Archives par mois : mars 2012

Populus ex machina

 

Le peuple. Du Front Nationalitaire au Front Mélenchional tout le monde s’en réclame et parle en son nom. Des foules tombent en pâmoison quand du haut de la tribune des voix fortes martèlent ce mot ; et la masse vibre à son propre unisson : transe transie tétanisant alcaloïde opiat messianique espoir.

Jusqu’au prochain tour. 

Faut bien croire à quelque chose et rien de tel qu’un bon vieux magnétiseur public pour requinquer le credo pâlichon du peuple. Entre le gniaf, Murène Lapine et le Chon, le peuple a retrouvé ses couleurs ces derniers temps : il est servi copieusement et rote d’aise. 

Quelle connerie, franchement : le peuple. Senatus populusque romanus tant qu’ils y sont, les harangueurs populiques contemporains, poussant la beuglante enchanteuse qui incitera leurs sectateurs à glisser petit bulletin dans l’urne afin de les installer pour un bail dans les palais d’une République pure héritière des Napoléons ; comme cette devise romaine trimbalée au fil des siècles depuis la chute des Tarquins jusqu’au dernier souffle d’un empire qui lui aura fait perdre tout sens. 

Comme de nos jours la devise de la République française, hein… triste chiffe usagée suscitant l’émoi sexuel pourtant, de ses usagers ; tant peuple que tribuns agissant en son nom.[1] 

Le peuple. Logiquement, j’en suis. Pourtant j’ai pas l’impression. Enfin : ça dépend. En tant que sujet de sa très gracieuse République, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Comme tout citoyen déclaré à sa naissance en mairie, je sacrifie à ses dieux en remplissant des formulaires administratifs abscons régulièrement, et en raquant un max de taxes. 

Pour le reste, nul ne m’en fera démordre : je ne suis pas du peuple. Ah que non. Quand je vois le peuple se speeder comme des mouches à la vue d’une merde au soleil sur les forums en ce moment, j’ai pas du tout envie d’être de la party. Si c’est ça le peuple : non merci. 

D’un côté t’as les gros racistes bandant pour la fille du sale vioque pété de thunes de Saint-Cloud, qui sont français de peuple exclusivement, et de l’autre les gardiens du temple de la Pureté Écarlate du Chon. On connaît les premiers par cœur : inutile de s’étendre sur leur pestilence de charogne, dont le gniaf en bon clébard, s’est imprégné en se vautrant dedans, enivrant le reliquat de ses troupes suivant son sillage jusqu’à la noyade finale dans la fosse septique de l’enfer brun. Bon débarras. 

Je ne parlerai pas des socialos, ni des écolos : ceux-là n’emmerdent pratiquement personne sur aucun forum. Difficile d’adopter une attitude fanatique ou dévote en écoutant François Hollande causer dans le poste, il faut dire. Idem pour la vaillante Eva Joly qui fait tout pas bien comme il faudrait, même que je trouve ça impeccable comme attitude. 

Et il y a les mélenchouinistes : je ne les trouve pas mieux que les fafs de la Murène, autant le dire tout de suite. Je ne suis pas de leur peuple : c’est clair. Eux ils sont le peuple ; pas les autres. Le peuple qui va casser la gueule au grand capital et faire la Révolution, non mais ! Le peuple mené par le camarade Merluchon qui veut la VIe République à lui tout seul. Le peuple de Gauche pur et dur. 

Paraîtrait que le Chon parle en mon nom : qu’il aille se faire foutre. Je ne veux pas de sa parole d’intercesseur : elle pue la mort. C’est pourquoi je tiens tant à ne pas être du peuple. Moi je suis du petit populo, d’abord. Celui sur lequel crache la vilaine troupe de nervis stalinoïdes du Chon ; du populo qu’il méprise de toute la puissance de son cynisme cinglant de gras bourgeois… Ah oui c’est un brillant orateur : digne successeur de tous les tribuns populistes de tous les temps, qui ont toujours mené les braves gens droit à leur perte. 

Faut surtout pas leur coller la sinistre réalité en face, au idolâtres de ce tigre de papier. Faut pas leur parler de la posture indigne et colonialiste du Chon sur le Tibet : ça les emmerde autant que les national-frontistes quand on leur cause des idées de Faurisson sur les chambres à gaz des camps de la mort nazis. Si leur gourou caractériel soutenait comme il le fait pour la dictature chinoise, le gouvernement d’extrême-droite israélien actuel, en traitant les Palestiniens de la même manière que les Tibétains, comment réagiraient ses sectateurs, si je défendais le droit à l’auto-détermination de cet autre peuple colonisé sur un forum ?

