Archives par mois : novembre 2012

En noir et gris

Scan brut © Nono 2010

 

C’est la réflexion du fiston à propos de Frankenweenie que nous sommes allés sagement voir lui et moi au cinéma. De prime abord, ça m’a surpris ; et puis, en y pensant, je me suis dit qu’il n’avait pas entièrement tort le potiolo.[1] Pourquoi d’ailleurs parle-t-on de film en noir et blanc alors que les nuances de gris sont bien plus mystérieuses que le blanc immaculé ? Peut-être parce qu’il est un blanc maculé, ce gris. Le noir, par contre, effrayant, fascinant, remplit son rôle, du moins dans ce magnifique film d’animation de Tim Burton.

 

L’histoire. Victor, un petit garçon solitaire et féru de bricolages scientifiques, à l’imagination, disons, débordante, aime ses parents… mais surtout son fidèle cabot Sparky. Il se confie à lui, ingénument, pour toutes les choses de la vie. « Forcé » de s’intégrer à l’école, donc à la bonne société américaine, il daigne pratiquer le base-ball, suivi de son chien. Qui ne trouve rien de mieux que se faire écraser en allant chercher la baballe. Inconsolable, Victor ne se résigne pas pour autant à la mort Sparky. Tilt ! son prof de sciences, via une expérience qui consiste à faire réagir une grenouille morte par des décharges électriques, va lui donner l’idée d’une résurrection. 

Sparky

Il s’attelle donc à la tâche dans le grenier de la bicoque familiale, en secret. Tel Frankenstein, il va chercher son chien au cimetière et le ressuscite. Le clebs est suturé de partout, en perd sa queue de joie, sent un peu le rat mort, mais tout va pour le mieux… jusqu’à ce que d’autres enfants n’aient vent de ce miracle et se mettent à leur tour à faire revivre leur animaux fétiches morts… qui deviennent monstrueux et ne trouvent rien de mieux à faire que dévaster la bourgade. Victor et Sparky vont leur faire rendre gorge, non mais !©

 Victor et Sparky

D’aucuns n’en finissent pas d’enterrer Burton, de railler son manque de créativité, genre « il fait toujours le même film », gnagnagna… Des jaloux moi j’dis, des vieux dans leurs têtes ! Le scénario est haletant, les séquences s’enchaînent impeccablement, jusqu’au dénouement final hélas disneyen, seul bémol à ce conte en noir et gris, alternant tours de force, gags et moments émouvants.

L’animation, à l’ancienne, est superbe. Elle est un vibrant hommage aux grands noms des FX du 20e siècle, Harryhausen ou O’Brien entre autres. Les références burtoniennes sont multiples mais pas lourdes. De même, l’hommage au cinéma horrifique des années trente, notamment Frankenstein, donne une patine gracieuse pas nostalgique à la toile. La présence d’une tortue géante évoque l’épopée des Godzilla, plus récente. Enfin, le professeur, un Vincent Price « retravaillé » nous emmène dans un monde où le fantastique se voulait abracadabrant, avec ses visages grimaçants et ses corps torturés.

Une fois de plus, Tim Burton réussit la gageure de nous faire partager son monde, celui d’une enfance libérée des contingences matérielles, rêveuse, cauchemardesque et merveilleuse. Il est une sorte de grand frère resté au stade des débuts de la vie et conteur sage à la fois. Il s’adresse à nous sans arrières pensées, que l’on ait 8 ou 45 piges.

Affiche de Looper 

Bonus. Deux bonnes surprises dans le domaine de l’action movie : Looper et Skyfall. Le premier est film de science-fiction couillu qui raconte l’histoire d’un homme chargé de flinguer des hommes envoyés du futur par une machine à remonter le temps détenu par la Mafia. Tout se passe bien pour lui, jusqu’au moment où… il se retrouve en face de lui-même en plus vieux. Suspense, bastons, FX efficaces : une bonne toile. Le second est un Bond haletant et noir, dans lequel les personnages sont beaucoup plus fouillés que d’habitude : le méchant – Javier Bardem – est plus qu’équivoque et les scènes d’action, initiale et finale, sont particulièrement réussies. De plus, la James Bond girl se fait fumer au bout de vingt minutes, ce qui m’a particulièrement réjoui – oui, je sais, je suis sadique. Un agréable moment.

