Archives par mois : juin 2013

Mythe au logis

© Annie, Shanti Devi et Cyprien Luraghi 2013

Fantômes, ovnis, esprits en conciliabules, complots, réseaux occultes. Anxiété, speed, flux continu torrentueux. Antenne oscillant fébrile, fil tremblant au vent coulis. Images en masse. Amplification de l’idéel tonitruant. Pulsations et fracas à l’huis du pavillon auriculaire. Prise de chou, palpitant à cent quarante. Foule de périls au portillon. Tourbillon vortex happant tout. Astéroïde inéluctable en chute libre. Sourde terreur de l’inconnu juste là, si soudain. Des inconnus envahissants aussi, aux mœurs aliènes. De tout : la peur en vrille au dedans. 

De tout ce qui est et de ce qui n’est pas, surtout, la peur. Le monde rondement gronde sur son axe révolutionnaire, meule broyant tout grain sans souci de l’agitation cérébrale : en rotation continuelle. Indifférent aux ectoplasmes de passage, total furtifs.

Petits éclairs au coin de l’imaginaire, lucioles et mosaïques scintillant sous les cils enlacés des yeux clos. Qu’il suffit d’ouvrir pour apercevoir que sous le drap c’est Shanti qui fait l’andouille pendant qu’au journal à la radio les horreurs du monde déferlent comme la mousson sur l’Inde en 2013. 

E la nave va…

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Vent de rumeur

Illustration © Cyprien Luraghi 2013

Serge à l’assaut

On dirait pas mais il s’en passe de drôles à Puycity ces derniers temps…  en 2009 on a eu la mante Caroline à la maison, qui frayait avec le petit goret de porcelaine. Elle était tombée dans la cheminée, à côté du pot de pommade Cochon et puis restée quelques jours en notre compagnie avant de prendre son envol au delà de la porte rouge.  

Et puis Serge s’est radiné cette année à la mi-juin avec ses airs de faux garçon, tout speedé et cliquetant des élytres, atterrissant dans les cheveux d’Annie. Puis s’est viandé sur le parquet avant d’entamer l’escalade de mon blue jean avec des intentions que je ne préfère pas savoir. Enfin s’est cogné partout avant d’aller roupiller bien planqué derrière le buffet. Et redécoller après le café, à l’heure des nouvelles du dehors, poussées au vent de notre petit quartier − dit de la Pétaudière par les méchantes langues des péteux du haut bourg. 

***

Après-midi

Le voisin de gauche passe boire un caoua et papoter un brin, et puis à l’atelier un peu plus tard ça cause politique avec un client devenu copain − il est du Front de Gauche et commence lui aussi à en avoir jusque là du furieux bruyant cramoisi de pacotille qui leur sert de grand chef, pour l’heure. Faut croire que l’ambiance atroce du quinquennat d’avant a pénétré bien des esprits à cœur, pour que le Peuple1 acclame une réplique de son détestable papa national éjecté en mai de l’an passé.

Et les fachos ont une maman d’enfer
tout en viscères.
Dents de murène et haine sourdant aux commissures,
tout en crocs
commerciaux.

***

Trois heures la nuit

Le voisin d’en face se rend au boulot à la boulangerie du coin de la venelle. Il me fait un salut en se tournant vers la fenêtre de la cuisine et je le lui rends : un autre rituel qui rythme mes nuits immuablement. J’aime ce moment. Et le petit quartier à l’entour avec son petit monde bonhomme, déambulant. Et ses petites bêtes qui ne mangent pas les grosses et font escale au gré du vent…

Caroline © Cyprien Luraghi 2009

 

E la nave va…

  1. Putain qu’il est GONFLANT le Chon avec ça aussi… []
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Droit devant !

Ma pomme et Karma dans le Far West népalais © Cyprien Luraghi 1990Là on venait de passer gentiment un petit col, nous trois. Les doigts dans le nez dans les rhododendrons géants à trois mille et quelques mètres. Après quarante jours à train vif dans cette région de misère où la révolte grondait. Le populo montrait les crocs à l’exécrable gouvernement du vilain roi d’alors, au printemps 90. Alors notre trio déambulant attaquait la dernière grimpette la joie au cœur malgré les intempéries, oscillant sur ses six pattes le nez au vent piquant. 

C’est pas tant le sentier qui nous avait minés avant ce col-frontière ; ni ses corniches traîtresses, ni son sol raboteux. Mais cette peine profonde qui se lisait dans les yeux des peuples y vivant : êtres vitreux tiraillés sans cesse par le manque de tout ce qui fait le sel de l’humanité. La faim au ventre et l’absence d’espoir pour la plupart. Et la rogne sourde de l’insurrection pour quelques uns, rares et d’autant plus déterminés à la lutte à la vie. Hébétude et courroux. Privations et humiliations de malheureux traités pis que bestiaux par un maître bestial.1

***

23 ans plus tard aujourd’hui je franchis un autre col-frontière en compagnie d’autres amis chemineurs. Nous sortons sur les rotules, affamés et heureux, d’une autre contrée de grande misère humaine : le Far West d’Internet. 

Pendant quatre ans deux femmes se sont acharnées sur plusieurs d’entre nous et principalement sur moi, Chepita et NEMROD34. Deux détraquées. Celles que nous avons pris coutume d’appeler « la folle de Brest » et « la Bouse« . Catherine X et Évelyne X : un duo d’enfer.

