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Marvel entête

Illustration © Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi 2016 - ICYPAvoir un drôle de 11 ans auquel j’ai essayé de donner le goût du cinéma − chez d’autres c’est le foot ou le bris de vaisselle − c’est accepter ses choix, surtout que je ne le vois pas souvent. Donc, en ce moment, et pour l’été je présume, c’est animation ou super-héros, avec un peu de Star Wars dedans. Autant vous le dire tout de suite, il y a plus à manger des patates dans la tronche qu’à boire du petit lait.

Depuis que Sam Raimi s’est attelé à ressusciter Spiderman sous forme de film, avec le succès qu’on connait, d’ailleurs il a été lourdé en guise de remerciements, Marvel s’est mis en tête − oui je sais elle est facile − de ne plus dépendre des studios hollywoodiens pour nous inonder des ses produits. Alors que la vente de bandes dessinées, les fameux comics, stagne, la firme, en créant ses propres studios, fort d’un gros paquet de pognon et d’un certain savoir en matière d’effets spéciaux, enchaîne les toiles de super-héros : Spiderman, Hulk, Captain America, le Punisher, les Avengers, Thor, le Ghost Rider etc…

Et puis vint Disney et ses brouzoufs. Bon, d’un point de vue commercial, dans un monde capitaliste dominé par la culture américaine, on ne peut hélas pas faire grand’ chose contre cette machine à pognon. Nino est curieux d’un peu de tout. Il aime aller au cinéma, mais il commence à se lasser des films mettant en scène des super-héros. Faut dire que l’enchaînement des séquelles, des préquelles et des mélanges devient indigeste. Et surtout montre les limites d’un cinéma américain en manque d’idées. Remakes, adaptation de BD ou de jeux vidéo, c’est pas le top en matière de créativité. Pourtant, ça cartonne.

Un scénario ténu, beaucoup d’esbroufe, un cynisme de façade, un humour bourrin, un rythme hystérique succédant à de trop longues explications pseudo-scientifiques ou moralisatrices, des images de synthèse à foison : voilà ce qui fait office de colonne vertébrale pour chaque film. Autant dire que la patte personnelle du réalisateur − que l’on avait encore avec Raimi pour les Spiderman − disparaît derrière un cahier des charges bien fixé. Et c’est là où le bât blesse. Des personnages sont censés avoir une personnalité qui les distingue du commun des mortels après avoir subi un accident qui a provoqué chez eux une mutation, la plupart du temps, deviennent parfaitement plats, voire creux.

Le dernier avatar est le très mauvais Captain America : civil war. En gros, un homme qui a perdu femme et enfant dans les dégâts collatéraux pendant une méga-baston impliquant les vengeurs a décidé, lui aussi tiens, de la déguster froide, la vengeance. Il va donc se faire passer pour un ancien copain de Captain America qui s’est fait laver le cerveau par les Russes, mais après la chute du Mur hein, histoire de bien nous faire comprendre que méchant un jour, méchant toujours. Quel vilain ! Il va monter les héros qui sont pourtant supers les uns contre les autres. Cette trame, bien élimée, s’étend sur plus de deux heures ! Au menu : baston, sentiment de culpabilité, attentat, re-sentiment de culpabilité, re-baston, re-attentat, publicité pour des bagnoles allemandes, voyage dans quelques capitales pour montrer que du blé, on en a, méga-re-baston qui met l’aéroport de Berlin en coupe réglée − oui l’Allemagne c’est tendance −, poursuite en auto, en moto, en hélicoptère, en avion du futur pour se retrouver en Russie, où il neige bien évidemment, afin d’assister à  la bagarre finale entre Iron Man et Captain America, dans laquelle personne ne sort vainqueur, faut bien une suite ou un avatar.

Nino paye 4 euros, il a moins de 14 piges. Moi, j’ai des réducs grâce au bahut. Ceci dit, comme on se souvient de rien, disons, deux heures après la séance, on a quand même vaguement l’impression de s’être fait alléger le porte-monnaie pour pas grand’ chose. Ce genre de films d’action américains sont gangrénés par l’omniprésence du danger terroriste, qui suinte à chaque plan. Le côté patriote en plus, mine de rien, qui, au détour d’un bouclier, d’un tee-shirt ou d’une morale bien guimauvienne, s’instille petit à petit, plaisamment, c’est donc mainstream.

