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La tectonique des claques

Illustration © Cyprien Luraghi 2017 - ICYP

Ça a commencé par une overdose de courgettes vers la mi-juillet. Les jardinières de l’Icyp, qui sont légions, en ont rapporté des brouettes. Au début on s’était jetés dessus les dents en avant : les courgettes, ça change agréablement des betteraves qu’on a dégusté à toutes les sauces comme des courgettes pendant la mauvaise saison,[1] du moins pour ce qui est de la couleur. 

Et puis ça a continué par les tomates, du moins pour certains dont je ne suis pas, étant immunisé de l’overdose tomateuse par ma ritalitude. Et là, c’est la fin des haricots. L’Apocalypse a lieu au moment-même où j’écris, là : CLIC. C’est flippant : la chaleur est en train de monter en flèche, inexorablement. Matez-moi ça[2] :

© Cyprien Luraghi 2017

Tout ça c’est des conneries, évidemment. Des conneries même pas drôles mais qui font bien rigoler quand même. C’est qu’un rien nous fait rire, nous autres déconnologues. Alors autant de riens d’un coup, quel bonheur. De toute façon comme le dit si bien lamorille, l’Apocalypse c’est la fin du Jeu des 1000.

Comme le dit toujours aussi pertinemment lamorille, Jeu est un nôtre. Il est donc question que nous nous l’accaparions, et c’est ainsi que nous y avons délégué Zebao, qui en bon infiltrateur y a fait de l’entrisme l’autre jour, le but ultime étant de mettre la main sur le Super Banco afin de couler de paisibles vieux jours sur des îles paradisiaques avec le fric. Nicolas Stoufflet et son compère Yann Pailleret ont été dûment contaminés. La preuve :

 

© Zebao - ICYP 2017

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Et les claques, dans tout ça ? Y en a qui se perdent, pour commencer. Et les plaques tectoniquent en ce moment, ensuite. Gaïa s’ébroue tellement il fait chaud alors ça déclenche des tremblements de terre, des ouragans et ça fait même péter des bombes atomiques au pays de Kim. Car tout est lié en vrac comme dans la cervelle d’un parano. Ligoté, ficelé comme un rôti, même. Tout cuit d’avance. L’humanité va droit dans le mur et le plus drôle c’est qu’elle ne sait même pas où il est, ce mur. Ni même s’il existe. 

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…e la nave va…

  1. Qui dure neuf mois interminables, au royaume de France. []
  2. Instantané pris à l’instant à la fenêtre de la cuisine de l’Horreur de Puycity, en léger différé. []
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Le bénéfice du douteux

Illustration © Cyprien Luraghi 2017 - ICYP

Bientôt treize ans que j’ai laissé tomber la bouteille. Et quelques dizaines d’années de plus que j’ai envoyé valdinguer la mystique gazeuse − qui était très à la mode au temps de la route des Indes et des hippies en mon adolescence. En 76 précisément, le jour où j’ai foulé pour la première fois le sol de ces Indes. Alors que j’y étais allé par attirance pour la spiritualité censée l’imprégner. Tu parles : c’est comme partout ailleurs pour ça. Business as usual. En roupies sonnantes et trébuchantes. Je ne suis pas éthologue, mais à n’en point douter un jour futur ces scientifiques découvriront que les singes croyaient déjà à de telles conneries depuis la nuit des temps. Il n’est donc pas naturel de s’en départir, pas plus que de laisser tomber la bouteille. Car là aussi ça remonte à loin : des dizaines de milliers d’années au moins et peut-être même plus. D’ailleurs les singes ne sont pas plus en reste que les éléphants, quand il s’agit de se pinter la ruche en gobant des mangues bien fermentées ou toute autre variété de fruit blet chu de l’arbre.

Faute de dieux existant ailleurs qu’en soi, il est d’usage dans notre race de prendre chacun son soi puis de le projeter au dehors sur ce qui est apte à refléter nos croyances. Totems en bois, cailloux remarquables, statues de plâtre peint, maîtres à penser, troubles mentors, gourous douteux, lamas libidineux, curés tripoteurs, politiciens vérolés, notaires véreux, dictateurs paranoïaques, affairistes sadiens et tutti quanti. 

N’avoir ni dieux ni maîtres est inhumain, en réalité. Ça contrevient au fond de nous. Et avoir dieux et maîtres insupporte l’esprit libre, le tuant à petit feu. Comme mauvaise drogue. Indispensable stupéfiant. Rabougrissant opium. Cervelle au schnaps. Alors trouver la parade est vital. Pour moi c’est simple : je pars des toutes petites choses sur lesquelles je me projette en grand, rêvassant langoureusement. Comme sur cette étiquette de bouteille de bière indienne traînant dans ma vieille malle de voyage en tôle bleue toute cabossée. Elle en dit long, cette petite étiquette. Pas assez pour refaire le monde, mais sufisamment pour en pondre un billet évoquant l’état du monde et du monde y vivant… 

 

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

…e la nave va…

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