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Pas très Mad ce Max

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYP - Objet créé par Patrick L.D.

 

Je sais pas pour vous, mais quand je lis le mot remake ou séquelle pour un film, j’ai plutôt tendance à verser dans la circonspection, non pas que je sois d’un naturel constipé, voire conspirationniste, mais force est de constater que les dernières toiles visant à revisiter l’oeuvre originale ne m’ont guère convaincu. De l’inutile Psycho de Gus Van Sant au très moyen Evil Dead de Fede Alvarez en passant par le ridicule Maniac d’un certain Khalfoun – avec le falot Elijah Wood, oui celui du Seigneur des anneaux, pour remplacer le patibulaire Joe Spinell. Même le très underground I spit on your grave de Meir Zarchi, un rape and revenge bien velu, y a eu droit. Manque de créativité ? Certes, cela saute aux yeux, cela même quand il ne s’agit pas de suite ou de remake. J’y vois pour ma part plutôt une raison liée au contexte de l’époque. Des films transgressifs, violents, rudes au toucher, piquants à la vue, marquaient un jalon entre la fin des 70’s et le début des 80’s. Comme un chant du cygne cynique et ravageur, pas de jugement moral qui vaille, comme avant les films Noirs, une sorte de regard froid sur la société et les individus qui la composent.

Alors, imaginez quelle ne fut pas ma surprise en lisant ça et là, que George Miller allait s’atteler à une suite de Mad Max, LE Mad Max, film âpre et, selon moi, définitif d’un genre, celui du survival. Bon, déjà, pas de Mel Gibson, trop vieux et trop parti dans ses délires mystiques en héros, mais Tom Hardy et Charlize Theron. Une bonne femme qui partage  le haut de l’affiche, hum, comment dire, je le sens moyen pour ce type d’aventure. Miller n’est plus tout jeune en outre, si c’est pour répondre à cette mode de film de vieux sur le retour, genre Expendables, ça s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Mad Max : fury road se veut une suite, c’est aussi un remake. Bon, faut dire que les deux suites précédentes, même si le second se laissait voir et influence celui de 2015, étaient décevantes, ne parlons pas du troisième volet avec Tina Turner.

L’histoire : Max erre dans un monde post-nucléaire, perclus de cicatrices du côté de l’affect. C’est un taiseux le Max. Manque de pot, il se fait gauler dès le début du film par une bande hargneux et va servir de globulard – oui – à un gus malade, de quoi on sait pas et on s’en fout d’ailleurs. Il se retrouve chez un potentat local, complétement azimuté, entouré d’êtres difformes et régnant sur des survivants le vénérant car il fait parfois don de l’eau, chose si précieuse sur cette Terre desséchée. Cependant, une femme, l’imprétor Furioza (!) va berner le méchant en s’enfuyant au volant d’une sorte de camion surarmé en compagnie des femmes du dictateur. Max est embarqué dans la course poursuite, enchaîné à son geôlier malade mais décidé à gagner le paradis par ces exploits. Exploits consistant à trucider et ramener les intriguantes au bercail. S’en suit une folle équipée qui mettra en scène des êtres plus déjantés les uns que les autres. Pour revenir au point de départ. La boucle est bouclée, mais les gentils ont gagné.

Des personnages difformes, des poursuites dans des bagnoles customisés, des paysages désertiques se prêtant à l’action, sur le papier, le cahier des charges semble rempli. De ce point de vue, outre une photographie pas trop moche quand la caméra ne virevolte pas, ça passe. Mais le hic, c’est que le contexte n’est plus le même qu’en 1980. On en a vu des cascades et des effets spéciaux depuis ! Hardy a le charisme d’un acteur de film de Jésus Franco, donc proche du néant, Theron en fait des caisses, on a l’impression que c’est elle qui porte la culotte. Les méchants sont très…méchants, mais trop nombreux à mon goût, ce qui dilue l’intérêt qu’on peut leur porter. L’action alterne avec des séquences couillonnes qui se veulent explicatives, avec une zique sirupeuse à souhait. « Que cherchent-elles ? L’espoir. Et toi ? La rédemption. » C’est la meuf qui cherche à expier un truc dont on ne saura rien, tandis que Max voit des mirages, vous me direz c’est normal dans le désert, mais bon la culpabilité ressentie vis-à-vis de sa fille et de sa femme, ça va deux minutes ! Le scénario s’égare comme toutes ces pas très joyeuses bandes plus ou moins rivales, les digressions vers des mères replètes auxquelles on tire du lait ou les états d’âme des mamies survivantes du Pays Vert, l’éden qui a disparu, n’apportent pas grand chose. Quant à l’épilogue, hollywoodien à fond, fait dans le pathos frelaté.

Donc, pas franchement surpris ni déçu – je ne m’attendais pas à un coup de poing malgré les bastons en nombre – je vais me refaire le premier Mad Max, redoutable d’efficacité, dépouillé et finalement beaucoup plus dérangeant car sans espoir. J’en ai un peu marre de cette tendance à vouloir absolument trouver la rédemption qui envahit le cinéma mainstream, même si Max repart seul sur la route à la toute fin en esquissant un sourire, ce qui ne colle pas avec la légende. Voilà.

e la nave va

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Mardi 29 Baisakh 2072

pierre-auclerc-icyp-24-02-14-2DAlors bon, je serais censé m’intéresser à tout ça et puis en fin de compte, non. Le 11 janvier tout le monde ou quasi était Charlie et le 5 mai la même foule était contre la loi sur le renseignement : dans les deux cas c’était gauchos, fachos, bras dessus bras dessous, tous ensemble, ouais, ouais. Et au suivant. C’est pas bien parce que ça m’intéresse pas. Je devrais m’intéresser, pourtant. Parce que c’est important. Le sort du pays dépend de l’intérêt que je lui porte, n’arrête-t-on pas de me seriner sur tous les tons et tous les forums. On est en pleine révolution numérique, en plus. Et je m’en fous complètement. À ça aussi faudrait que sois intéressé vu que je gagne mon pain à la sueur des ordinateurs en panne de mes clients. Mais même pas.

Tout ça me laisse de glace. Ce qui m’échauffe le cœur est tout autre chose. Les toutes petites choses de rien du tout, justement : elles seulent suscitent mon intérêt. Les petites choses du cœur. Là je peux y faire quelque chose éventuellement. Alors que pour les grandes c’est impossible. Un petit mec comme moi ne changera rien aux désordres du monde et ne pourra pas empêcher les plaques tectoniques de se heurter brutalement comme elles viennent encore de le faire au Népal tout à l’heure. « There is no alternative » : elle savait de quoi elle causait, l’infâme Thatcher. La veulerie basale de la nature humaine elle connaissait sur le bout des ongles. Elle savait qu’il n’y a rien à attendre du troupeau. Et moi je sais qu’il n’y a que de soi qu’il est possible de tirer éventuellement quelque chose de pas trop mal. Et pas des autres agglomérés en masse se partageant une cervelle commune à défaut de penser par soi-même. Et non pas contre soi comme il convient de faire de nos jours. Où il s’agit de se conformer aux différents conformismes, abdiquant le chatoiement mirifique qui fait de notre élixir humain le plaisir des sens.

Le spectacle continue, donc. Constitué de catastrophes naturelles, d’insurrections à venir, de flux émotifs considérables, de retombées de soufflés, d’oblitérations mnémoniques et de passages à l’événement suivant. C’est un spectacle captivant. L’important est de ne pas tomber dedans…

…e la nave va… ! 

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