Archives par mois : janvier 2015

Ô… Coq’ !

Photographie de Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © ICYP 2015

(poème fermier en prose et en rime, c’est selon)
(et allégorique étant donné les moments difficiles que traverse notre beau pays aujourd’hui)
(voire ironique)
(ou satirique ! mouaaaaarrrrffff)

***

T’as eu du bol,
T’aurais pu finir à la coque,
T’aurais pas fait ton coquetier !

Les matins calmes,
La nuit est encore là,
Dans les chaumières ça ronfle,
Dans les étables ça vesse avec langueur,
La campagne gnengourdie
Retient encore son souffle…

Quand soudain !
Putain de coq !

T’es qu’un piaf qu’a du gosier,
Un nain dressé sur ses ergots,
Il aurait fallu te couper les roustons,
Ou te bourrer le cul à coup d’ sabots

Coq à la con,
Ce soir ce sera ta fête,
Tu vas mariner dans du Morgon
Fallait pas se moquer du prophète,

Tu m’as rendu amok
On va te bouffer aux petits oignons
Et j’en aurais pour mon pognon,
Tu vois, je t’aime bien, vieux coq

© Cyprien Luraghi 2015

***

 (note du kondukator de service : ce poème plouquien provient de ce commentaire dans le fil de discussion précédent : CLIC.

…e la nave va…

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Prêchi-prêcha

Photographie de Paul Grély  - 1972 - © fonds Alain Auzanneau - tritouillage : Cyprien Luraghi 2015Tout le monde prêche pour sa chapelle. N’étant pas tout le monde je n’en ai pas. D’ailleurs je ne prêche rien du tout à personne. Prédicateur est une activité trop fatigante pour un comme moi, aimant bien se la couler douce. Et puis je n’ai nulle camelote à fourguer. Pas de verroterie clinquante, pas de lunettes miraculeuses, pas d’utopie paradisiaque, pas de panacée remédiant aux maux du pauvre monde. Rien de rien. N’ayant ni la science infuse ni un QI de 250, je me contente d’absorber les sucs suintants du monde comme l’éponge grattante au soir quand je fais la vaisselle en gambergeant gentiment sur le Ci et le Ça ou quelles bêtises écrire dans le prochain billet, et comment les emballer convenablement.

Non et puis alors c’est un métier à risque, sermonneur. Suffit de voir les missionnaires morts au combat de ces derniers jours pour vous faire passer l’envie de convertir le populo à vos idées géniales. Le genre de truc à refroidir les convictions les plus bouillantes. En chaire ou au pupitre, n’importe quoi peut vous arriver en pleine gueule, de plein fouet : une poignée de farine ou douze balles de kalach. Alors que pas de blabla, c’est la santé assurée et de bons vieux jours à se faire chier paisiblement en perspective. Pour vivre heureux, vivons muets.

…e la nave va…

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VILAIN CHARLIE

Composition légumière : Annie. Photo et tritouillage : Cyprien Luraghi. © ICYP 2015

Passée la stupeur affligée de ce midi, et un après-midi de boulot où j’ai pensé à autre chose, je me sens envahi par une sorte de mélancolie poisseuse ce soir.

C’est autre chose que la tuerie de l’école de Toulouse, qui bien qu’atroce relevait du fait divers, et était dirigée contre des victimes prises au hasard, par définition « innocentes ». C’est autre chose aussi que le 11 septembre, qui était si spectaculaire, et si clairement orienté contre l’arrogante puissance des USA que ça avait une dimension épique, d’autant plus que les victimes avaient beau être innombrables, elles étaient anonymes, et beaucoup moins spectaculaires que les avions entrant dans les tours puis les tours qui s’effondraient.

Là, on massacre à l’arme de guerre des gens qu’on connait tous, qui font partie de l’imaginaire collectif français, quoiqu’on pense de leurs dérapages à répétition sur l’Islam. Des gens qui dans le fond sont partis jeunes de l’idée qu’il ne fallait pas les prendre pour des cons, et qui ont choisi le rire, la provocation et l’outrance pour se moquer du monde tel qu’il va et peut-être, de temps en temps, dessiller les yeux d’un quidam hébété, voire décoincer un sourire d’un cul-serré pète-sec congénital.

Cabu avait beau être à moitié gâteux, et Charb à moitié facho, et coupable de participer à la malsaine ambiance de chasse aux bougnoules en France depuis quelques années, rien ne peut justifier cette horreur. Mais ça me fait penser à la scène finale de Impitoyable, quand Gene Hackman s’est fait tirer comme un lapin et qu’Eastwood se prépare à l’achever. Hackman déclare « je n’ai pas mérité ça », et Eastwood lui répond « le mérite n’a rien à voir là-dedans », avant de le buter. Ces tueurs, c’est une sorte de bande de William Munny.

C’est terrible à dire, mais du 11/9, on se souvient des avions et des tours et de Ben Laden, pas des 2000 morts. De la tuerie de Toulouse, on se souvient de Merah, pas de ses victimes. Alors que là, on ne se souviendra pas des tueurs, mais des victimes et du nom de leur journal, à cause de ce qu’ils représentaient en bien ou en mal pour les gens.

C’est ça qui fait que c’est différent des attentats « habituels », et que n’en déplaise à lifka[1] qui glapit sur rue!ç, ça a bien une autre dimension que la tuerie de Toulouse. La France avant et après Merah, c’était pareil, tout comme la France avant et après les attentats parisiens de 86 et de 94. Là, il me semble que quelque chose est cassé ; c’est un des rares lambeaux d’innocence collective qui subsistait encore qui s’est détaché et qui disparaît.

Saloperie de merde…

(note du soutier en chef de l’Icyp : ce billet est un commentaire commis par Hulk dans le fil de discussion précédent.[2] Il est publié brut de décoffrage)

…e la nave va…

  1. Une commentatrice de Rue89 []
  2. accessible directement aux membres de l’icyp uniquement ici : CLIC. []
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