Chez DC Comics, c’est guère mieux. En fait, on en regretterait les Batman de Tim Burton, qui creusait dans la psychologie des personnages, des méchants en particulier. Quelques réussites, cependant, concernent les moins connus de ces super-héros dont le panthéon nous promet une palanquée de toiles − on en est à 3 productions par an rien que pour Marvel et ça va s’accélérer si ça marche − comme Ant-Man, l’homme fourmi, ou Deadpool, à l’humour lourdingue mais régressif. Et puis les deux Kick-Ass, très bons pastiches de ce genre-là. Surtout ne pas se prendre au sérieux quand on est une personne avec des pouvoirs, sinon, on devient vite sentencieux, donc chiant. Ah, une dernière chose, il y a de plus en plus de nanas dans ces productions. Dans celui évoqué trois ! Et aussi des noirs, mais par contre aucun asiatique, ce qui est un scandale quand on sait l’influence du cinoche asiatique − de Hong Kong en particulier − sur le film de baston ricain. Voilà. Que Thor veille sur vous.

…e la nave va…

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Pas très Mad ce Max

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYP - Objet créé par Patrick L.D.

 

Je sais pas pour vous, mais quand je lis le mot remake ou séquelle pour un film, j’ai plutôt tendance à verser dans la circonspection, non pas que je sois d’un naturel constipé, voire conspirationniste, mais force est de constater que les dernières toiles visant à revisiter l’oeuvre originale ne m’ont guère convaincu. De l’inutile Psycho de Gus Van Sant au très moyen Evil Dead de Fede Alvarez en passant par le ridicule Maniac d’un certain Khalfoun – avec le falot Elijah Wood, oui celui du Seigneur des anneaux, pour remplacer le patibulaire Joe Spinell. Même le très underground I spit on your grave de Meir Zarchi, un rape and revenge bien velu, y a eu droit. Manque de créativité ? Certes, cela saute aux yeux, cela même quand il ne s’agit pas de suite ou de remake. J’y vois pour ma part plutôt une raison liée au contexte de l’époque. Des films transgressifs, violents, rudes au toucher, piquants à la vue, marquaient un jalon entre la fin des 70’s et le début des 80’s. Comme un chant du cygne cynique et ravageur, pas de jugement moral qui vaille, comme avant les films Noirs, une sorte de regard froid sur la société et les individus qui la composent.

Alors, imaginez quelle ne fut pas ma surprise en lisant ça et là, que George Miller allait s’atteler à une suite de Mad Max, LE Mad Max, film âpre et, selon moi, définitif d’un genre, celui du survival. Bon, déjà, pas de Mel Gibson, trop vieux et trop parti dans ses délires mystiques en héros, mais Tom Hardy et Charlize Theron. Une bonne femme qui partage  le haut de l’affiche, hum, comment dire, je le sens moyen pour ce type d’aventure. Miller n’est plus tout jeune en outre, si c’est pour répondre à cette mode de film de vieux sur le retour, genre Expendables, ça s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Mad Max : fury road se veut une suite, c’est aussi un remake. Bon, faut dire que les deux suites précédentes, même si le second se laissait voir et influence celui de 2015, étaient décevantes, ne parlons pas du troisième volet avec Tina Turner.

L’histoire : Max erre dans un monde post-nucléaire, perclus de cicatrices du côté de l’affect. C’est un taiseux le Max. Manque de pot, il se fait gauler dès le début du film par une bande hargneux et va servir de globulard – oui – à un gus malade, de quoi on sait pas et on s’en fout d’ailleurs. Il se retrouve chez un potentat local, complétement azimuté, entouré d’êtres difformes et régnant sur des survivants le vénérant car il fait parfois don de l’eau, chose si précieuse sur cette Terre desséchée. Cependant, une femme, l’imprétor Furioza (!) va berner le méchant en s’enfuyant au volant d’une sorte de camion surarmé en compagnie des femmes du dictateur. Max est embarqué dans la course poursuite, enchaîné à son geôlier malade mais décidé à gagner le paradis par ces exploits. Exploits consistant à trucider et ramener les intriguantes au bercail. S’en suit une folle équipée qui mettra en scène des êtres plus déjantés les uns que les autres. Pour revenir au point de départ. La boucle est bouclée, mais les gentils ont gagné.