Est-ce qu’ils me railleraient en me traitant d’islamofasciste à la solde du Hamas, à l’instar de ce « réincarnation du dalaï-lama » dont m’a gratifié le Yéti d’Ubu89 hier ici : CLIC, ou TienTien aujourd’hui ? Ayant appris ce qu’ils valent − de la merde brune −, je pense qu’ils seraient tout à fait capables de réitérer leurs vilenies quel que soit le peuple opprimé défendu, tant leur fanatisme haineux les obnubile. Seule importe la satisfaction de leurs bas instincts, et de boucler la gueule au dissident. C’est ça, la voix du peuple : abaisser, avilir, blesser, humilier… et se sentir forts ; tous ensemble, tous ensemble, ouais ! ouais ! Exactement comme une bande de skins démolissant le portrait d’un basané. 

La parole du Chon ne se discute pas : elle s’exécute. 

Je dis une chose : pour Le Pen, les chambres à gaz sont un détail de l’Histoire. Pour le Chon, le massacre du peuple tibétain est un détail de l’Histoire. Logique : ces deux vils personnages ont en commun d’être ultra-réactionnaires et nationalistes. 

Le peuple du Chon et de Le Pen : au cul !
Le populo sinon rien ! 
Le cœur est à gauche et la gauche sans cœur n’est que charogne. 

Je dédie ce billet au noble et vaillant peuple tibétain.

E la nave va…

  1. [han ! han!] []
Publié dans Pilotique, Spectacle, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , , | 1337 commentaires

Miam miam

 

Ça y est : les bestioles sont de sortie. Aujourd’hui : premier bourdon dans la cambuse, déboulant tout kéké par la fenêtre sud pour s’aplatir peu après, lamentable, faute de carburant sur le parquet de châtaignier, d’entre les lames duquel a sauté la première puce hier au soir, qui n’a pas mis longtemps à se glisser dans ma chaussette droite et se tortiller entre les brins de laine pour aller se planter sous la malléole et me laisser sa bouffiole[1] grattouillante ; petit vampire.

Ça va être le carnage : parés de leur plus beaux atours les prédateurs attendent au tournant, tapis et prêts à choper qui passe et se pose à portée d’appendices buccaux. 

Ça y est : les candidats sont de sortie. Premiers coups bas portés de plein fouet à l’autre en face qui vacille un peu, et reprend bon aplomb et fait face, chélicères dressées, flanque crochet du droit et alors chaos debout pour l’attaquant qui finira désagrégé sous le soleil gaillard du mois de mai. 

Posés sur un lit de fleurs, attifés comme des demi-mondaines attendant les grâces de leur bon prince, c’est aux frais de la princesse populaire qu’ils s’engraisseront, et pour cette proie mettent les grands moyens : injection paralysante, dissolution des tissus, décervelage et absorption du libre-arbitre.
Propagande, intoxication, élections, ingestion. 

Ils guettent le votant, prêts à tout pour en croquer. Et s’entre-dévorer. 

Ça va être le carnage : je vois bien ça d’ici…

 

E la nave va…

  1. Un gros bouton ou une ampoule (sud-ouest). []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , | 1611 commentaires

Collectif solitaire

 

Souvent je dis : j’ai pas douze bras comme Shiva. Les dieux sont des genres de super héros pourvus de tas d’appendices surnuméraires et de toute évidence je ne suis pas de leur corporation. Ça m’arrangerait bien, pourtant, vu l’ampleur de la tâche. J’ai fait le compte tout à l’heure : depuis l’été 2009 durant lequel une bande de furieux tchatcheurs est venue squatter[1] le vaillant Ici-Blog, j’ai pondu près de 280 billets en un peu moins de mille jours : un tous les trois jours et des… avec comme il se doit, une illustration inédite et originale, et zéro copié-collé. 

Ça c’est pour la partie pondoir, car le billet est comme un œuf : il se pond. Il a un blanc, un jaune, une coquille et un germe. Le germe c’est l’idée de départ, le jaune est sa substance nutritive − les mots jetés en vrac au premier jet −, le blanc protège le jaune et l’embellit de son éclat adamantin − le polissage des phrases − et la coquille emballe le tout, évitant l’étalement du billet au moment de sa chute. Car le billet tombe de haut et brutalement, sur un sol dur. 

Mais il n’y a pas que le pondoir, sur mon petit navire : la salle des machines m’occupe pas mal aussi. C’est tout fait main de A à presque Z[2] et chaque jour je passe plusieurs heures à améliorer ci et ça, et ajouter des fonctions nouvelles ; ainsi après deux mois de boulot nous avons maintenant une cambuse qui nous permet d’échanger des tas de fichiers agralants en privé, un système de messages privés, un fil d’activité et une foule d’autres fonctions palpitantes. 

