Archives par mois : juillet 2012

littératessiture

 

Écrire, c’est parler avec les doigts. Et chantonner, pousser la beuglante, siffloter, faire entrer les anches en vibration. Relis tes ratures et relie-les bien, une fois débiffées : tu obtiendras un billet bluette ou un article assassin, ça sera selon. Le monde en diapason. 

Douze ans tout rond que j’écris en ligne : tout un trip. Faut ôter des mots tout le temps et ne conserver que l’ossature, sur l’internet. Qui n’est pas le support de grands romans mais où minuscules romances et grands drames s’inscrivent le mieux ; se jouent et se nouent du bout des doigts dans le cliquetis des touches et les soupirs pulmonaires, sur un coin de table à pas d’heure ; clope au bec et café froid. 

Sur une petite scène avec tout un tas de saynètes, je m’éclate au clavier. 

E la nave va…

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Mise en boîte

 

Les vieux sont d’un âge avancé et les jeunes avancent en âge, de concert. Parce qu’il ne faut plus dire vieux, mais senior ou personne d’âge avancé dans la langue nouvelle, sans cesse renouvelée par des commissions créées pour notre plus grand plaisir, citoyens. Pendant ce temps-là tout le monde avance en âge, même les bébés. 

Le franc-limaçon aussi avance, glisse et s’immisce caparaçonné suant mucus sur sol sec, à défaut de rosée sur mousse. Et suce le suc aux joubarbes, tire les poils des pattes aux barbus et râpe de sa langue le duvet des velus, leur amollissant le cuir. 

Le franc-limaçon est une espèce d’anarchiste à part. Un anar dont les anars de gauche disent qu’il est un anarchiste de droite et que les anars droitistes définissent comme anarchiste hippie. Donc de gauche forcément… le hippie étant l’espèce la plus universellement méprisée avec le zazou. Dont il est l’héritier direct, fors l’accoutrement. Or donc pour trancher cette interrogation provoquant tant de céphalées chez les emboîteurs forcenés cartésiens en diable, je décrète le franc-limaçon comme étant un anar centriste. Comme ça les emboîteurs seront heureux de pouvoir nous coller dans une boîte avec une étiquette dessus. S’ils ne peuvent pas emboîter, étiqueter et ranger sur des étagères ils sont malheureux comme des pierres et deviennent très méchants, voire fous comme des lapins. Ce que nous ne voulons pas, car les anarcentristes de la franc-limaçonnerie ne désirent qu’une seule chose : le bien de l’humanité. Notre seul ennemi étant l’inhumanité, laquelle se manifeste malencontreusement dans bien trop de carapaces à formes humaines. 

Le franc-limaçon est majoritairement un bobo [1] , aussi. Enfin : c’est les emboîteurs qui disent et il ne faut surtout pas les contrarier sinon ils échouent invariablement sur Overblog où ils ouvrent des tas de blogs paranoïaques et conspirationnistes dénonçant le complot franc-limaçon satanopédotrotkyste bobo situationniste à la solde de la juiverie cosmopolite multiculturelle chelou[2] . Nous sommes grassement payés par le Dalaï-Lama et sa clique, tout le monde sait ça. Car le franc-limaçon est juif, mais bouddhiste renégat de surcroît. Prévoir une grosse boîte pour fourrer tout ça dedans. Mais les emboîteurs ont toutes sortes de boîtes à leur disposition et je leur fais confiance : ils sauront nous y coller… comme nous saurons nous en carapater, hé hé ;-)

Une autre illustration de Philoche se trouve ici : CLIC. Ce billet a été intégralement pondu à partir de commentaires recyclés à bilan carbone déplorable, provenant du fil de discussion précédent. 