Des personnages difformes, des poursuites dans des bagnoles customisés, des paysages désertiques se prêtant à l’action, sur le papier, le cahier des charges semble rempli. De ce point de vue, outre une photographie pas trop moche quand la caméra ne virevolte pas, ça passe. Mais le hic, c’est que le contexte n’est plus le même qu’en 1980. On en a vu des cascades et des effets spéciaux depuis ! Hardy a le charisme d’un acteur de film de Jésus Franco, donc proche du néant, Theron en fait des caisses, on a l’impression que c’est elle qui porte la culotte. Les méchants sont très…méchants, mais trop nombreux à mon goût, ce qui dilue l’intérêt qu’on peut leur porter. L’action alterne avec des séquences couillonnes qui se veulent explicatives, avec une zique sirupeuse à souhait. « Que cherchent-elles ? L’espoir. Et toi ? La rédemption. » C’est la meuf qui cherche à expier un truc dont on ne saura rien, tandis que Max voit des mirages, vous me direz c’est normal dans le désert, mais bon la culpabilité ressentie vis-à-vis de sa fille et de sa femme, ça va deux minutes ! Le scénario s’égare comme toutes ces pas très joyeuses bandes plus ou moins rivales, les digressions vers des mères replètes auxquelles on tire du lait ou les états d’âme des mamies survivantes du Pays Vert, l’éden qui a disparu, n’apportent pas grand chose. Quant à l’épilogue, hollywoodien à fond, fait dans le pathos frelaté.

Donc, pas franchement surpris ni déçu – je ne m’attendais pas à un coup de poing malgré les bastons en nombre – je vais me refaire le premier Mad Max, redoutable d’efficacité, dépouillé et finalement beaucoup plus dérangeant car sans espoir. J’en ai un peu marre de cette tendance à vouloir absolument trouver la rédemption qui envahit le cinéma mainstream, même si Max repart seul sur la route à la toute fin en esquissant un sourire, ce qui ne colle pas avec la légende. Voilà.

e la nave va

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C’était mieux avant ?

Crâne à la fleur - Illustration © Pierre Auclerc 2013

Minot j’étais plutôt rêveur et solitaire. Je passais une bonne partie de mon temps à inventer des mondes dans lesquels je retrouvais mes instincts de chasseur-cueilleur-constructeur de cabane. Puis vint l’étrange lucarne, qui trônait là en fait depuis quelques mois et à laquelle je n’attachais pas d’importance. J’y avais droit au départ le samedi après-midi. Ce fut le choc quand je découvris The Twilight Zone (La quatrième dimension) ou The outer limits (Au-delà du réel). Mes jeux allaient évoluer en conséquence des rêveries et des fantasmes que suscitaient ces deux séries magiques à mes yeux. Ma forêt devenait amazonienne, ma mission plus périlleuse à chaque fois, j’étais le chasseur de Predator avant l’heure.

Ce fut ensuite la couleur, et là, avec un élargissement des possibilités, c’est-à-dire l’accès à quelques films, je pouvais désormais parfaire mon amour du cinéma fantastique. Ce furent les années Jason et les Argonautes, King Kong et d’autres toiles plus obscures. Mais franchement, qu’est-ce qui pouvait me plaire dans ces films ? King Kong est considéré comme un chef d’œuvre, certes, mais beaucoup de ces films sont plutôt « ratés »parce que le budget effets spéciaux bouffait tout ou, au contraire, était indigent. Le point commun, que je décelais plus tard, deux hommes, Willis O’Brien et Ray Harryhausen. Le second d’ailleurs fut élève du premier. Leurs monstres, leurs créations, même d’apparence désuète aujourd’hui, dégagent une forme de poésie dans sa maladresse. Le plus souvent, c’est en artisans qu’ils concevaient leurs bestioles ou leurs monstres.

J’en suis encore sous le charme, ça m’aide aussi à garder un peu de mon âme d’enfant que la vie parfois lacère. Souvent, l’usage de la pâte à modeler ou d’autres produits proches induit, pour les films en couleurs, un effet « jouet géant » devant lequel, le héros souvent peu inspiré, s’escrime à donner l’impression qu’il combat, l’héroïne légèrement vêtue criant à outrance, évoquant une poursuite improbable. Il faut dire que les effets spéciaux numériques n’en étaient qu’à leurs balbutiements et étaient réservés à de grosses productions. Ray Harryhausen achèvera sa carrière avec le Choc des Titans en 1981, curieusement au moment même où les effets numériques, Star Wars oblige, prennent le dessus sur le travail « à l’ancienne ». Le film, par ailleurs très réussi pour l’époque, mélange tous les types de trucages. Est-ce le chant du cygne ?

