Archives par catégorie : Déconnologie

Je les déteste tous

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Tous mais pas tous, en fait. Ça dépend lesquels. D’à quelle catégorie ils appartiennent. Les gens des catégories détestables le sont sans exception. Les militants par exemple : putain qu’est-ce qu’ils sont haïssables, tous. Pas un pour racheter l’autre. Pas que les militants politiques : tous ceux de toutes sortes s’entichant de fantasmes puérils à pas d’âge. Les ultravégétaliens fous, par exemple, tout comme les carnivoraces azimutés. Il en va de même pour les masculâtres et les féminulistes : que le berk les submerge, ces pnutres ! Et je pourrais tartiner les listes interminables de ces catégories d’odieux minables. Heureusement pour vous aussi lecteurs, j’ai trop la flemme de faire chose aussi fastidieuse. Évoquons tout de même le tanguy libertarien antitaxes qui attend l’héritage en bon bernard-l’hermite, chez papamaman. Et puis le petit nazi aussi, qui a le vent en poupe ces derniers temps. Le bren au fion, en fait. Face à lui, le néogarde rouge s’énerve très fort quand le quidam a l’outrecuidance de dire du mal de son mentor cramoisi qu’il appelle Jean-Luc comme si c’était son copain. J’arrête là car un billet de blog c’est court et puis c’est dimanche, d’abord. 

Exécrer les répugnaces c’est bien joli, mais épuisant au possible. Tout comme conspuer le gnière et morigéner la gniasse. Le mieux c’est d’en rire, de ces tristes cires aussi mortellement repoussantes qu’à Grévin. Ça ne les déridera pas, mais peu importe. La seule chose qui compte c’est que leur sinistrose soit l’aliment de nos bonnes humeurs comme la soupe au potiron l’est à nos estomacs avides.

…e la nave va… 

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Trop de mots nuisent

Photographie © Pierre Auclerc-galland - tritouillage : Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Certains matins en préparant le café avant d’ouvrir l’ordinateur, les yeux pas en face des trous, je me fais des petites angoisses ridicules qui s’évanouissent dès les premières gorgées. Le flip le plus récurrent étant : l’Icyp a disparu. Serveur en panne aux petites heures. Ou bien : il n’y a plus personne icy. Zéro commentaire. Le désert. Et puis non : il y a eu des dizaines de commentaires cette nuit, comme toujours depuis dix ans. Un peu plus ou un peu moins, selon des tas de critères impalpables − temps qu’il fait, phases de la lune, vacances, lundis morositeux… 

Pourquoi ça marche ? Mystère et boule de gomme. Pourquoi ce site paumé au fin fond de l’internet reste allumé comme une increvable loupiote avec une bande d’allumés y papotant jusqu’à pas d’heure et plus soif, tout le temps ? Alors que je ne fais que conter le temps qui passe, prendre le long temps nécessaire à tritouiller des illustrations reflétant l’air du temps, puis rêvasser longtemps encore avant d’aligner les premières lettres… Et pondre des historiettes, brosser des petits portraits de gens de bien ou de salauds finis. Ou simplement dire avec les doigts la poésie de l’instant donné.

*

Pourtant elle est morte et enterrée, la grande époque des sites persos au tournant du siècle, et pareil pour les années glorieuses de la blogosphère : dorénavant les masses populaires pianotent penchées sur leurs appareils de poche et s’étalent sur les grands réseaux. Et je ne peux plus comme autrefois décrire ce que je vois autour de moi : depuis de longues années ce luxe ne m’est plus permis, pour une raison qu’il n’est pas encore temps d’exposer. Je pourrais bien sûr coucher tout ce qui me pèse sur papier comme je l’ai tant fait avant l’avènement d’internet. Écrire des livres, donc. Mais ça fait trop longtemps que je ne l’ai pas fait et je ne me vois plus écrire au kilomètre en ne fermant l’œil que quelques heures dans la nuit. J’ai pris l’habitude de faire court. 

