Le choubari

 

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Cuisiner, c’est torturer : obtenir les aveux ou des saveurs procède de la même essence.

Au départ la matière brute : un chou du jardin miraculeusement épargné par l’ennemi : cet enculé de ragondin hantant les rives du fleuve toujours prêt à planter ses incisives dans la chair des fruits de la terre amoureusement chouchoutés par Annie et sa copine Adeline en leur jardin.

Et des carottes ; du marché parce que la terre du jardin des copines est caillouteuse à souhait et que pour les carottes c’est nul.

Pour la farce un petit ragondin fera l’affaire, une fois désossé, dénervé et haché menu. Le plus délicat sera d’obtenir son consentement, car l’éthique du choubari exige l’acquiescement mutuel d’ingrédients adultes sinon c’est non.

Le ragondin étant peu consentant par nature, la plupart des maîtres choubaristes autorisent l’emploi d’un cochon, animal consentant d’office, auquel on aura prélevé la quantité de chair à saucisse nécessaire au rituel.

L’huile sera extra-fine et de première pression à froid, l’olive exprimant mieux sa jouissance en étant langoureusement triturée à température ambiante entre deux meules la foulant lentement.

La ficelle sera de lin mercerisé, souple, douce et néanmoins cisaillante, mais pas au point de trancher la feuille : le chou doit rester intact sinon c’est non. La farce ne supporterait pas et elle s’échapperait, en plus. La ficelle à choubari est traditionnellement d’une longueur de un mètre vingt, mais certains choux de fort calibre peuvent nécessiter un bon pied de plus pour l’accomplissement de leur ligotage.

Les nœuds, considérés comme une faute de goût atroce lorsqu’ils sont apparents, ne le seront pas si l’on prend soin de lier la crucifère en la retournant cul par dessus tête. Façon de parler.

La cocotte est en fonte noire : obligatoire. La taille 28[1] est préconisée : le lit de carottes s’y sentira plus à l’aise que dans les modèles ordinaires, plus petits : ce légume endure peu et une trop grande contrainte est préjudiciable à son excitation. On peut se procurer cet accessoire chez Fist Food, rue sainte Croix de la Bretonnerie dans le Marais à Paris.[2]

Contrairement à son cousin nippon le shibari, la pratique millénaire bien française du choubari érotique pousse le vice dans ses derniers retranchements : la jouissance terminale n’est obtenue qu’à la cuisson, après saupoudrage de sel et de poivre : deux substances qui, employées par la main d’un vieux maître choubariste, déclenchent invariablement des torrents d’émoi libérateurs : le légume le plus insensible se révèle soudain d’une lubricité jusqu’alors insoupçonnable ; c’est merveille à voir.

La France compte encore quelques millions de pratiquants du choubarisme, mais cette vénérable tradition ayant apporté tant de joie dans les ménages, est malheureusement en voie de perdition : la jeunesse lui préfère les divertissements caoutchoutés sous atmosphère conditionnée et les ligues de vertus animalières condamnent cet art aussi antique que la corrida, malgré le fait patent que tout le monde soit adulte et consentant, dans le choubari.

Voilà : il m’a semblé urgent de parler publiquement de notre sexualité en péril, car tous les disciples et les groupies de la Déconnologie Pilotique© (lamorillienne) sont choubaristes.[3] Une fois de plus, c’est la faute à nos ennemis jurés : les biomormons.

Nous aurons leurs peaux, camarades ! et de leurs vessies nous ferons des lanternes !

E la nave va..

 

  1. Celle de la photo est vraiment mahousse. []
  2. 499 € franco de port. []
  3. Et adorateurs de Nanabozo : ce sera le sujet d’un prochain billet. []
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