L’héritage perdure, même si les techniques se sont améliorées, à la marge, grâce aux films d’horreur, particulièrement aux films de zombies, le maître incontesté étant Tom Savini, dont on voit la frimousse dans les films de Romero et dans bien d’autres. Ses zombies sont classieux et bien pourris. Le gosse qu’il est s’amuse comme un fou à leur exploser la tête (peut-être aurez-vous reconnu mon avatar sur Ubu), à les démembrer, mais aussi à leur faire bouffer de la chair humaine. Cependant, la généralisation des technologies et le numérique ont pris le dessus. Même à très bas coût, on peut en réaliser. Une boîte de production comme Asylum, de nos jours, produit les pires nanars qui soient en mettant tout le budget sur les FX, avec un reliquat pour payer un has been disparu des plateaux.

Désormais on peut tout montrer, on peut tout imaginer, les possibilités sont merveilleusement démultipliées. Je dois l’admettre, je vais tout voir, du dessin animé avec mon mioche au blockbuster inutile. Les effets numériques sont devenus indispensables, ils sont présents partout, pour le bien parfois, pour cacher l’inanité du projet aussi. C’est le temps des monstres géants, comme dans Pacific Rim, qui se coltinent à des robots géants. Le film de Gillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan, Hellboy) est techniquement parfaitement maîtrisé. Mais il manque d’âme et de chair. C’est curieux de la part d’un cinéaste qui, justement, mâtinait sa SF de poésie. Les films de super héros se multiplient : ils volent, courent, se transforment à volonté. Mais pour la plupart, il leur manque encore cet esprit qu’on trouve dans les comics.

Des réalisateurs reconnus comme Peter Jackson (Bad Taste, Brain Dead) ou Sam Raimi (Evil dead) ont succombé au flouze hollywoodien et ont cru être libres dans leurs choix avec Le seigneur des anneaux pour l’un et Spider-Man pour l’autre. Ce sont des réussites techniques, des films qui rapportent un max de pognon, mais qui, pour moi, restent de simples divertissements. Les années passant, je n’y prête plus guère attention, jusqu’au jour où j’apprends la mort de Ray Harryhausen, en cette année 2013. Une nostalgie lointaine me plonge dans ce cinéma où Jack le tueur de géants, avec ses effets spéciaux tout nazes est devenu Jack le chasseur de géants – remarquez la subtilité du changement de titre en cette époque biomormonne – où Le jour où la Terre prit feu a pour réplique 2012.

Alors, c’était mieux avant ? Ben oui, j’étais plus jeune, plus beau et c’était la fin des Trente Glorieuses. Mais non aussi, je prends toujours le temps de me divertir pendant que d’autres travaillent à la chaîne pour des clopinettes. Et puis, la claque, la grosse baffe cinématographique, que j’ai rarement ressentie, n’en déplaise à notre prophète[1] : Gravity, 1 heure 30 de suspense dans l’espace avec des effets spéciaux et une 3D magiques. Cela me convainc qu’il est vain de nostalgiser et que, malgré une dépression lancinante, je vis toujours. N’en déplaise aux fâcheux.

 

E la nave va…

  1. Numerosix est le prophète bien aimé des déconnologues de l’Icy ; lire le billet Prophète de bonheur. []
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En noir et gris

Scan brut © Nono 2010

 

C’est la réflexion du fiston à propos de Frankenweenie que nous sommes allés sagement voir lui et moi au cinéma. De prime abord, ça m’a surpris ; et puis, en y pensant, je me suis dit qu’il n’avait pas entièrement tort le potiolo.[1] Pourquoi d’ailleurs parle-t-on de film en noir et blanc alors que les nuances de gris sont bien plus mystérieuses que le blanc immaculé ? Peut-être parce qu’il est un blanc maculé, ce gris. Le noir, par contre, effrayant, fascinant, remplit son rôle, du moins dans ce magnifique film d’animation de Tim Burton.