Bref : le petit nid de la Déconnologie est bel et bien vivant au mitan de la Toile. Inutile d’en rajouter car comme le dit le titre du billet − qui est une de mes devises : trop de mots nuisent… …e la nave va…

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La philosophie dans le pondoir

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Autrefois, la république s’arrêtait à la porte des boîtes. Maintenant la république est une boîte comme les autres. Avec des petits cadres nolifes psychorétrécis. Le XXIème siècle sera petit comptable ou ne sera pas. Les technorats sont au pouvoir, rutilants comme des savonnettes, canines vampires scintillant sous les leds. Cœur creux comme callebasses et blabla lénifiant. Ça plaît un temps comme tout objet jetable. Attendons donc la date de péremption de ces yaourts à masques de cire : ça ne saurait trop tarder, je le vois dans ma poule de cristal.[1] 

Sinon il paraît que des tas de gens gobent n’importe quoi, de nos jours. Des flopées d’études américaines et de sondages commerciaux le disent, et la presse catapulte la nouvelle en haut de page. Comme s’il n’y avait jamais eu des masses considérables de décervelés pour croire à toutes sortes de bobards, de tous temps. Car la fameuse nature humaine est une mixture d’animalité réflexe, de réflexion bordélique et d’intuitions souvent foireuses. C’est ce qui fait aussi le charme de notre espèce désespérante : les robots sont encore bien plus cons que nous, qui ne font que brasser de l’octet en fonction de la situation afin de réagir en conséquence. Le coté positif de nos lupanars intérieurs leur interdit de devenir des poètes, des artistes fabuleux de toutes sortes et ils sont condamnés à ne devenir au mieux que des présidents géniaux à QI hypertrophiés comme il s’en trouve actuellement des deux côtés de l’Atlantique. Dans des genres assez différents il faut dire. Mais au fond, en y réfléchissant bien, c’est kif kif bourricot. 

Le génie à gros QI est à portée de clic et de tout un chacun : il suffit de se proclamer tel sur le réseau et grâce à la crédulité et au mimétisme animal, des gogos vont le croire. Tenez, moi qui ne suis qu’un modeste génie à QI médiocre, je n’ai que fort peu de crédit auprès du troupeau. Jamais je ne serai un berger populaire. C’est terrible. Et de réaliser ça à la veille de mon entrée dans la liquide sénescence,[2] ça me fout le bourdon. Partout où se pose mon regard, je ne vois que des djinns malintentionnés et autres monstrounets œuvrant à ma minabilisation, et ce jusqu’à dans mon assiette. 

Mais qui dit djinns, dit scirocco et vent d’autan : ça sent déjà l’printemps, les aminches ;-)

…e la nave va… !

  1. Seul le kondukator cosmoplanétaire de l’Icyp est fourni avec une poule de cristal, dans laquelle il voit des choses improbables mais d’un hyperréalisme confondant. []
  2. © Léo Ferré dans « Il n’y a plus rien ». []
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Chauds les cœurs

Photographie : Pierre Auclerc-Galland 2010 - tritouillage : Cyprien Luraghi 2017 © ICYP

Bientôt le printemps, chic. Les patates ont commencé à germer, on tient le bon bout. Derniers virages avant la ligne droite et au bout les fleurs, les boutons, araignons et autres champignons, et les jolis chatons aussi − tant animaux que végétaux. On va enfin pouvoir tomber les caleçons longs, les chaussons et entendre à nouveau la chevêche ululer, c’est chouette. Il fait bon chaud enfin, comme au bain, comme au vin chaud. Tomber les épaisseurs, les pelisses, les marcels, écarter les orteils en éventail, aller se prélasser en compagnie des lézards. En faisant gaffe au greffier en chasse dans la venelle. Et tout bientôt aussi le grand retour de la souris du soir croquée par la Moutche[1] sous la chaise à la cuisine. Et les troupeaux de puces qui vont avec. Puis ces saloperies de mouches zonzonnant au bout du nez, agaçant les oreilles. Car rien n’est jamais parfait dans ce bas monde de merde. 

