Des Apaches et des crabes

Écrevisses pêchées à cent pas de chez nous − Illustration originale © Cyprien Luraghi - ICYP - 2015Sur certains sites, c’est un vrai panier de crabes dans les commentaires. Comme je n’avais pas de crabes sous la main pour illustrer mon propos, j’ai pris des écrevisses pêchées par l’Apache qui passait devant mon petit atelier avec un seau plein de ces bestioles : ça fera l’affaire. L’Apache, il est dehors par tous les temps. Dans le quartier tout le monde l’appelle comme ça vu qu’il ressemble un peu à Geronimo. Avec un air nettement moins farouche que l’original, tout de même. L’Apache n’a pas d’ordinateur et pas d’internet non plus, évidemment. Il pêche, chasse et cueille des champignons, point. Volontiers partageur, notre petit quartier du bas de Puycity profite de ses récoltes : les écrevisses de l’Apache agrémentent parfois nos nouilles, par exemple. Notre bas-fond est appelé de manière méprisante la Pétaudière par les gens des hauts du bourg, depuis quelques siècles sans doute puisque nous sommes à deux pas de l’ancien port et que comme tout un chacun le sait : qui dit port dit marins et que les marins vont aux putes, dont les bordels étaient à proximité des débarcadères par souci d’ordre pratique, avant la loi prohibant les bordels.

L’Apache ne fréquente donc pas les bordels, d’abord parce qu’il n’y en a plus depuis belle lurette à la Pétaudière, et surtout parce que c’est pas son genre. Car l’Apache a sa dignité en bandoulière comme sa canne à pêche, l’Opinel à girolles et le calibre 16 à gibier, selon la saison et les périodes d’ouvertures légales de la quête aux différents comestibles. Il déambule dans les venelles chacun le saluant, et rendant la pareille d’un hochement, ayant le mot rare et court.

Tout ça pour dire que l’Icyp, c’est la Pétaudière de l’internet : on y décortique des crustacés et toutes sortes d’autres produits de la nature, que nos troupes de saltimbanques vont quérir dans des paniers garnis de crabes remontés des eaux troubles et fécondes de l’océan Octetique. Qui est notre nature nourricière comme celle des alentours de Puycity l’est à son Apache. Et après décorticage, on les déguste. Bien cuites et accommodées car les créatures de ces abysses sont toxiques avant cuisson.

Discutons donc le bout de gras pendant que notre nouveau veilleur de nuit tapi dans le noir[1] et ronflant dans sa guérite, a des visions de chats de mars[2]  à trois pattes, croisées avec des araignées par un savant fou, et que nos mâles frétillants dissertent des vertus du Saint Poil de Cul de notre prophète de bonheur et de celles de nos nouvelles Vénus callipyges raptées comme les Sabines et honorées en tout bien tout honneur vu que c’est la journée des nénettes et que sans elles l’Icyp ne serait qu’un troquet tout gris et sans intérêt.

e la nave va ! 

  1. Un grand Noir embauché tout récemment par amour de la diversité cosmopolite régnant autour de notre table en bois d’arbre. []
  2.  « Alors que je fientais derrière un buisson, je trouvai un chat de mars et m’en torchai, mais ses griffes m’ulcérèrent tout le périnée. Ce dont je me guéris le lendemain en me torchant avec les gants de ma mère… ». (Rabelais, Gargantua, chap. XIII) []
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