 

L’histoire. Victor, un petit garçon solitaire et féru de bricolages scientifiques, à l’imagination, disons, débordante, aime ses parents… mais surtout son fidèle cabot Sparky. Il se confie à lui, ingénument, pour toutes les choses de la vie. « Forcé » de s’intégrer à l’école, donc à la bonne société américaine, il daigne pratiquer le base-ball, suivi de son chien. Qui ne trouve rien de mieux que se faire écraser en allant chercher la baballe. Inconsolable, Victor ne se résigne pas pour autant à la mort Sparky. Tilt ! son prof de sciences, via une expérience qui consiste à faire réagir une grenouille morte par des décharges électriques, va lui donner l’idée d’une résurrection. 

Sparky

Il s’attelle donc à la tâche dans le grenier de la bicoque familiale, en secret. Tel Frankenstein, il va chercher son chien au cimetière et le ressuscite. Le clebs est suturé de partout, en perd sa queue de joie, sent un peu le rat mort, mais tout va pour le mieux… jusqu’à ce que d’autres enfants n’aient vent de ce miracle et se mettent à leur tour à faire revivre leur animaux fétiches morts… qui deviennent monstrueux et ne trouvent rien de mieux à faire que dévaster la bourgade. Victor et Sparky vont leur faire rendre gorge, non mais !©

 Victor et Sparky

D’aucuns n’en finissent pas d’enterrer Burton, de railler son manque de créativité, genre « il fait toujours le même film », gnagnagna… Des jaloux moi j’dis, des vieux dans leurs têtes ! Le scénario est haletant, les séquences s’enchaînent impeccablement, jusqu’au dénouement final hélas disneyen, seul bémol à ce conte en noir et gris, alternant tours de force, gags et moments émouvants.

L’animation, à l’ancienne, est superbe. Elle est un vibrant hommage aux grands noms des FX du 20e siècle, Harryhausen ou O’Brien entre autres. Les références burtoniennes sont multiples mais pas lourdes. De même, l’hommage au cinéma horrifique des années trente, notamment Frankenstein, donne une patine gracieuse pas nostalgique à la toile. La présence d’une tortue géante évoque l’épopée des Godzilla, plus récente. Enfin, le professeur, un Vincent Price « retravaillé » nous emmène dans un monde où le fantastique se voulait abracadabrant, avec ses visages grimaçants et ses corps torturés.

Une fois de plus, Tim Burton réussit la gageure de nous faire partager son monde, celui d’une enfance libérée des contingences matérielles, rêveuse, cauchemardesque et merveilleuse. Il est une sorte de grand frère resté au stade des débuts de la vie et conteur sage à la fois. Il s’adresse à nous sans arrières pensées, que l’on ait 8 ou 45 piges.

Affiche de Looper 

Bonus. Deux bonnes surprises dans le domaine de l’action movie : Looper et Skyfall. Le premier est film de science-fiction couillu qui raconte l’histoire d’un homme chargé de flinguer des hommes envoyés du futur par une machine à remonter le temps détenu par la Mafia. Tout se passe bien pour lui, jusqu’au moment où… il se retrouve en face de lui-même en plus vieux. Suspense, bastons, FX efficaces : une bonne toile. Le second est un Bond haletant et noir, dans lequel les personnages sont beaucoup plus fouillés que d’habitude : le méchant – Javier Bardem – est plus qu’équivoque et les scènes d’action, initiale et finale, sont particulièrement réussies. De plus, la James Bond girl se fait fumer au bout de vingt minutes, ce qui m’a particulièrement réjoui – oui, je sais, je suis sadique. Un agréable moment.

 Affiche de Skyfall

Vous pouvez, par contre, oublier le dernier Astérix, maniéré et mou du genou, les gags y tombent à plat, même s’ils se veulent hyper « pointus », c’est du sous Zucker, donc méga bof. Voilà, c’est tout pour ce billet. La bise à tous, même aux nouveaux ;-)

E la nave va…

  1. NDK : Nino dit « le potiolo », le fiston de lamorille. []
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Eighties

Olympe de Gouges dans La Fée electronique - © Nam June Paik 1989 - tritouillé par Cyp.

