Archives par mois : août 2017

Le bétail de l’histoire

Illustration © Cyprien Luraghi 2017 - ICYP

Contempler. Ce qui se passe à l’extérieur et au dedans ensuite assimiler, en puiser le suc et l’essence. Et puis finalement en conclure que tout va très vite comme dans un tremblement de terre avant que tout s’écroule. Ou s’écoule, allez savoir. 

Je ne suis pas du genre catastrophiste, même en plein cataclysme. Les millénaristes hallucinés de tous genres sont des poulétos[1] ridicules depuis l’aube de l’humanité et ils le resteront jusqu’à la fin d’icelle. Qui n’est pas au programme vu la ténacité morpionique de notre espèce de singes debout. 

Pourtant il y a de quoi flipper sévère : près des trois quarts de l’espèce s’entasse désormais dans des villes tentaculaires. Dehors, les guerres battent leur plein comme jamais un peu partout, et ce sont de nouvelles sortes de guerres ; diffuses, larvées, perverses, sournoises. Et tout ça sous un cagnard infernal, noyés sous la trombe ou encore crevant de soif. Qui dit guerre dit clan et les plus méchants des clans sont de sortie aussi, du coup. Du Ku Klux Klan au clan nationaliste turc, à celui national-frontiste bien d’cheu nous, en passant par les cliques de barbus tarés de Daech et compagnie. C’est jusqu’au cadavre de la gauche qui se laisse contaminer par cet exécrable esprit de frontière. Ainsi les troupes du Chon[2] sont devenues cocardières en diable, lol. Soudain des gauchistes hirsutes entonnent la Marseillaise le poing levé, lol et relol. Pendant ce temps-là, le président Ali Baba et ses quarante voleurs nous font les poches à la Thatcher. Voler les pauvres, c’est tout ce qu’ils savent faire, ces technorats

Je ne comprends pas et ne cherche plus à comprendre. Je contemple en mâchonnant et plutôt que de gâcher mon plaisir en vaine consternation, j’en rigole un peu et même beaucoup parfois, de tout ce merdier. 

*

C’est la fête du mouton et la fin des vacances. Alors soyez pas cons et collez vous-en plein la panse. Carpe diem. E la nave va, les aminches…

  1. Tout savoir sur le pouléto en lisant ce billet : CLIC []
  2. Jean-Luc, pour les intimes. []
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Vive le vent divers

Illustration © Pas Tripette - ICYP - 2017

Vous ai-je déjà parlé de mon père?

Né dans le sud de l’Italie, à une période trouble, dans une famille très complexe. Là-bas et à l’époque, ce n’était pas fête tous les jours, et les possibilités de développement personnel n’étaient pas légion. Comme ce fut le cas pour beaucoup, mon père a fait juste assez d’années d’école pour apprendre à lire, à écrire et à calculer. Pour le reste, c’était « débrouille-toi et apprends un métier ».

Il avait un demi-frère, de 23 ans son aîné, qui exerçait le noble métier de forgeron. Le Cétautomatix du village, en quelque sorte. En moins musclé, en moins sanguin, et certainement en plus talentueux. C’est chez lui que mon père apprenait cet art, dans un petit atelier à la sortie du village.

Un matin, il arrive devant l’atelier, en compagnie de son ami Panunzio, également apprenti. La porte est close, le frère devant certainement déjà traîner au bar. Il faut savoir que parfois, quand il y avait un travail urgent et délicat, on allait le rechercher au bar, fin soûl, et il réalisait des chefs-d’oeuvre pendant que deux ouvriers le soutenaient pour l’empêcher de tomber.

Drôle de famille, je sais. Mais une famille très attachante…

L’endroit, il faut le dire, est assez féerique. À l’ouest, on aperçoit les sommets enneigés des Apennins. À l’est, c’est l’Adriatique. Entre les deux, des pâtures, des moutons, des oliviers, des figuiers, des champs de blé. À perte de vue.

Devant ce spectacle, les deux ados patientent.

Avisant un prunier (ou un cerisier, je ne sais plus), ils ne font ni une ni deux, ils y grimpent et commencent à s’empiffrer. Les fruits sont encore frais de la nuit, humides de la rosée du matin, savoureux à souhait. Mais à la longue, le système digestif finit par sortir de sa torpeur pour un petit rappel à la modération…

Pas loin de là, un petit fossé servait aux paysans du cru pour évacuer leur trop-plein de modération. Les deux gamins s’y précipitent. Mon père arrive le premier, baisse son pantalon et s’accroupit. Panunzio arrive juste après. Plus grand, plus fort, il repousse mon père et s’accroupit à son tour, car certaines choses ne souffrent pas l’attente. Sous le coup de la frustration, et poussé par l’esprit malicieux qui l’a toujours caractérisé, mon père veut lui mettre un vent. Au sens propre.

Comme je l’ai dit plus haut, les deux gars s’étaient empiffrés de fruits frais à s’en rendre malades. Alors, ce ne fut pas un vent. Et certainement pas au sens propre…

Comprenant à quel point il venait de lui faire perdre la face, au propre comme au figuré, et les risques qu’il encourait, mon père détala comme un lapin et se réfugia auprès de son frère qu’il ne lâcha plus d’une semelle de toute la journée. Pendant ce temps, Panunzio hésitait entre le disloquer, l’écarteler, l’écorcher, l’empaler, ou simplement l’initier aux joies du lingchi.

Mais comme souvent, le temps finit par jeter un voile apaisant sur les pires colères, et ces deux-là restèrent encore longtemps amis.

Chaque fois que mon père nous racontait cette histoire, on craignait pour sa vie tellement il rigolait. Comme un gamin. De ce rire profond qui vide les poumons et rend cramoisi. De ce rire communicatif qui résonne encore dans les oreilles longtemps après.

Il me manque, le vieux. Ça fait une vingtaine d’années qu’il est parti bouffer des pommes au jardin des Hespérides.

Je plains les anges…

*

…e la nave va…

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Froid aux yeux

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

C’est le creux du mois d’août, alors roue libre. Un petit billet vite fait sur le gaz avec ce qui me passe par la tête. Il y a quelque temps, je ne sais plus qui icy avait inventé la notion, le concept et le mot de pouléto dans les commentaires. Au départ, le pouléto était le lâche débinard qui ne participait pas à notre rituel du Jeu des 1000 sous des prétextes fallacieux et avec des alibidons. Jeu sacré que nous ne saurions manquer sous aucun prétexte dix mois sur douze. Et qui nous manque cruellement quand vient l’été. Du coup on en profite pour s’entre-traiter de poulétos à tire-larigot : ça fait passer la saison chaude de plaisante manière. Quand bien même un certain Homère[1] prend parfois la mouche en se juchant pitoyablement sur ses ergots de pouléto lorsqu’on le charrie en grappe organisée.

Des poulétos il n’y en a pas que chez nous autres déconnologues distingués : dans le monde extérieur ils pullulent méchamment. Et là, ce ne sont pas des rigolos jouant le rôle pour de rire. C’est des vrais couards, des poules mouillées, des poulets mous, des lâches, des veules tristes comme la mort sous un ciel de plomb gris orléanais. Esclaves de leurs frayeurs irraisonnées qu’un rien affole, petites choses fragiles n’ayant d’intérêt que celui qu’ils portent démesurément à leurs maî-maîtres.

Icy, point de poulétos en vue : ça râle, ça pestouille, ça morigène, ça grommelle à qui mieux mieux et ça s’fout d’la gueule des goules et des épouvantails effarouchant les pusillanimes.

…e la nave va… !

 

  1. Un des piliers de l’Icyp. []
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