Archives par mois : juin 2012

Au feu rouge

 

La politique fait partie des trucs qui m’emmerdent au plus haut point : tout autant que la religion dont elle a hérité de toutes les tares. Culte du chef ou du gourou, éloge du sacrifice et abdication du libre arbitre  à son profit ; enfin : au profit de la Cause. 

Et puis la politique, c’est un truc pour les grands… d’ailleurs c’est tout petit que j’entendais les grands en parler et ça ne faisait pas vraiment envie. D’abord je n’y comprenais rien, et puis ça s’engueulait ferme sur ces sujets qui à l’époque − les années 60 − étaient De Gaulle et la guerre d’Algérie, et puis mai 68 : j’avais dix ans. 

C’était très vague. Ça causait aussi énormément de la guerre contre Hitler, forcément, et puis de ce salaud de Mussolini puisque s’il y avait un point sur lequel tout le monde était d’accord dans la famille du paternel, c’était bien celui-ci : tous farouches antifascistes épidermiques ils étaient. Et rouges, ça va de soi. Et ça alla de soi que plus tard et de manière chromosomique, j’en sois un moi aussi, tant qu’à faire. Comme d’autres qui sont nés dans des familles de catholiques pratiquants… ce que les vieux n’étaient pas, bien qu’ils nous aient envoyés nous faire chier à la messe chaque dimanche. 

Coco et catho ça va bien ensemble. Ça procède de la même essence en réalité : ça veut un homme meilleur dans un monde meilleur plein de travail obligatoire, et gratuit ; laïcards d’un côté et culs bénis de l’autre : voilà leur but ultime commun et avoué ; seule la méthode diffère un tout petit peu ; d’ailleurs elle est pomme de discorde et il ne faut pas s’étonner que les anticléricaux les plus virulents, soient des curés honteux dans toutes leurs façons. Sauf que le monde meilleur hé ben tintin, et pour ce qui est de l’homme amélioré itou : ce que je voyais autour de moi n’en était pas l’exemple et c’est peu de le dire. D’ailleurs je n’en dirais pas plus ce soir : ce n’est pas encore opportun. Vaut mieux pas. 

Or si j’ai très tôt apostasié ma religion de naissance1 ça m’a pris plus de temps à réaliser que le paradis rouge n’était pas plus tangible que le jardin d’Éden. Et qu’il avait l’air tout aussi chiant. 

Donc j’ai été jeter un œil à d’autres crèmeries, toutes à gauche puisqu’il est difficile de changer la place de son cœur au creux des poumons. Ceux qui s’y essaient y laissent bien plus que la peau. Ainsi Hulk et irrémédiablement de droite comme je suis invariablement de gauche, et ce n’est pas parce que quelque vengeur masqué planqué derrière son masque de carnaval sur un forum, beuglera que je ne le suis pas, que ça changera quoi que ce soit à l’affaire : c’est comme ça et pas autrement. 

Il y a toutes sortes de gauches. Donc dans le tas, je devrais trouver celle qui me conviendrait à coup sûr. Hé non. Y en a pas une pour racheter l’autre. Et pourtant j’ai bien cherché. Ma famille politique. Il en faut une il paraît, comme une religion. Il faut adhérer peu ou prou à un dogme, se conformer à une doctrine sinon tu n’existes pas : c’est marqué dans les livres sacrés. Qu’il faut avoir lus ; mais j’avais déjà bien donné avec la bible du curé, alors me farcir la prose des flopées de grands penseurs de la gauche, il n’en était pas question. En plus c’est chiant comme pas permis et sans la moindre scène d’orgie : pas le moindre pharaon à l’horizon chez Marx et compagnie, pas l’ombre d’un duvet de mousmé potelée et nul prophète squelettique halluciné scrofuleux : rien que de pénibles almanachs rédigés en pattes de mouches par des petits comptables pète sec. 

Si tu n’adhères pas à une religion politique, tu n’as pas voix au chapitre : c’est ça le truc. Or j’aime à donner mon avis sur ci et ça sans tenir compte du prêchi-prêcha du ratichon perché en chaire, ou des beuglements du tribun crachotant au pupitre à la Mutu.