 Affiche de Skyfall

Vous pouvez, par contre, oublier le dernier Astérix, maniéré et mou du genou, les gags y tombent à plat, même s’ils se veulent hyper « pointus », c’est du sous Zucker, donc méga bof. Voilà, c’est tout pour ce billet. La bise à tous, même aux nouveaux ;-)

E la nave va…

  1. NDK : Nino dit « le potiolo », le fiston de lamorille. []
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Au tournant

Illustration originale © Pierre Auclerc 2012 - tritouillage : Cyprien Luraghi

Au loin j’entends les éclats. L’agitation est à son comble. La frénésie s’est emparée des esprits : c’est la guerre. Alors j’ai pris le chemin des grands bois : là je suis bien. Loin du lupanar des bandes-mous et des mouilles-secs qui se foutent la peignée après avoir si longtemps courbé l’échine sous le joug : esclaves par nature et manque d’audace. Trouillards veules de tous les temps et retourneurs de vestes. Un coup pour le maréchal, un coup pour le général ; sous l’œil vide du sous officier servile et zélé. 

La guerre n’est pas mon fort : je pratique les vertus du combat non violent en alignant quelques mots qui, mine de rien, font leur petit bout de chemin sans fabriquer le mal. 

Là, je les y attendrai tranquillement au tournant. Au coin du bois. Pas pour la bourse ou la vie. Seulement les voir passer, pieds dans la boue, éclopés. Et puis je reprendrai mon sac et en avant, en avant, en avant… tout doucement…

E la nave va…

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Étoiles et toiles

Illustration © Pierre Auclerc 2010

 

Le nom brille tout là-haut et un peu plus bas, ça s’admire le nombril en faisant le beau : basses flatteries et branlette à tous les étages : c’est l’internet des blogs, à peu d’exceptions près. Stars et paillettes. Des petits cocons gluants dans une galaxie de toiles poussiéreuses accrochées aux murs lézardés du vieux monde. Avec des liens ténus et improbables sur lesquels je me déplace comme Tarzan dans la jungle, de liane en liane. 

Conclusion : le web des blogs est mort de chez mort. Et dans les blogs, j’inclus les magazines en ligne : ces fameux pure players qui ont remplacé les feuilles de choux d’autrefois, lesquelles avaient au moins le mérite de pouvoir accueillir les épluchures de nos petits légumes avant de finir à la poubelle. Un blog c’est le courrier des lecteurs en dessous de l’article, dans tous les cas. L’Icyp n’échappe que de peu à cette règle inflexible héritée d’un modèle antique et périmé qu’il convient d’achever, je le crois fermement. 

Et si l’Icyp est parvenu à être un peu à part, c’est qu’il n’est relié par aucun fil à aucune autre toile. Et que la plupart du temps, ses billets sont rédigés en partant de commentaires laissés sous le fil précédent. Ainsi celui-ci est basé sur un mot de Marina ici : clic. Le nombril, qui abrite une faune et une flore bien planquées dans un endroit un tantinet secret qu’on ne se gratte pas bien souvent et qu’on omet de récurer, et qui est à notre origine. À laquelle il est bon de revenir en la touchant du doigt, chose facile. 

Notre origine et ce qui nous tient ensemble, liés d’amitié, c’est la déconnologie. Qui n’est pas ce que ses détracteurs en disent et pensent à notre place : relire ce billet de l’Ici-Blog pour se rafraîchir la mémoire : clic

Autre chose : la déconnologie ne tisse pas de toile. Elle se balade sur celles des autres, saltimbanque et gitane. Elle n’attend rien de quiconque. Elle est partout où le vent la pousse.