Souvent je dis aussi : L’Icyp n’est pas l’Ici-Blog. Oui et non. Oui parce que ses possibilités techniques sont incomparablement supérieures à celles de l’Ici, et non parce que c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes et que six mois après sa mise en ligne, l’Icyp est l’Ici de facto : une table en bois d’arbre dans un troquet avec de joyeux convives et le patron au comptoir, aux fourneaux et au pondoir. 

Ça fonctionne comme ça et pas autrement et il ne faut surtout pas que ça change, je crois. On ne vient pas tant Ici pour apprécier ou pas mes petits billets, mais pour causer de tout et de rien dans les commentaires. Mais les billets ont leur importance : l’Icyp n’est pas un forum. C’est le billet qui donne le ton : mon truc c’est de humer l’ambiance du temps présent et de figer l’instant en mots et en images − en œuf−, quel que soit le sujet abordé. 

Pour ce faire, j’ai des journées réglées comme du papier à musique : dès le premier café je lis tout et réponds du mieux que je peux aux questions des uns et des autres ; le petit IBM est allumé en permanence du lever au coucher et il m’arrive fréquemment d’écrire dans n’importe quelle situation. Plusieurs billets ont ainsi été rédigés en mangeant, ou au milieu de plein de monde à la maison… que je ne quitte que très rarement et pour quelques jours tout au plus. Comme l’illustration est de toute première importance, j’y consacre un temps considérable : ma photothèque comporte plus de 90 000 images de diverses provenances, toutes inédites. Là par exemple je me prépare à numériser le fonds de l’ancien photographe de Puycity : 85 000 clichés en vue. Ça prendra des mois. Boulot de moine. 

Mais j’ai le temps : comme le dit souvent l’ami Olive : ce qui est fait n’est plus à faire. Bref : l’Icyp me bouffe presque tout mon temps et j’aime ça. 

E la nave va…

  1. Le squat, c’est bien. []
  2. Dul nous a écrit un script pour le système de commentaires épicétout. []
Publié dans Fabrication | Mots-clefs : , , , , | 2345 commentaires

le bond vouloir

avant le déferlement des joyeux animalcules roboratifs

mucilage glaiseux, le crapoussin émerge 

tout observant et coi, tapi et

d’un bond de langue happe happe soudain

le spectacle

dansant

et l’absorbe

E la nave va…

Publié dans Pilotique, Spectacle, Tout court | Mots-clefs : , , | 1572 commentaires

N’avoir dieux pour personne

 

J’ai des tas de petits rituels quotidiens et antiques : genre faire glisser le sucre sur le manche de la petite cuiller comme sur un toboggan et apprécier brièvement sa plongée dans le café. Fredonner Les copains d’abord dans la baignoire. Toutes variétés de minuscules cérémonials, fidèles compagnons chopés en route comme des cirons sur la croûte d’un vieux frometon, qui donnent haut goût au doucereux lait emprésuré  Sinon il pourrait arriver je ne sais pas quoi de pas bien, ou pis : rien du tout. Alors rien de tel que ces mini tiques-tics, qui rythment l’existence et sont les portillons du rêve tout éveillé. 

Un truc que je trouve formidable chez les hindous, c’est que le rituel prime sur tout le reste : il est même de leurs écoles de pensée athéistes, ne dédaignant nullement les rites domestiques : lares et pénates ont leurs autels bien en place au logis de ces fidèles incroyants. Ainsi à leur manière qui est un peu mienne à force de temps passé au pays safran, j’allume un bâtonnet de bon encens quand un proche s’éteint ou quand la chance nous a souri. C’est objectivement inutile, mais ça enjolive le réel et le pare délicatement d’une soie et d’un parfum nécessaires. Sinon il serait blafard et insipide comme fromage fondu ; ce qu’il est pour tant de malheureux adorateurs d’objets que rien ne contente jamais. 

Des fois je me demande si ce ne sont pas eux, les fétichistes : ceux qui ne jurent que par leurs grands ni dieux ni maîtres. Avec leur boulet en fonte au bout d’une chaîne à la cheville, indignés sous le joug d’une croyance irraisonnée en une sorte d’absolutisme rationnel fantasmé. Aussi décervelés que les gros beaufs superstitieux ne foutant jamais les pieds à l’église autrement que pour y faire baptiser leur progéniture ou convoler en justes noces, ils sont. 

Il me semble bien que le piéton offrant pieusement un fruit de son champ au petit dieu éléphantin dodu plein de bras le soir venu, est moins stupidement dévot que bien des ratiocinateurs et autres enculeurs de puces électroniques dernier cri. 

E la nave va… 

Publié dans Inde, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , | 1736 commentaires
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