E la nave va…

  1. Le bout de discussion qui cause des bobos se trouve sur le fil précédent, ici : CLIC []
  2. Éventuellement pro-palestinienne et pro-tibétaine, tant qu’à faire… []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , , , , , , , | 1178 commentaires

Le but du Je

Celle-là, elle ne rigole que quand les chiens se battent. Expression poitevine. Souvent je l’utilise en commentant les fils de discussion des grands forums. Oh putain que c’est sérieux, tout ça. C’est moi qu’ai raison et j’en démordrai pas, et t’as tort, et je te ferais ramper plus bas que terre et me lécher les pompes ; les commissures abaissées, les yeux fixes, enfourchant la hampe de son drapeau, tel ou tel. Déployant la bannière, fier, campé sur ses positions, planté sur ses ergots, l’air le plus sérieux et farouche du monde, tout jabot, déployé en grand ; à la parade et la joute. 

Ça fait maintenant seize ans que j’ai découvert l’internet et douze que j’écris en ligne − et à l’œil − sur mes sites et quelques autres : je connais la musique : elle n’a pas varié d’un iota depuis le tout début. L’internet est le royaume des gens sérieux. Mais alors super sérieux, et d’un bout à l’autre. Un monde de vieux garçons pointilleux et de vieilles filles revêches, pète-sec, qui savent tout mieux que vous forcément. 

Très majoritairement c’est comme ça et pas autrement. Plantés sur leurs manches à balais, c’est le grand bal masqué des trous du culs. Faut faire le poirier pour les voir sourire, ces tristes cohortes légionnaires. Ces missionnaires de leur cause, polis chinois polichinelles resuçant tout Wikipédia plus vite que l’éclair pour mieux vous aplatir de leurs arguments copicollés. Ils savent, eux. Et nous autres en face non. Ça ne rigole pas : le monde est en crise et c’est pas marrant du tout. Il paraît. 

Aller discuter le bout de gras sur un grand forum tel que celui de Rue89, c’est se projeter dans une arène au milieu des fauves et des gladiateurs comme une vierge chrétienne à demi nue. C’est se retrouver largué dans une fête chiante comme Hrundi V. Bakshi dans The party[1] : les convives ont des us et coutumes pénibles et incompréhensibles pour le joyeux péquin de base. Faut avoir fait Polytechnique pour causer sur Ubu89[2] ou au moins être ingénieur en informatique avec un QI de 250.[3] 

Justement : c’est pour ça que plus que jamais, faire le mariole sur les forums est une tâche nécessaire ; c’est bien le but du jeu. Parce que la vie est un roman et qu’arracher un sourire à un malheureux en se foutant de la triste poire des précieuses ridicules tartinant leur confiote d’ego sur les forums, c’est œuvrer utilement au bonheur de l’humanité… qui en a bien besoin par les temps qui courent. 

 

E la nave va…

  1. Disponible dans la Cambuse uniquement pour les icypien(ne)s ici : clic. []
  2. Ou Libération, le Monde, etc. []
  3. Fine allusion à « Jexiste« , à qui ses admirateurs attribuent un QI hors-normes. []
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Prophète de bonheur

 

La tâche est rude : face à nous les sinistres se pressent au portillon, croissant et multipliant tels lapins frénétiques. Millénaristes hallucinés, lèvres et culs pincés, piaillants oiseaux de malheur avides de mauvais augures, se repaissant de prophéties apocalyptiques, rêvant de bruit et de fureur, révolutions sanglantes et guerres meurtrières. Têtes sanglantes roulant dans la sciure. 

Alors que nous autres déconnologues distingués, non : notre prophète bien aimé Numerosix ne prêche rien de tout ça et ne prévoit strictement que dalle, sinon la survenue de l’AQM − lequel est aussi peu flippant que possible − et l’heure de l’apéro. 

***

À intervalles irréguliers nous nous réunissons en raout afin d’ourdir des machinations qui mettront un terme définitif aux plaies bibliques affligeant le pauvre monde. Du 6 au 10 juillet nous tînmes conclave à Ploukoum, en Bretonnie septentrionale. Numerosix, qui n’est pas né de la dernière pluie, fendit les eaux salées de son regard et immédiatement 37 millions de lignes téléphoniques mobiles Orange tombèrent en panne, nous coupant du reste du monde. Comme ça : peinards. Nous pouvions enfin entamer nos rituels sans craindre l’espionnage. Le sacrifice du kouign-amann et l’étripage de bulots d’abord, et puis le sirotage de spiritueux pour les uns et de liqueurs pour dames pour les unes, en guise d’adjuvant. Rien de tel pour concentrer nos fluides sur les tristes sires paranos peuplant inutilement le vaste monde. 

