La Quadrature Du Pet

Illustration © Pierre Auclerc - ICYP - 2014

Les grandes oreilles écoutent même les plus petits chuintements émis par les plus petits d’entre nous. Nous sommes scrutés, scannés ; toutes les ondes et tous les câbles nous reliant sont passés au peigne fin. Les caméras de vidéosurveillance sont partout, c’est le flip. Grave. 

Les financiers s’entendent entre eux en catimini, aussi. Depuis que la monnaie est en circulation sur la planète, ceci dit. Et les États s’espionnent entre eux depuis que les États existent. Et les États espionnent les citoyens, suspects ou pas. Et en plus ils nous empêchent de télécharger les dernières séries américaines gratos. Et de mater les vidéos comiques avec des nazis dedans. De faire des blagues de blondes. De dire les pires saloperies sous anonymat sur n’importe qui sans être emmerdé. Sur l’internet : c’est là que ça se passe au XXIe siècle. C’est comme la télé, l’internet : tout le monde a ça chez soi, même que la télé est entrée en collision avec le web et que c’est pas beau à voir.

Heureusement, de valeureux chevaliers masqués défendent nos libertés chéries, sur l’internet. Nous leur devons énormément : grâce à eux le web est rutilant, libre, à goût sauvage, rebelle, strictement non commercial, sans droits d’auteurs encombrants, sans publicité gênante. Sans censure. Parce que les chevalier du Net ne censurent jamais rien, c’est bien connu[1] . Tout le monde peut dire ce qu’il pense sur tout et n’importe quoi, sans bridage. Tout le monde peut se cultiver gratuitement jusqu’à saturation neuronique. Il suffit de lire les commentaires sous les articles des gazettes des grands défenseurs de la Liberté Du Net pour se rendre à l’évidence : ça dégueule littéralement de culture. Geek, la culture, hein. Car le Geek est au moins aussi cultivé que les machines stupides qu’il pilote avec une dextérité époustouflante. Et toujours sur ses gardes, avec ses copains. Prêt à voler au secours de la veuve et de l’orphelin. Comme dans les jeux vidéos. 

Alors déjà je ne suis pas Geek du tout. Les caméras de vidéosurveillance, j’en ai carrément rien à foutre. Pas plus que des grandes oreilles, qui peuvent bien écouter mon petit cœur de midinet palpiter,  squatter ma ligne téléphonique et ausculter mes disques durs. Pour ce qu’il y a dedans, hein… Les séries américaines m’indiffèrent et j’ai jamais le temps de me mater un film. Les vidéos c’est pas non plus mon trip : quand les copains en collent dans les commentaires sur l’Icyp, je ne les regarde presque jamais. Y en aurait pas ça serait pareil. Alors vous pensez bien que les vidéos de comiques nazis et celles des sales petits cons sadiques tortionnaires qui font la une : rien à battre. Qu’elles dégagent. Elles puent la mort.

« Le Net c’est l’écriture » : je dis ça depuis que j’écris sur ce machin. J’en démords pas. Pour gagner ma croûte je dépanne des ordinateurs dans mon petit atelier au rez-de-chaussée ou à la cuisine quand c’est des portables. Ces machines-là je les aime pas : plus con qu’elles, tu meurs… et quand je pense qu’il y en a qui en font une espèce de religion, j’en pète de rire. 

D’abord c’est quasiment que des mecs, les Geeks : normal, chez les chevaliers ça a toujours été la règle. Du jeu. Les jeux c’est pas mon truc non plus : ça m’ennuie à un point, les jeux… vous avez pas idée. Les clubs de mecs aussi : rien n’est plus chiant. Icy c’est mixte jusque dans la salle des machines. Alors que chez chevaliers Geeks, ça renifle la chaussette de caserne.[2] 

J’ai chopé le train en route aux alentours de la quarantaine après avoir bien roulé ma bosse, pas comme eux : de petits joueurs vidéos qu’ils étaient à l’âge des pustules, ils ont passé tous les stades de l’initiation de leur club : maintenant certains petits chevaliers sont devenus développeurs web, patrons de sites d’info pour Geeks, juristes de l’internet, avocats vedettes des réseaux, hackers de luxe et de pacotille, hébergeurs de sites, publicitaires. 

Ce qui m’a frappé ces derniers temps en allant me balader dans les abysses de l’internet, c’est de voir que les chantres les plus acharnés de la Sainte Liberté du Net, qui sont quasiment tous des anarchistes libertaires, sont massivement soutenus par des bas du front,  des réactionnaires, des crapules fascistoïdes, des affairistes véreux et des petits geeks à pois chiche cérébral : cherchez l’erreur. Un minuscule exemple ici : CLIC

La parano, l’égoïsme, la vanité et la bosse du commerce mènent à tout : de libertaire à libertarien il n’y a qu’un faux pas ; l’osmose a lieu sous nos yeux : c’est la quadrature du pet. Prout !

E la nave va !

 

  1. Quand l’affaire du Corbeau de Brest sera pliée, je vous démontrerai preuves tangibles à l’appui que c’est l’exact contraire que ces gens-là pratiquent, censurant sans merci ceux qui ont l’outrecuidance de les critiquer : patience… []
  2. Je mets une majuscule à tous les Geeks parce qu’ils font ça entre eux : sacraliser, c’est leur trip. []
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