Archives par mois : mai 2012

DAME NATURE

 

Chez la femme, l’insatisfaction n’est même pas une nature : elle précède l’Être…

(bon on va arrêter on risque de passer pour des phallocrates, et c’est pas vrai du tout)

Homère sur le fil de discussion précédent.

***

 E la nave va…

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futur à cœur

 

doucement sous la cloche méninge
mousse et pousse pensée
pâte à pain
rêve et idéal paradis

nichée dans la caboche
au chaud s’élabore levain acidulé 
vin volatile vaporeux
oxygène et monde neuf
horizon décapé à vif
pas un œil au passé et droit fendant
l’éther électrisé du vent nouveau
au delà de la membrane

respire libre esprit vas-y tout doux
et sans hésiter hume
le futur embaume doux
tu sais bien là au bas du cou aimé où
s’exhale la part de l’ange

tu sais bien 

 

E la nave va…

 

Publié dans Humain, Tout court | Mots-clefs : , , | 1495 commentaires

Dark Shadows : gothique et pas toc

 

Je profite d’un long week end pour glandouiller, donc aller au cinéma. J’ai choisi Dark Shadows de Tim Burton plutôt que Intouchables 2. En effet, le nouvel opus de Burton me semblait plus roboratif que le film d’Audiard. Passons sur les considérations concernant l’oeuvre de ce fêlé de Burton. Elle est d’une qualité irrégulière ; et alors ? Marre de ces puristes qui n’aimeraient zieuter que des masterpieces, alors que le charme du ciné se situe dans les imperfections, les erreurs de casting ou les approximations, qui ne manquent pas dans Dark Shadows.

L’histoire. Une famille quitte l’Angleterre du 18e siècle pour l’Amérique. Elle s’établit dans le Maine et prospère dans la pêche. C’est la famille Collins, protestante et entreprenariale qui va jusqu’à donner son nom à la cité qui dépend d’elle. Mais le hic, c’est que le fiston Barnabas  trousse de la gueuse à qui mieux mieux… et tombe sur une fâcheuse qui s’entiche de lui et accessoirement de sorcellerie. Il tombe enfin, le Don Juan de la Nouvelle Angleterre, sur une amoureuse, et paf, la sorcière qui n’avait pas de balai dans le fondement mais une sacrée rancoeur se venge en suicidant la donzelle, par pure jalousie. De dépit, le jeune homme se jette d’une falaise, mais ne meurt pas. Pour cause, Angélique la recalée le transforme en vampire avant de le dénoncer à la vindicte populaire. Il sera enterré pour l’éternité. Sauf qu’un tractopelle, va le délivrer deux siècles plus tard.

Evidemment, la sorcière n’est pas morte, elle est devenue la personne la plus en vue du bled. Barnabas le vampire veut lui rendre gorge tout en rasssérénant ses descendants cloîtrés dans l’immense demeure familiale. La baston s’annonce sévère. Bon, comme tout vampire qui se respecte, il tue allégrement quelques prolos et hippies – nous sommes en 1972 – avant d’affronter la ghoule, qui possède, ma foi, des arguments poitrinaires bien achalandés.

Un bon Burton. Bon OK, la séquence qui précéde le générique est trop explicative, la voix off – je kiffe pas trop le procédé – plante le décor un peu trop ostensiblement, elle est surtout l’occase pour le réalisateur de montrer ses prouesses, indéniables, quant à la mise en scène, sans 3D qui plus est. Mais après, visuellement, le gothisme est tout simplement époustouflant. Vient la plongée dans les 70’s, dans lesquelles le héros, complétement décalé, se perd puis s’adapte avec volupté.

Certes, les références musicales et cinématographiques foisonnent, plaisir de cinéphile bis oblige, cela va de la blaxploitation à un concert d’Alice Cooper – c’est la plus laide des femmes dixit Barnabas – au meilleur de sa forme et de sa zique, c’est-à-dire il y a très longtemps. J’ai retrouvé ce qui fait la force et et la farce de Tim Burton, du Beetlejuice dans les situations, du Ed Wood pour l’empathie envers les paumés, du Mars Attacks dans les coiffures et les bastons, du Edward aux mains d’argent dans les séquences plus dramatiques, du Sleepy Hollow pour l’ambiance. C’est foisonnant et souvent très drôle.