Postillon et goupillon… 

 

J’ai si peu d’emprise sur les grandes choses, étant resté tout petit, de toute façon. C’est qu’on n’a guère de choix en étant catapulté dans la cour des grands à quatorze ans2 : ces grands qui resteront des étrangers tout le temps. Ces grands qui pensent le monde et veulent à tout prix le conformer à leur image, le façonner, le dominer et surtout : te l’imposer.

Carotte et bâton. 

 

Dans les églises, les hommes doivent se découvrir  le chef et les femmes se le couvrir ; manières de soumission. Il en va de même dans les écoles politiques : tu te soumets à leurs lois ou tu te casses. Debout ! les damnés de la terre ! …certes ; et c’est un bien joli programme, mais tout d’abord il faut ployer l’échine sous le joug des règlements internes. Très peu pour moi. Et n’allez pas croire : chez les anarchistes c’est le même plan à la con. Ils ont des dieux, des maîtres, des césars et des tribuns comme partout ailleurs. Ils en ont un peu honte, c’est tout. 

À gauche ils sont comme à la droite ; d’ailleurs ils lui ressemblent terriblement, j’ai bien l’impression. Aux extrêmes, ils se foutent sur la gueule à coups de barres de fer entres fafs et antis, voire posent des bombinettes et sulfatent à la kalach mêmement. Et plus ça va au mitan du spectre politique, plus ça s’affadit en un camaïeu d’épais fessiers roses pâles et de chemisettes bleu ciel. Avec une cravate cramoisie pour faire bon effet : S.P.Q.R. et tout le tralala, la grande gueule en avant. 

Le seul truc bien avec la religion de gauche, c’est qu’il n’est nul besoin de l’abjurer : l’excocomunication se fait de manière naturelle, tant c’est instinctif chez ses adeptes, que de prôner l’amour de son prochain en le foutant au pilori − quand ce n’est pas au bûcher. 

Hérétique et zazou.


Résister au feu comme salamandre et passer son chemin : c’est ça le truc.

E la nave va…

  1. C’était la religion des cathos, mais ça aurait été pareil avec n’importe quelle autre. []
  2. C’est l’âge auquel je me suis cassé de chez les vieux pour de bon. []
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INFO BILLET

 

Faut de l’info, c’est ça le grand truc actuel : les actualités font la une et l’unanimité. Faut mettre son grain de sel et avoir son avis sur tout. Si tu ne sais pas tout sur tout, t’es mal barré, dans le monde. Faut regarder vaste et global et penser pareillement, et le dire haut et fort en se fendant de son petit écot à la chambre d’échos planétaire. Relié au flux, imprégné par icelui comme l’éponge aux flots de tous les océans : perméable et traversée. Imbibé d’ondes et frappé de flopées de photons : des fait divers gore aux prédictions économiques apocalyptiques et des supputations des puissants en catimini dans leurs termitières vitrées. 

Je préfère observer le minuscule : c’est au compte-fils que je discerne le mieux le petit coup de patte de traviole du faussaire ou l’encre et la fibre du bon monnayeur. L’intox d’un faux de l’info sonnante et trébuchante. Le bidon débilitant du jus roboratif. 

Le trait incisif et sous la crasse des milliers de doigts entre lesquels il a été palpé au Népal, le talbin : le filigrane tout juste perceptible sous l’impression fanée et soudain tout est dit : le spectacle mirifique s’offre au plus myope, clair et net. 

Au moindre soubresaut de la roue, le cœur se soulève et les cris fusent : de fausse peur, de vraie joie. 