Jusqu’à hier soir Catherine avait un blog hébergé chez Overblog. Un blog de corbeau intégralement consacré à notre destruction : plus de 200 articles m’étaient dédiés et plus d’une centaine à Chepita et autant pour NEMROD34. Cette femme parano de toute évidence et d’une rare méchanceté, nous traquait en permanence : le moindre de nos propos était interprété de traviole, la plus anodine de nos blagues à trois balles prise au premier degré et amalgamée à des faits divers affreux. C’était moche, vraiment. Je ne souhaite à personne de se voir cloué sur un tel pilori de cinglée pendant trois ans. 

Or donc pour avoir odieusement et massivement diffamé Chepita, la Justice a condamné Catherine X alias « Jexiste » hier à Brest à 10000 euros d’amendes dont 8000 avec sursis. Son hébergeur est lui aussi condamné à verser la même somme. Il l’avait déjà été en appel en décembre 2011 : lisez le billet lié « NEMROD34 gagne en appel contre Overblog ». Le Télégramme de Brest a publié un article au lendemain de la première audience publique ici : CLIC.

***

C’est un jour de joie. Mais l’affaire n’est pas terminée : un fou reste fou tant qu’il n’est pas soigné, je le sais. Et Catherine X n’était pas seule dans cette hallucinante entreprise de démolition de nos petites personnes. 

Cette affaire peut sembler futile : combien de fois j’ai entendu qu’il ne s’agissait que d’embrouilles de cour de récré… et combien d’autres fois on m’a conseillé de ne plus aller sur l’internet. Et combien encore on m’a grondé en me disant que j’aurais dû bétonner mon anonymat. Comme si après avoir pris la bagnole un chauffard bourré m’avait embouti et que le gendarme de service m’aurait dit : « Vous n’aviez qu’à pas prendre la route : ça ne vous serait pas arrivé. »

L’internet est une voie publique et il n’a rien de virtuel. Le virtuel, c’est de la foutaise. Tant que les législateurs n’auront pas compris ça, l’internet restera une nef des fous. 

Maintenant passons donc ce gentil col et quittons le méchant pays, les amis.

E la nave va… 

  1. Pour en savoir plus sur le bonhomme Karma à ma droite sur la photo; lisez le billet lié « Plantigrade droit devant ». []
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Rentre dedans

Noce inconnue © Paul Grély 1971 - fonds Auzanneau - animation : Cyprien Luraghi 2013

C’était une photo de mariage de 1961 en noir et blanc. Sur le rouleau numéro 12. Que j’étais en train de numériser à l’atelier photo du Barbu à Puycity.1 Le fonds de son prédécesseur, qui le lui avait cédé avec la boutique. Des dizaines de milliers de clichés : une vie de photographe. Avec des flopées de noces dedans, évidemment. J’étais en plein dans une, justement. Un mariage chez des notabliaux campagnards graisseux du portefeuille. Et là une vieille cliente est entrée, s’est approchée de l’écran et celle en robe de mariée affichée dessus, c’était elle. Exclamations : elle n’en revenait pas que le photographe de l’événement en ait conservé copie. Dont le boss pouvait lui faire des tirages sur bon papier dans son labo, bien entendu. Son salaud d’ex lui avait tout détruit avant le divorce. 

− Hou, la belle-mère, là : je ne veux pas la voir. Faudrait pouvoir la gommer, cette pourriture.
− Je peux faire ça. Au pixel près : vous ne verrez pas les raccords. 
− C’est combien ?
− Tant et tant madame (pas donné mais vu le boulot)…
− Hé bien allons-y.

Virer une belle-mère dans les règles de l’art de la retouche numérique, ça peut prendre une bonne paire d’heures. Parfois bien plus, pour combler les vides sur des fonds complexes. J’ai viré des belles-mères très récalcitrantes sur des fonds effroyablement complexes. Le pire c’est les belles-mères qui descendent les marches de la mairie après la cérémonie civile, au milieu d’une grappe de monde. Hé bien même là on ne voit pas les raccords à la sortie, tellement je me fais chier à tritouiller à mort avec le logiciel idoine. Le nez collé sur l’écran par moments, carrément. Là tu le vois gros, le moindre pixel rebelle de la beldoche à la cliente. Que ça réjouit toujours énormément quand elle voit le résultat. Elle signe le chéquot, radieuse, et puis s’en va. 

***

Depuis des années je conte et rêve avec les doigts sur un clavier et ça file en ligne directement sur l’internet. Sans intermédiaire. Comme au premier jour je trouve ce support de la pensée écrite merveilleux. Il est dur et exigeant aussi. Mais il me plaît trop. C’est un rituel vital : penser au billet suivant et à sa place dans l’architecture de la chose. Parce que dans ce désordre il y a de l’ordre. Des histoires à rallonge et à tiroirs qui se lient, se suivent et s’emboîtent et sont les épisodes d’un feuilleton. Avec des chouettes illustrations comme dans les gazettes. Des inédites bien sûr. Comme tout le reste : l’Icyp est entièrement cousu à la main. 

Mon kief : une illustration, un texte scandé sur tel ou tel mode, en fonction de l’humeur du temps qui passe par la fenêtre comme la brise et le couple d’hirondelles en amour qui vient nous squatter le plafond de la cuisine depuis que le printemps a daigné se pointer. Clic clac c’est dans la boîte.

 

© Cyprien Luraghi 2013 

Ça peut durer longtemps encore et d’ailleurs j’en ai bien l’intention. Samedi on a entendu les klaxons du premier mariage de l’année, retentissant comme les grues cendrées. L’amour est là. Et cætera. 

 

…e la nave va…

  1. Lire le billet lié « Un mec bien ». []
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