*

Trois jours que je n’ai pas vu la mouche d’hiver. Je ne sais pas chez vous, mais sous notre toit il est de tradition de ne pas aplatir à la tapette l’ultime mouche d’automne : celle narguant le sort la vouant à une mort certaine aux frimas venus. Celle exigeant un second printemps. Tous les ans il y en a une et ce depuis des lustres. Déjà à Paris au siècle passé, puis dans mes cagnas lotoises d’autrefois, au fin fond des grands bois du Périgord. Et maintenant à Pucity aussi. Notre mouche d’hiver de l’année s’appelait Mireille.[2] S’appelait parce que là je crois que c’est cuit pour sa couenne. Comme c’est dommage de louper le printemps soudain qui vient de nous tomber dessus de manière inopinée. Personne ne s’y attendait. La bonne blague. Météo France avait tout faux. Comme quoi le bordel climatique c’est du pipeau. Monsieur Donald a bien raison de négater le bordel climatique. 

*

Profitant du printemps subit, le majordome du grand gouvernail de la France s’est rendu en délégation dans notre bon département du Lot il y a quelques jours. La révolution est en marche : tout va changer et changer pour le mieux. Réjouissons-nous. Hauts les cœurs. Olé. Joie républicaine. Liesse rituelle. Petits fours. Salle, sièges, écran, blabla. Applaudissements nourris. De ce conclave départemental a surgi une idée géniale : afin de vibromasser l’Économie, il apparaît que la prolifération des virages sur nos routelettes est trop onéreuse, puisqu’elle impose la pose de kyrielles de panneaux attention, virages dangereux qu’il faut renouveler à grands frais tous les tant et tant à cause de l’inéluctable usure des ans ; or donc l’invention du panneau achtung, ligne droite puis sa pose à l’entrée de l’unique ligne droite réellement digne de ce nom dans le département[3]  s’impose. Comme c’est mon dessin pour ce panneau qui a été retenu, je vous le présente en avant-première exclusive : bientôt il fera la fierté du plat de spaghettis géant tenant lieu de réseau routier dans la contrée. Il est librement inspiré du design de notre célèbre Poteau 62[4] :

© Cyprien Luragi 2017 - ICYP 

Restons au frais, loin du cagnard au dehors et ménageons nos méninges, les aminches… E la nave va !

  1. Notre minette de compète. []
  2. Comme la mouche de la chanson de Dick Annegarn. []
  3. Je ne la dévoilerai pas, craignant d’engendrer des accidents mortels. []
  4. Un totem constitué d’un poteau EDF en bois de 1962, bien rugueux, avec lequel nous surenculons les tristos et les biomormons []
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Émasculin efféminin

Illustration © Pierre Auclerc-Galland 2011 - ICYP 2017

Si ça continue comme ça je vais dégainer ma bombe à neutres. Car comme l’écrivait si bien hier dans les commentaires de l’Icyp, l’Inspecteur Croûton :

Dans le cadre de la nouvelle grande cause nationale du quinquina, l’Égalité Homme-Femme/Femme-Homme, les bébés filles se verront greffer d’une bite à la naissance et les bébés garçons percer d’un trou.

C’est un peu beaucoup n’importe quoi, ces derniers temps. Il est devenu d’usage de se monter le bourrichon ensemble sur les réseaux. Et de faire ce que fait votre voisin. J’évoque ça dans quelques uns de mes billets précédents : l’humanité est une photocopieuse. Alors OK, moi je veux bien que l’apprentissage du bébé singe debout soit basé sur l’imitation de ses prochains, mais tout de même, là ça atteint des sommets inédits. Soudain tout le monde est féministe à mort. Des tas de mecs aussi. Ça coûte pas cher d’être un mec féministe, de nos jours. C’est idéal pour draguer, aussi. De manière annexe, voire connexe. 

L’expression à la mode c’est « la parole se libère ». Ça coûte pas cher de s’épancher dans le mégaphone. Lequel n’est pas un microphone et encore moins une bonne vieille paire d’oreilles connectées à une cervelle compatissante. Derrière ce gros barouf il y a des portes hermétiquement closes. Les uns et les autres se claquemurent pour cohabiter dans l’avouable et l’inavouable. Untel y cogne sur Unetelle par exemple. Dans le silence bétonné. Le ramdam au dehors n’y changera rien. Il est la bonne conscience des gens publics. 

