Archives par mois : août 2016

Le grand refroidissement

Illustration © Annie et Cyprien Luraghi 2016 - ICYP

 

Ne croyez surtout pas qu’il fait chaud dehors. C’est rien que des menteries. Jamais le monde n’a été aussi gelé globalement. Les météorologues soufflent le faux et l’effroi. Ouvrez-vous les yeux et couvrez-vous bien : ce qu’ils nous serinent est erroné. Ils ont été achetés pour distiller leurs boniments. Et par qui, ils ont été achetés ? Par le grand Maratattaoû, sans aucun doute :

 

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP

 

Et quel est donc le but de ce grand Marratataoû ?

Intoxiquer l’opinion pour s’en foutre plein les fouilles et devenir le maître du monde. Transformer les vaillants citoyens en larves molles et serviles. Ce genre de choses. Et pour ça, tous les moyens sont bons. Sachant que le meilleur de ces moyens est d’injecter la peur au cœur de la fibre citoyenne. Et pour ça c’est super simple : il suffit de dire l’exact contraire de la réalité. Brandir le spectre du grand remplacement, par exemple. Ça fout les boules instantanément et même : ça bout les foules.

Alors évidemment je ne suis le grand Marratataoû que pour de rire, la rigolade étant notre seule religion icy. Mais il en est d’autres qui eux ne rigolent pas en manipulant les masses populaires. Quand je dis que ça caille alors qu’on vient de se farcir une caniculette, c’est juste faire le ventilo pour les malheureux frappés d’insomnie à cause de la grosse chaleur. Quand vers deux heures du mat’ ils taillent encore la bavette ici au lieu de pioncer ferme.

*

C’est la rentrée. Il va se passer des choses. Inexorablement, la plongée dans les frimas de l’automne sera calorifère. Rasés et chauffés gratis au programme. Pas besoin de jouer au devin pour voir ça dans ma célèbre poule de cristal. Le fûmot pestilentiel frappe déjà à nos narines. Les vieux cadavres sont de sortie et les charognards se grognent déjà au museau pour savoir quel clan pourra planter ses crocs en premier dedans. Celui du maréchal Pétain est le plus disputé. Inépuisable macchabée.

Le maréchal est mort à l’île d’Yeu. Pas à l’île du Diable.

Allons enfants. De qui, de quoi, déjà ? E la nave va en tout cas…

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Au pied du mûr

Illustration © Cyprien Luraghi 2016 - ICYPC’est pas nous qui marchons pas droit
c’est le monde qui va de travers
Et on a beau aller devant soi
On s’retrouve souvent sur le derrière
(la Rue Ketanou)

C’est peinard, c’est l’été. Pendant à peu près un mois et demi, je ne claquerai pas des dents à cause de la froidure, chic. C’est que nous autres vieux oiseaux des tropiques revenus se poser sur une branche au pays du saint-nectaire, on est des grands frileux. C’est la fête. Tous les étés c’est la même chanson : feu d’artifice, course cycliste, bagarres dans les bals aux petites heures, et la jeunesse défilant sous nos fenêtres dans la ruelle en beuglant des chansons paillardes, les mêmes qu’au siècle passé. Avec des essaims de petits cœurs roses en peluche au dessus de leurs têtes. L’été appartient à l’amour. L’hiver un peu aussi mais sous la couette avec une bouillote. L’été, les soirs ont beau être longs, le Grand Soir n’est pas à son horizon. La Révolution exige un temps de merde, sinon elle loupe son coup et tourne court. Ainsi, pendant les grands soirs d’antan, le révolutionnaire vespéral allait en escouade choper le Cupide pour l’accrocher à un réverbère. Tout était simple en ce temps-là : on connaissait le nom et l’adresse du Cupide. Alors que là, pour dénicher le Cupide, tintin. Il se planque bien. Personne ne sait rien de lui, de nos jours. Le Cupide fauche son blé en catimini. Alors, le révolutionnaire du XXIème siècle erre lamentablement dans le vide avec sa corde de pendu inutile et si peu décorative que c’en est pitié.

Le monde va de travers et l’Icyp avance droit, conservant fidèlement son cap. L’équipage scrute le rivage à la lorgnette et y voit les mégalopoles entretissant leur extrémités jusqu’au cœur des continents. Étouffant le vieux monde. Qui a de beaux restes tout de même : Puycity par exemple. Nous autres puycitiens avons la belle vie encore et probablement pour les siècles des siècles. Dans le Cantal aussi ils seront peinards et si un biomormon normomane décidait d’interdire le saint-nectaire moisi de la croûte, nous n’hésiterions pas à lui agiter des gousses d’ail sous le nez, voire à brandir la menace du terrible Poteau 62 à sa face de stérilisé UHT.

 *

Il est minuit maintenant et à l’horizon se dessine une lueur qui annonce l’aurore. Vous regardez intensément et tout d’un coup vous voyez sortir le soleil. À minuit ! ça, ça ne vous étonnerait pas ?
− Non, répondis-je, ça ne m’étonnerait pas le moins du monde.
L’horloger barcelonais s’est écrié :
− Eh bien, moi oui, ça m’étonnerait ! Et même tellement que je me croirais devenu fou.
Alors Salvador Dali a laissé tomber une de ces réponses lapidaires dont il a le secret :
− Moi, c’est le contraire ! Je croirais que c’est le soleil qui est devenu fou.

(Salvador Dali – Journal d’un génie – Gallimard 1994)

*

Nous ça va bien. Mais alors y en a d’autres : complètement jetés, ils sont. Pour eux, tout va de travers tout le temps. Alors ils en veulent au monde entier. Et après, on s’étonne qu’il aille de travers, le monde qu’ils ont dans leurs pauvres têtes que nul petit cœur en peluche rose ne survole.

 

…e la nave va, love, love…

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Le jardin de la mort qui tue

Illustration © Cyprien Luraghi -ICYP - 2016 (avec la participation de Shanti et Nono)

Coucou c’est moi, j’ai rien à dire et je suis sur Internet pour le dire : je suis l’égobèse. Une bulle de chiffons vide avec un vernis de paillettes. Un test épineux parfois aussi, selon l’humeur. Des comme moi il y en a des bataillons compacts côté jardin. J’ai une vie de bouse, un boulot chiant comme la mort ou l’ennui au chômage pour compagnon de mes jours mornes. Et des amis en toc. Je me pavane, calebasse. Solitaire j’attends, plantée là, les bras en croix. Qu’il se passe quelque chose enfin. Qu’on me voie, que la foule admire ma silhouette, qu’elle la craigne, la redoute. Plus que tout au monde.

*

Et qu’elle s’apitoie sur mon sort, la foule des piafs et les myriades d’animalcules qui se rient de moi becquetant cerises en mai, patates en juillet, pile sous mon nez. Et le chat venant poser sa crotte à mes pieds. Enfin la légumiste qui m’arrache du sol aux intempéries pour me jeter au tas, tout au fond là où personne jamais ne vient et le temps passant qui me dissout dans le néant organique. Moi, l’éprouvantaille.

*

 Internet est un jardin comme les autres. E la nave va.

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