Un des intérêts du film réside dans le décalage entre le pseudo-aristocrate et le monde moderne. Les dialogues sont savoureux, les situations itou. Barnabas s’essaye à la langue du 20e siècle ridiculement, il découvre la télévision, les femmes médecins, l’asphalte ou les lampes psychadéliques, enfin la libération sexuelle qui donne une scène d’amour anthologique.

Johnny Depp en fait des caisses, Michelle Pfeiffer aussi, quoique méconnaissable. Il y a un Dracula sympatoche, une sorcière…et même une jeune louve garoute, Christopher Lee donne la réplique à un vampire, une agralante doctoresse fellationne un vampire…qui aussi se brosse les dents, des mioches déjantés et des fantômes poétiques. C’est plein de…tout…émotion, gravité, légéreté…et d’invention visuelle.

C’est à voir au cinoche, pas à la téloche.

Non Mais !©

 

Voir « Vincent » (1982) en VF − durée : six minutes.  

Un excellent site français dédié à Tim Burton.

E la nave va…

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KI KI SO SO LHA GYALO !

 

Trop tard : c’est pas d’heure. Avant l’heure : il n’y a pas d’heure. 

Il y a le chemin tracé et celui qui reste à parcourir, quelle que soit la voie empruntée. Souvent je compare l’Icyp à un petit navire fendant les flots de l’océan Octétique en solitaire, loin de la flotte amirale et des flottilles. Mais je ne suis un terrien et c’est sur mes deux pinces que dans une vie précédente je fendais les vagues rocheuses des montagnes de l’Himalaya.

Remonter la vallée, franchir le col et redescendre la suivante jusqu’au prochain pertuis ; s’exposer au danger car si les monstres abyssaux n’existent pas que dans l’esprit des marins, les démons de la tempête ne sont pas chimériques dans la tête du montagnard : ils prélèvent leur quota de vivants et les envoient bouffer les pissenlits par la racine régulièrement. 

C’est pourquoi il convient de ne pas fanfaronner face aux éléments naturels : ils sont considérablement plus puissants que nous autres, misérables voyageurs. 

Il aura fallu cinq ans pour remonter cette vallée sinistre peuplée d’aborigènes hostiles et odieux : demain j’ignore ce qui m’attend sur l’autre versant. En attendant je profite de mon petit bonheur : passé le dernier raidillon dans les éboulis noirs, le replat herbu est agréable à la semelle de mes croquenots et le sac paraît soudain plus léger, comme l’air ténu dans lequel baigne le torrent déboulant. 

Comme à chaque sommet de col, je pousse la beuglante joyeuse : KI KI SO SO LHA GYALO ![1]

Demain ce sera le premier alpage, et le premier lait de la première dzomo[2] et puis après la première pause : en route.

E la nave va…

  1. En Tibétain : « Les dieux ont vaincu ! » []
  2. Hybride yak-vache, cf Wikipédia []
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Fucking class hero

 

Il n’y a pas que le cul dans la vie. Mais un peu pas mal tout de même. Sans sexe, que serions-nous sinon des espèces de tristes myxomycètes ? Sans sexe, pas de déconnologie : au grand dam des biomormons − ces saloperies de puritains des temps modernes − les grosses blagues de cul nous font rire grassement. Le cul est un des ciments liant ces êtres si différents les uns des autres que nous sommes. Et il est aussi à l’origine des toutes premières discussions de joyeux drilles partant en vrille qui nous caractérisent et que le monde entier nous envie − nous jalouse : je le dis tout net. 

Or donc tout a démarré en 82 quand les DNA avaient lancé l’expérience Grétel : l’ancêtre du Minitel. C’était gratuit et réservé à quelques dizaines d’utilisateurs, dont une vieille copine − pseudonyme : Gnominette − qu’était en manque de mec. Ce réseau expérimental n’avait pas été conçu pour la discussion, mais un bidouilleur ingénieux eut vite fait de trouver le moyen d’arranger ça : le premier forum de discussion venait de naître. Et dans la foulée le premier pseudonyme olé-olé apparut : « Peggy la cochonne ». Le succès des messageries roses a culminé avec le célèbre 3615 ULLA à partir de 1988 : une usine à pognon. 