Car nous les aurons : tristosses no pasaran !

E la nave va…

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La belle famille

À un moment donné, il faut savoir s’arrêter : le tirage de cette photographie est dans un état si pitoyable que sa restauration pourrait prendre des mois, encore. J’ai fait ça tranquillement, à l’atelier, pendant les temps morts : ceux que prennent les ordinateurs en réparation à effectuer des tâches rébarbatives et interminables : récupération du contenu des disques durs moribonds, par exemple. C’est une des spécialités de la maison : aller ranimer les faibles échos magnétiques des fichiers disparus, effacés par erreur ou volontairement et les restituer au client moyennant finances. Méticuleux et méditatif : taf ingrat et gratifiant à la fois. 

Derrières les froids octets des mémoires informatiques défaillantes ou des grains de nitrate d’argent d’une photographie amochée, il y a la vie, increvable. Un jour une cliente britannique était arrivée en pleurs avec son portable sous le bras : son salaud de mec avait bousillé toutes ses images : étant un peu de la partie, il s’était acharné à détruire méthodiquement la photothèque de sa compagne suite à une scène : tout flanqué à la poubelle et puis vidé icelle et enfin piétiné le tout en formatant le disque lentement. Mais il en faut bien plus pour anéantir le ferromagnétisme de ces engins. J’étais parvenu à lui sauver les trois-quarts de ses 3000 clichés ; mieux que rien. Avec son sourire retrouvé et son chèque encaissé, la satisfaction était bien réciproque. Il y a des jours où le métier n’est pas que grincements de dents jusqu’à pas d’heure dans les cliquetis obstinés de ces mécaniques délicates et si revêches. 

À un moment donné il faut savoir s’arrêter : j’aurais pu pousser le vice jusqu’à lisser la moindre pétouille, et raccommoder le tout au pixel près sur le Gimp, mais le plus gros est fait : il a fallu tout d’abord nettoyer une crasse de soixante ans sur le papier : chiures de mouches, gras de mille doigts et d’huile de friture, et puis ce maudit ruban adhésif jauni et incrusté dans la fibre, qui la barrait sur toute la largeur : y aller au tampon imbibé d’une petite sauce maison[1] : le vieux scotch est la terreur du restaurateur. Mais je l’ai eue, l’image. Et la voilà restituée, visible et montrable : ses déchirures, balafres et manques ont été comblés, et les dix-neuf visages sont là et bien là comme au bon vieux temps. Pousser plus à neuf aurait été vain. 

À un moment donné il faut savoir s’arrêter : pour Madeleine ce fut à quarante-huit ans, après avoir enfanté vingt-cinq fois de suite[2] ; la belle famille. Décorée par le Président Auriol et inscrite au Livre des records : le petit paradis de la notoriété pour une vie d’enfer. Le vieux n’était pas des plus faciles à ce qu’il se dit dans ma belle famille. Et entretenir une telle brochette, c’est oxydant à la longue. 

À un moment donné il faut savoir s’arrêter : pour moi ce fut à quatorze ans, en larguant ma pas belle famille pour me lancer dans le monde seul : le paradis, c’est les autres. 

Ce billet est dédié à la mémoire de mon beau-père Roger − mai 1929 – décembre 2011− qui épousa la jeune fille à lunettes debout de la photo en 1952.[3]  . 

E la nave va…

  1. Une part d’alcool isopropylique pour une part d’eau… et selon les supports et les circonstances, quelques gouttes d’adjuvants divers dont j’ai le secret. []
  2. Elle n’a pas eu de jumeaux. []
  3. La bise à ma belle-mère ;-) []
Publié dans Humain | Mots-clefs : , , | 1417 commentaires
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