E la nave va !

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , , , , , | 2108 commentaires

le petit plop

Illustration © Cyprien Luraghi 2012

 

Le gicleur injecta et la lumière s’éjecta, et cætera. L’automobile se propulsa sur le goudron, la shooteuse dans le pli de l’avant-bras, et la pine dans lapine. Il y en eut partout et tout le monde fut rendu en bonne forme et à bon port dans de grands transports, à grands renforts de tremblements, d’à-coups fiévreux et dans la secousse. De rire et de terreur sacrée.

Dans notre univers méconnu, toutes sortes de forces sont en goguette : certaines dûment disséquées par nos vaillants scientifiques, et d’autres leur ayant échappé ou qu’ils ne conçoivent même pas dans leurs plus folles errances corticales. 

La force d’attente du Rien a toujours su se planquer des regards indiscrets des scientifiques, par exemple. Les poètes eux-mêmes ne trouvent pas de mots pour l’évoquer. Et pourtant, elle nous imprègne jusque dans nos particules subatomiques les plus intimes, tous autant que nous sommes. L’humanité entière est sous son influence, qui sait bien que tout espoir est vain en toutes circonstances. Hormis si les dieux en ont décidé autrement. Parce que la force d’attente du Rien suppose un futur à coup sûr, linéaire et tangible, ponctué d’un accident quantique majeur de manière inattendue et erratique, l’AQM étant par essence hors du coup sauf quand il survient, giclant dans un tonnerre d’éclaboussures rutilantes. Les grands esprits soupçonnent  qu’il est le Grand Gicleur, qui non seulement fut à l’origine du big bang, mais d’autres crépitements universels, dont le petit plop connu de nous seuls, déconnologues distingués. 

Sur une idée de notre prophète bien-aimé Numérosix sur le fil précédent : CLIC et une autre de I.P un peu plus loin : CLIC 

E la nave va…

Publié dans Déconnologie | Mots-clefs : , , , , | 1406 commentaires

À douce épreuve

Photographie © Annie Luraghi 2012 - Tritouillage : Cyp.

 

Toute première image : le plafond couleur coquille d’œuf au ciel de mon landau. J’aperçois les frisettes de dentelle blanche bordant la popeline bleu marine de la capote. Il y a de la lumière. C’est cotonneux et flou. 

Tout premier son : guili-guilis et risettes. Et le tintement d’un hochet. C’est gravé là. 

Et puis les premières odeurs : par delà celles des crèmes à tartiner les bébés, celles du ciment[1] et du métal cambouisé de l’atelier dans la cave, remontant par bouffées, mêlées à celles du lapin[2] en sauce à la polenta. 

Après, c’est la foule des sensations qui se presse au portillon. Tout ça sur fond de couinements de suspension de landau sur le pavé. Le brouhaha des moteurs de trolleybus et les voix haut perchées des péronnelles. Le fracas tympanique des engueulades continuelles autour de la table en formica ; le hon-hon sourd de la télévision beuglant en permanence dans son coin.

Et puis au mitan de soi, le silence ouatiné du rêve qui sourd doucement : outils du songe et de l’évasion loin du remugle et du boucan. Toujours garder le cap sur les impressions premières : lueurs nimbées, aurores électriques, friselis, doux gouzi-gouzis. Histoire de couvrir le bruit et la fureur battant son plein au dehors. 

Ne garder que l’amour et le rire : tout le reste à la poubelle.

E la nave va…

  1. Le paternel était maçon : lire le billet lié « Le fion de gauche ». []
  2. Je dois beaucoup aux lapins et autres chats en sauce : des tas de futurs billets leurs seront consacrés. []
Publié dans Déconnologie, Humain | Mots-clefs : , , , , | 1236 commentaires
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