Aux USA, les premiers groupes de discussion de Usenet balbutiaient, à la même époque. Mais le concept était autrement plus affriolant que celui du Minitel : gratuit, totalement décentralisé et sans modérateurs. Les premières années les forums étaient purement techniques : échanges entre profs de facs et informaticiens principalement. Et puis des étudiants ont commencé à y accéder[1] et là tout a basculé. 

Au commencement Dieu créa les étudiants en rut et les ordinateurs, et Il les connecta entre eux…

Il y eut trois groupes de discussion débridées initiaux : alt.sex, alt.sex.stories et enfin : alt.sex.bondage. C’est sur ce dernier que les premiers déconnologues distingués − nos vénérables ancêtres − ont commencé à sévir et à TOUT inventer. Le hors-sujet d’abord, sans lequel nous ne serions pas : en effet ce groupe était dédié au BDSM[2] sujet maintenant facile à aborder, mais qui ne l’était pas du tout à l’époque. Donc tomber la cravache cravate et causer de frichti était aussi salutaire que quand nous autres sur l’Icyp, passons de débats philosophico-politiques à la recette du poulet aux asperges.

Et puis le plaisir d’écrire en ligne, de bien tourner ses phrases, de faire des bons mots ou des calembours débiles, de publier des histoires réelles ou inventées : plusieurs grandes plumes s’y sont affûtées, dont celles d’Elf Sternberg [3] et Mary Anne Mohanraj[4] : l’internet, c’est l’écriture comme je dis souvent. Et quelques autres tout aussi douées, restant anonymes… dont les fameuses Saltgirl et STella. Saltgirl a été la première à parler ouvertement sur le réseau, de sa sexualité très particulière en termes directs et crus, en s’affichant souvent avec son vrai nom, prenant des risques considérables dans une Amérique puritaine. Et STella a tout simplement inventé le raout déconnologue : ça s’appelait un burger munch, néologisme plus tard abrégé en munch [5] : une réunion de joyeux convives autour d’une tablée de hamburgers mitonnés, au resto du coin. Dans ces raouts ça ne causait pas spécialement de cul, bien au contraire : c’était une manière de prolonger les papotages du forum et de se claquer la bise pour de la vraie. 

Pour qu’un forum pulse, il faut tout ça et encore et surtout : que les gens y soient les plus divers possibles. Ce qui était le cas de celui dont je cause : il y avait des intellectuels, des midinettes, des gros ploucs, des dandys, des scientifiques, des patrons de grosses boîtes, des petits employés, des chômeurs, des super branchés sadomasos californiens et des infirmières collet monté de l’Indiana. Des vieux, des jeunes, des fauchés et des rupins. Des républicains, des démocrates et des gauchistes dépenaillés. Pas de fachos : ces gens-là n’étant pas des bons vivants. Et un mécano : le leur s’appelait Michael et arrangeait le coup quand le serveur déconnait, ou que quelqu’un galérait pour publier un texte un peu trop long. Plus c’est mélangé, mieux ça marche : règle numéro un. 

Les trolls n’existaient pas encore, et personne ne cherchait alors à péter plus haut que son cul comme ça se fait de nos jours sur tous les grands forums : il n’y avait que 2300 commentaires par jour, publiés sur la planète entière en 1989, émanant de quelques centaines de personnes. C’était bon enfant et pourtant les sujets abordés étaient profonds et graves, bien souvent… entre les parties de rigolade salvatrices. 

