Archives par mois : mai 2013

les biomormons

Illustration © Cyprien Luraghi 2013

C’est peu de le dire : ils sont le fléau du siècle. Annie avait inventé le terme il y a une quinzaine d’années quand on vivait dans les grands bois de la Plouquie Profonde. Au départ ça s’écrivait bio-mormons avec un tiret. Nos voisins en étaient. Jeune couple sans enfants. Lui grande perche osseuse au regard creux balayant les bas-côtés de l’horizon, fuyant tes yeux. Elle petit jambon à coupe Jeanne d’Arc toujours l’air constipé, miel dehors et fiel dedans, faux cul comme pas permis. Alors en déconnant joyeusement autour de la table en bois d’arbre en bonne compagnie, le mot fut adopté. Ça leur convenait si bien à ces petits prédateurs fragiles coincés du fion. 

Ils pouvaient pas nous blairer et c’était tout à fait réciproque. Logique. Le voisin du dessus les avait dans le pif aussi, ces pieds tendres à sang de rave, et il avait le nez long comme tous ceux de sa race finaude de petit paysan gascon croisé bougnat, le monsieur. Ils s’étaient installés dans le coin tout récemment avec l’idée d’y rester. Ils débarquaient de leur monde de biomormons chez nous, autant dire chez les Sioux. Évangélistes pour couronner le tout. Sans défaut apparent, vicieux et souriants. 

Tous les autres biomormons sont comme nos deux premiers, de quelque variété qu’ils soient. Car il en est de toutes sortes et pas que des évangéliques. Leur point commun : imposer leur putain de morale hygiéniste zombie aux bien vivants. Et leur trouille irraisonnée de tout corpuscule douteux. Les particules fines sont dans leur collimateur, et pas que. 

Ils sont les surgeons de ces ligueurs vertueux massacreurs de Sioux en Amérique. Les puritains comme on disait autrefois. Des moralistes modernes, de ceux qui aiment le sexe bien emballé, sous atmosphère conditionnée, gymnastique. Et propre ; bien dans les clous du saint Livre psychiatrique. Tous partisans de la prohibition de tout ce qui fait le sel de la vie. Les bons trucs un peu cracra qui nous font vivre : les ivresses et les rêves les plus fous. L’âpre et le soyeux. Le chatoiement inutile, la fioriture purement décorative, le fou rire et le bel amour. Les copains. La clope, même à vapeur électronique. Les gros mots, les blagues de cul, le pinard et la fumette. Je vous cause même pas du second degré qu’ils prennent pour du premier à tous les coups. 

C’est des gens de bien qui voient le mal partout. Sauf là où il se terre : dans leur sang de navet, sous la peau de ces sacs à merde. Qui sont considérablement plus dangereux que le péril Jaune ou les islamigrés. 

Ils sont partout. Mais qu’ils se disent une chose : nous aussi.

Épluchons les biomormons !

 

…et le navet va…

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monstre

Illustration © Pierre Auclerc 2012

 

la montre s’exhibe et roule des mécaniques
toquée d’elle-même, c’est la toquante
insensible à tout
fors au temps
connement mécanique
faux rubis

rien que du toc
*

e la nave va… 

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coucou

Illustration © Pierre Auclerc 2012

 

le coucou est une sale bête dotée
d’une bizarre mécanique au dedans
il cherche la petite bête pour mieux la dénicher
passant son temps à recopier le temps qui passe
et en faire de son bec des aiguilles
bayant aux corneilles à dix heures dix
tic et tac, complètement toqué

coucou le monde
*

 

e la nave va

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Sang cœur

Illustration © EulChe - Briquet-pendentif - Irak 2004

C’est toujours la même petite rengaine lancinante. Tu aimeras ton prochain comme toi-même, pan dans la gueule et sur la joue gauche de plein fouet, la tarte aux doigts. Et puis on a besoin de papa, alors deux pour le même prix c’est mieux. C’est légal maintenant alors il n’y a pas à hésiter : accrochons nos couples de papas criminels autour du cou et allumons nos clopes avec.1 Nos mamans aussi tant qu’on y est. On a tous besoin de mamans criminelles. Baronne Thatcher ou Murène Le Pen : en sautoir ou gravées sur gourmettes. Comme la vierge Marie. 

Les Hongrois ont un super papa qui aime son peuple tout autant que le Front National déteste le grand capital cosmopolite. Mais pas les comptes en Suisse ni l’héritage d’un grand capitaliste plâtrier. Leurs supporters s’en foutent, de ces contradictions : seule la haine de ceux qu’ils définissent comme étrangers à leurs nations et ce qui leur tient lieu de culture les unit. Les mahométans, juifs et autres romanichels, pour faire court. Ça, c’est ceux qui ont le cœur très très à droite. 

Et pour ceux qui le portent un peu ou prou à gauche, hé bien soit ils n’aiment pas les riches, soit ils n’aiment pas les riches. Mais ne crachent pas sur les richesses plus que tous les autres. Après tout c’est bien humain. Pomponnés parfumés dessus et fumot de tripe grassement puant au dedans : humains. Formant peuples et nations à la mode humaine, bien évidemment, depuis tant de temps qu’il faut gratter la terre bien profond pour y entendre conter l’os et le silex.

***

Autrefois le monde était vaste et pas très bien connu de tous. Il fallait des mois aux caravanes pour aller de Palestine aux Indes. L’Irak n’était pas la porte d’à côté. Katmandou c’était vraiment loin de tout il n’y a pas si longtemps. Mais c’est fini tout ça : le truc c’est qu’il y en a des masses qui n’ont pas réalisé qu’on est en plein dedans : le grand chamboulement. Chic !

E la nave va…

  1. L’objet dans l’illustration est un briquet-pendentif []
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