 

Je sais pas si vous avez remarqué, mais depuis que la société du spectacle de masse s’est imposée au monde occidental, il est des périodes régressives durant lesquelles on se plaît à faire un tour en arrière, de 20 ou 30 ans; enfin les tenants des rênes de la com’. La nostalgie, ça paye avec des générations vieillissantes et bankables. En ce moment, c’est les années 80 qui ont le vent en poupe comme pour le premier film que je vais évoquer. Je me garderais d’aller voir le navet français Stars 80, la bande annonce suffisant.

Affiche de Stars 80

 

Ted a été un immense succès outre-atlantique, un tabac inattendu. Comme en Plouquie l’offre cinématographique étant particulièrement pauvre cet automne et que j’avais vaguement entendu parler de cette comédie régressive – adjectif qui automatiquement a sur moi des effets attractifs – je profite d’un mercredi triste pour aller tester. Première surprise, je suis seul dans la salle obscure, visiblement le succès n’aurait pas traversé l’océan. Curieuse sensation que d’être l’unique spectateur…

L’histoire. John a 8 ans dans les 80’s, il n’ a pas de copain, seulement un ours en peluche, Ted, auquel il se confie et qui, par le miracle d’un voeu exaucé après le passage d’une étoile filante, va s’animer et devenir vivant. Ted et John se jurent fidélité. Saut dans le temps, de nos jours. John a 35 piges et fument des bangs avec Ted sur son canapé. Lori, sa chérie, en a assez de cette vie qui n’a pas des sens, à savoir sans le mariage et ce qui va avec. Pour John, c’est le dilemme…mais bon, il choisit la meuf et se sépare de Ted, enfin pas vraiment ; dès lors les séquences comiques, enfin propres à la comédie américaine s’enchaînent : affrontement de milieux sociaux différents, scènes conjugales et rabibochages, bagarre dans une chambre d’hôtel où tout doit être cassé, fête entre jeunes….

Bon, quand on parle de comédie régressive, on s’attend à du lourd, du pas très fin, du prout, du pipi-caca, du potache quoi. Ici, à part quelques dialogues arrachant un vague sourire et deux-trois situations gagesques, le film hésite constamment entre comédie romantique, comédie trash, étude de moeurs, hommage appuyé à une décade, voire même au film d’action et… à force d’hésiter n’aboutit à rien. Sinon à l’enfilage de scènes hyper référencés 80’s : Flash Gordon en vrai et en vieux, musique ringarde, expressions surannées, danses disconisantes et défonce à donf.

Pire, seul l’ours joue convenablement son rôle. Mark Wahlberg a un charisme de crustacé, toutes les filles sont des abruties ou des nunuches arriviste; le récit débute et finit comme un conte Disney niaiseux. Les quelques écarts de langage et de situations, genre une fille a chié sur le parquet, comme ça, gratuitement, ne sauvent pas cette bande bien terne au pseudo-second degré même pas assumé.

Affiche de Ted

 

Les années 80, c’est cinématographiquement Maniac. Le film de William Lustig est un condensé du slasher urbain nauséeux et délétère. Son slogan : « Je vous avais dit de ne pas sortir ce soir ». L’histoire. Elle est vachement chiadée, un tueur en série hante New York la nuit et tue à l’arme blanche plutôt des filles, mais pas que. Il les scalpe et place méticuleusement les chevelures sur des mannequins qui hantent son taudis. Psychanalyse de bazar – ah ces mères autoritaires ! -, solitude urbaine, moiteur suintant des pores de Joe Spinell – inquiétant – et des murs sales d’une ville sans âme, absence de suspense quant au dénouement.

Affiche de Maniac

 

C’est hésitant, mal filmé, surjoué, plein d’erreurs et de faux raccords ; la perche du preneur de son se repère à quelques reprises, ce qui relativise la dramaturgie du moment, par exemple. Pourtant, la liberté de ton, le côté bouts de ficelle, l’agressivité et le péssimisme ambiant sont symptomatiques de ce genre à cette époque, qui donnera un chef d’oeuvre – Henry, portrait of a serial killer – ; pas d’humour noir, ni de références amusantes, du brut, du direct, du sang, des couteaux.

Affiche de Henry, portrait d'un serial killer

Mes 80’s vous paraîtrons peut-être bizarres. Ce que je sais, c’est qu’elles sont passées bien vite et que j’en retiens une sorte d’hymne funèbre : CLIC

 

E la nave va…

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