23 ans plus tard je suis assez fier que l’Icyp soit ce qu’il est : un des bons fruits de cette bonne graine. J’y suis pour pas grand-chose, n’ayant fait que respecter mon credo personnel d’électron libre en mettant mes petites idées à l’œuvre sur le terrain, comme toujours. Alors bien sûr c’est différent : tout le monde ne fout pas les pieds sur l’Icyp, c’est clair. Je bloque le portillon d’entrée comme bon me semble. On n’est plus au siècle dernier : il suffit de voir ce que sont devenus ces antiques forums de Usenet que je cite dans ce billet, pour se rendre à l’évidence : c’est pourri de spam et c’est la foire aux trolls depuis au moins quinze ans. Ici n’entrent que des gens bienveillants et bons vivants, ne cherchant pas noise à leur prochain, lui fut-il opposé en tout ou quasi : c’est le seul et unique critère. Une fois dans la salle : « fays ce que vouldras »… et pour celles et ceux qui penseraient connement que ça voudrait dire que l’Icyp est un forum libre et sans borne, qu’ils se détrompent vite en lisant lentement comme on déguste un grand cru, les chapitres dans lesquels Rabelais parle de l’abbaye de Thélème. N’entre pas qui veut. 

***

Et il y eut l’Infirmière Jones − Nurse Jones − et plus rien ne fut comme avant. Elle a été la première à réaliser ce qui allait se passer… enfin : elle s’est légèrement gourée tout de même, l’internet en gésine n’allait pas devenir que l’instrument de la thérapie planétaire dont elle rêvait, hélas. J’ai passé pas mal d’heures la nuit dernière à retrouver ce commentaire… culte :

26 octobre 1991
Sujet : N’est-ce pas curieux

De l’Infirmière Jones :

Jadis, avant d’avoir lu Saltgirl, je pensais être une perverse solitaire isolée. Puis j’ai lu ASB[6] et découvert qu’en fin de compte je n’étais pas si malsaine que ça. En fait j’ai même été choquée et (si j’ose) : débectée par certains commentaires.

N’est-ce pas curieux que désormais je sois devenue désireuse de tolérer − voire de comprendre − les perversions des autres, de manière à trouver un foyer pour mes propres perversions. Pensez-vous qu’il soit possible que l’idée sous-tendant les discussions du type de celles d’ASB ou genre, soient les prémisses de quelque chose de gigantesque ? D’une thérapie de la tolérance pour le monde entier ? Si une pedzouille prude/perverse du Midwest telle que moi est devenue capable d’apprendre la tolérance, alors peut-être qu’un jour des milliers d’autres personnes, apprendront à leur tour qu’elles ont leur place dans le monde en parlant − sous anonymat pour certaines − au reste du vaste monde, ainsi.
Quelqu’un devrait se soucier de sauvegarder tout ce qui se dit ici. 

Imaginez : vous pourriez avoir été ici alors que Freud, Darwin ou Einstein étaient en train de faire des expériences et d’être à l’origine d’une IDÉE GÉNIALE. Le concept de thérapie planétaire est fabuleux. Si ça devait arriver un jour, quelqu’un écrirait un bouquin sur comment tout ça avait démarré, à tous les coups…

Désolé, c’est vendredi soir et il est bien tard, et comme toutes les fins de semaine j’ai tendance à faire de la philosophie à trois balles.

L’Infirmière (C’est qui c’te dame toute vêtue de blanc/Libère mon peuple[7] ) Jones

Tout y est dit, je trouve ;-)

Et dans la foulée, je remets en ligne son récit autobiographique − le plus ancien jamais publié sur ce support flambant neuf − : La Liste. Je l’avais traduit il y a douze ans. C’est… chaud chaud chaud… et très marrant, vous verrez : il faut faire un réel effort pour se plonger dedans mais vous ne regretterez pas  :  CLIC !

Sur des idées de Marina, Mon-Al et Paul Durand, dans les commentaires du précédent billet : CLIC

E la nave va !
  1. Depuis leurs facs : les ordinateurs coûtaient une fortune. []
  2. Acronyme inventé sur alt.sex.bondage en 1991. []
  3. Auteur de SF et de romans érotiques. []
  4. Une des auteures de romans et nouvelles érotiques les plus célèbres mondialement. []
  5. Se prononce « meunnche » : onomatopée reproduisant le bruit de la mastication d’un hamburger. []
  6. Le newsgroup alt.sex.bondage []
  7. Parodie du gospel song « let my people go ». []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , | 1549 commentaires
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