On croit qu’on va mourir, mais c’est pour de rire. Ainsi va le monde. Tout ce genre de choses. Et vogue la galère. E la nave va…

 

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billet d’où

 

sous sa croûte fondant

au sol erre

petit robot sonde

au chaud solstice

satellite lointain

au feu d’étoile

croustillants diamants

sous la roue

carbone hydraté

sel de vie

qui pousse

 

d’après les idées offertes par les amis à partir d’ici : clic

 

e la nave va…

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Billet dur

 

Gentil, ça va bien jusqu’à un certain point ; au delà c’est pure connerie. Jouer au con gentillet, je le fais en certaines circonstances pour tester le potentiel de saloperie d’un méchant individu : c’est rarement décevant. À prêter ainsi le flanc, c’est commun de se faire lacérer les côtes ; mais ce n’est que superficiel et l’étude tant palpitante des caractères humains mérite bien de se choper quelques égratignures au passage, comme le mollet du randonneur sur un chemin, accroché par une ronce. 

Le méchant, il convient de l’éradiquer de toutes manières : c’est un fléau pour l’humanité. La vilenie crasse est sa nature profonde et contrairement à nous autres n’aimant rien tant qu’échanger des amabilités et s’offrir mutuellement réconfort, chaleur et bon plaisir, le méchant ne fait rien pour contrarier sa nuisibilité.  Qui s’exerce depuis le cœur de son vortex dont la puissance centripète happe et broie l’autre en face. Tel que cannibale, le méchant ingère sa substance afin de s’en attribuer ses qualités, sans payer de sa propre personne pour les acquérir. Une fois le gentilhomme épuisé par son vampirisme, le malfaisant le laisse exsangue et en rejette l’inconsommable, à l’instar d’un trou noir recrachant. Qu’à notre échelle nous appelons un trouduc. 

Et du misérable trouduc il s’en ramasse à la pelle dans le beau monde comme dans le tiers et le quart : c’est denrée banale. La plupart cependant n’est constituée que de sales petits cons désagréables : des qui se la pètent et ne pensent qu’à leur sale petite gueule, mais ne possèdent pas la masse critique leur permettant de devenir de fieffés salopards. L’électeur moyen de Murène Lapine en est un bon représentant. Mais il s’en trouve en moindre proportion dans toutes les nuances du spectre visible jusqu’au delà de la boutique à Mélenchon. Lequel est tout aussi odieux par nature que cette basse vilaine et le gniaf en son temps.1 

Là, les socialos ont l’air gentil, mais je ne m’y fie pas : des socialos pétris de méchanceté, j’en ai eu connu plus d’un. Donc je veux bien encore faire le gentil jusqu’à dimanche prochain : dès le lendemain, j’enfilerai ma bogue de guerre et les guetterai au tournant, posé sur leur chemin toutes épines dehors, attendant leurs tendres petons tout rosés. 

En partant d’une idée de lamorille ici : clic

E la nave va…

  1. Heureusement révolu depuis le 6 mai. []
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Billet doux

 

Lové, dans l’attente, tout palpitant : c’est l’ambiance du moment. Sans savoir à quelle sauce nous serons mangés ou celle qu’on mangera. C’est la stase.

Depuis l’éjection du gniaf, les réveils sont plus languides1 . En allumant la radio les poils ne se dressent plus comme au temps où le torrent de nouvelles plus effroyables les unes que les autres, nous faisait sauter dans les savates avec la rage de foutre sur la gueule de ces fumiers qui envoyaient des gendarmes chercher les petits enfants à la sortie des écoles. Entre mille autres saloperies similaires, évoquant irrésistiblement la pestilence maréchaliste. 

Maintenant le calme est revenu : le baume insipide de la normalité cicatrise doucement les plaies à vif et les toxines instillées pendant cinq longues années, se diluent lentement dans les fluides corporels. Il ne nous reste plus qu’à poireauter pour que le doux épiderme recouvre le corps électoral salement amoché d’une fine couche de vernix, lui redonnant belle apparence. 

Et ça repartira comme en 14.2 Fleur à la boutonnière ou au fusil : même combat. Le surenculage guette nos trous de balles au quotidien à tout bout de quinquennat, comme la mort hantait le moindre recoin des tranchées à Verdun. 

En attendant un monde meilleur, un peu de doux ennui ne peut pas faire de mal à nos petites pelotes de nerfs écorchés.

E la nave va…

  1. Spleenlancien a constaté ça, lui aussi ;-) []
  2. Malgré que nous soyons en 12. []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , | 1831 commentaires
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