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Marvel entête

Illustration © Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi 2016 - ICYPAvoir un drôle de 11 ans auquel j’ai essayé de donner le goût du cinéma − chez d’autres c’est le foot ou le bris de vaisselle − c’est accepter ses choix, surtout que je ne le vois pas souvent. Donc, en ce moment, et pour l’été je présume, c’est animation ou super-héros, avec un peu de Star Wars dedans. Autant vous le dire tout de suite, il y a plus à manger des patates dans la tronche qu’à boire du petit lait.

Depuis que Sam Raimi s’est attelé à ressusciter Spiderman sous forme de film, avec le succès qu’on connait, d’ailleurs il a été lourdé en guise de remerciements, Marvel s’est mis en tête − oui je sais elle est facile − de ne plus dépendre des studios hollywoodiens pour nous inonder des ses produits. Alors que la vente de bandes dessinées, les fameux comics, stagne, la firme, en créant ses propres studios, fort d’un gros paquet de pognon et d’un certain savoir en matière d’effets spéciaux, enchaîne les toiles de super-héros : Spiderman, Hulk, Captain America, le Punisher, les Avengers, Thor, le Ghost Rider etc…

Et puis vint Disney et ses brouzoufs. Bon, d’un point de vue commercial, dans un monde capitaliste dominé par la culture américaine, on ne peut hélas pas faire grand’ chose contre cette machine à pognon. Nino est curieux d’un peu de tout. Il aime aller au cinéma, mais il commence à se lasser des films mettant en scène des super-héros. Faut dire que l’enchaînement des séquelles, des préquelles et des mélanges devient indigeste. Et surtout montre les limites d’un cinéma américain en manque d’idées. Remakes, adaptation de BD ou de jeux vidéo, c’est pas le top en matière de créativité. Pourtant, ça cartonne.

Un scénario ténu, beaucoup d’esbroufe, un cynisme de façade, un humour bourrin, un rythme hystérique succédant à de trop longues explications pseudo-scientifiques ou moralisatrices, des images de synthèse à foison : voilà ce qui fait office de colonne vertébrale pour chaque film. Autant dire que la patte personnelle du réalisateur − que l’on avait encore avec Raimi pour les Spiderman − disparaît derrière un cahier des charges bien fixé. Et c’est là où le bât blesse. Des personnages sont censés avoir une personnalité qui les distingue du commun des mortels après avoir subi un accident qui a provoqué chez eux une mutation, la plupart du temps, deviennent parfaitement plats, voire creux.

Le dernier avatar est le très mauvais Captain America : civil war. En gros, un homme qui a perdu femme et enfant dans les dégâts collatéraux pendant une méga-baston impliquant les vengeurs a décidé, lui aussi tiens, de la déguster froide, la vengeance. Il va donc se faire passer pour un ancien copain de Captain America qui s’est fait laver le cerveau par les Russes, mais après la chute du Mur hein, histoire de bien nous faire comprendre que méchant un jour, méchant toujours. Quel vilain ! Il va monter les héros qui sont pourtant supers les uns contre les autres. Cette trame, bien élimée, s’étend sur plus de deux heures ! Au menu : baston, sentiment de culpabilité, attentat, re-sentiment de culpabilité, re-baston, re-attentat, publicité pour des bagnoles allemandes, voyage dans quelques capitales pour montrer que du blé, on en a, méga-re-baston qui met l’aéroport de Berlin en coupe réglée − oui l’Allemagne c’est tendance −, poursuite en auto, en moto, en hélicoptère, en avion du futur pour se retrouver en Russie, où il neige bien évidemment, afin d’assister à  la bagarre finale entre Iron Man et Captain America, dans laquelle personne ne sort vainqueur, faut bien une suite ou un avatar.

Nino paye 4 euros, il a moins de 14 piges. Moi, j’ai des réducs grâce au bahut. Ceci dit, comme on se souvient de rien, disons, deux heures après la séance, on a quand même vaguement l’impression de s’être fait alléger le porte-monnaie pour pas grand’ chose. Ce genre de films d’action américains sont gangrénés par l’omniprésence du danger terroriste, qui suinte à chaque plan. Le côté patriote en plus, mine de rien, qui, au détour d’un bouclier, d’un tee-shirt ou d’une morale bien guimauvienne, s’instille petit à petit, plaisamment, c’est donc mainstream.

Chez DC Comics, c’est guère mieux. En fait, on en regretterait les Batman de Tim Burton, qui creusait dans la psychologie des personnages, des méchants en particulier. Quelques réussites, cependant, concernent les moins connus de ces super-héros dont le panthéon nous promet une palanquée de toiles − on en est à 3 productions par an rien que pour Marvel et ça va s’accélérer si ça marche − comme Ant-Man, l’homme fourmi, ou Deadpool, à l’humour lourdingue mais régressif. Et puis les deux Kick-Ass, très bons pastiches de ce genre-là. Surtout ne pas se prendre au sérieux quand on est une personne avec des pouvoirs, sinon, on devient vite sentencieux, donc chiant. Ah, une dernière chose, il y a de plus en plus de nanas dans ces productions. Dans celui évoqué trois ! Et aussi des noirs, mais par contre aucun asiatique, ce qui est un scandale quand on sait l’influence du cinoche asiatique − de Hong Kong en particulier − sur le film de baston ricain. Voilà. Que Thor veille sur vous.

…e la nave va…

Publié dans Cinoche | 6296 commentaires
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