*

C’était à la fin des années 70, au dixième étage du foyer de jeunes travailleurs de la rue de Charonne à Paris. Jeff[1] et moi on fumait notre clope d’après la bouffe à la fenêtre. On voyait bien les gens vivre leur vie dans l’immeuble d’en face. Affalés dans leurs canapés devant des téléviseurs qui n’étaient pas encore tout plats et géants ou passant l’aspirateur dans le salon. Un des rideaux s’était agité, qui avait attiré notre attention. De dos, une jeune femme nue gesticulait. Elle criait aussi, mais on ne percevait de ses hurlements que des bribes amorties par le brouhaha urbain. Au bout de quelques minutes un homme vêtu est entré dans notre champ de vision. La suite a été très rapide : le mec s’est jeté sur la nana et l’a rouée de coups. Mais méchant, hein. Tout juste si on n’entendait pas les craquements d’os. Jeff et moi on s’est regardés et on n’a fait ni une ni deux : cataclop cataclop jusqu’au rez-de-chaussée où, depuis la loge du concierge on a appelé les poulets à la rescousse. Dix minutes plus tard ils étaient là. Ensemble, on les a accompagnés jusqu’au logement de ce forcené. Dring dring. Après avoir gentiment morigéné le salaud de mec, les poulets s’en retournèrent au poulailler. Tout juste s’ils ne nous avaient pas engueulés pour le dérangement occasionné. En fond sonore, il y avait les pleurs de la pauvre nana gisant sur le canapé. 

Jeff et moi on avait remonté les dix étages à pinces, vu que l’ascenseur était encore en panne. À la fenêtre on s’était réaccoudés pour fumer une autre clope. Face à nous, derrière le rideau translucide, le salaud de mec continuait à cogner sur la pauvre nana. 

*

Bien des années plus tôt, ça devait être quand j’avais dix, onze ans, le vieux était dans un sale état, allumé au picrate lourd et je ne sais pour quelle raison, il menaçait la vieille. Physiquement, s’entend. Et elle criaillait, en rajoutant à la louche. Je ne me souviens plus du motif ni même s’il y en avait un : ces deux-là n’avaient jamais fait la paire et ce n’est que par pur conformisme social qu’ils continuaient à se côtoyer, avec la marmaille pour témoins de leurs haines recuites. Mais ce soir-là je sentais qu’il n’aurait pas fallu grand’ chose pour que les murs se teintent en rouge. Donc cataclop, cataclop jusqu’au garage où mon petit vélo était rangé et voilà que je fonce comme un dératé dans la nuit noire jusqu’au gros bourg à cinq bornes de là, directo à la gendarmerie. Et que je t’explique la scène aux pandores − qui me semblaient géants, coiffés de leurs képis. Alors ils m’avaient fourré dans l’Estafette et retour à la maison en quatrième. Dring dring. Après avoir gentiment morigéné le salaud de vieux, rompez, demi-tour, Estafette, vroum vroum. Tout juste s’ils ne m’avaient pas engueulé pour le dérangement occasionné. Je vous ferais grâce de la narration détaillée des représailles paterniteuses sur ma petite pomme, après ce coup qui en appelait d’autres car tout coup porté appelle des coups en retour. 

*

Tout ça pour dire qu’il n’y a rien de neuf sous le vieux soleil. Sinon que de nos jours les gazettes en font leurs choux gras, de ces faits divers moches comme tout. Et que des foules versent des torrents de larmes indignées sur les réseaux. Ça coûte pas cher, de verser des larmes indignées. Ça coûte pas cher de se coller un con à la place de la bite. C’est être con comme une bite, certes, mais l’érection de la connerie atteignant son paroxysme est chose belle et bonne à admirer pour tout déconnologue qui se respecte : on n’a pas fini de rigoler de tout ça, je vous dis. Donc tout baigne dans l’huile… e la nave va ! ;-)

  1. Un copain objecteur de conscience. []
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