoori en live, comme vous ne l’avez jamais vue. C’est en anglais, mais n’ayez crainte : avec l’accent de Gilbert, no problem !!!

 

GILBERT’S TANDOORI CHICKEN

 

 

© Gilbert Caruso

Cliquer pour lire la vidéo

 

 

 …Pour les Zadéesselles…

 

(cliquer pour lire la vidéo)

 

…et les punis du réseau… (Coucou Catherine) 
 
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