Archives par mois : mars 2011

C’est trop dingue…

Illustration de ToRDReLoRDRE tritouillée par Cyp Luraghi © 2010

C’est grâce à ce grand cœur que fut Philippe Pinel en son temps si le locataire de l’Élysée actuel ne croupit pas au cabanon les fers aux pieds, disons-le tout net.

D’un côté c’est regrettable, surtout en constatant le ravage causé par les quatre interminables années de son règne. De l’autre, mon petit cœur opte pour un traitement humain de l’aliénation des esprits, comme ce brave docteur Pinel, qui le préconisait bien avant le reste du monde.

Car il en va des fous comme des scélérats : si on voulait tous les coller au gnouf ou à l’asile, il faudrait ériger un mur de huit mètres de haut autour de la planète, puis embaucher la petite minorité des gens sensés comme matons et infirmiers psychiatriques afin les empêcher de nuire ; or comme c’est pas envisageable, on fait avec. Mieux que ça : la majorité des fous vote pour ce qui lui ressemble.

Mais bon : une foule compacte de personnes prétendument sensées croit aux miracles, déjà. Le pape de Rome lui-même est persuadé que les hallucinations collectives des foules ainsi que les visions individuelles de quelques nonnes hystériques, sont aussi tangibles que du radium. Pourtant, personne ou presque ne croyait au radium : Marie Curie a longtemps été vue comme un peu toquée avant de démontrer brillamment par son irradiation mortelle, son éclatante santé mentale.

Le plus drôle, c’est quand les fous se traitent de fous entre eux : par exemple quand les dirigeants du monde traitent Khadafi de dictateur paranoïaque. Là, je ne peux réprimer un sourire, voire un fou-rire : quand on voit le sapajou national affligé de tics et comme pris en permanence d’une envie de chier, prendre la pose et faire ouististi-sexe aux côtés du guide de la Révolution libyenne devant les caméras, il y a de quoi.

Encore qu’il est possible que je sois fou, moi aussi. Publier un billet sur ce sujet à la veille du jour des fous,1 c’est pas normal. Allez savoir ce qui me passe par la tête, parfois…

E la nave (dei pazzi) va…

 

  1. Dans pas mal de pays anglophones, le premier avril est le « Fool’s day » : CLIC (en anglais) []
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Chris Dorje

Chris en 1986 - © Cyprien LuraghiLa photographie est mauvaise : mon appareil ne valait pas un clou et les labos népalais d’il y a trente ans, heu heu… et puis il fallait que les 36 poses de la pellicule durent le plus longtemps possible : c’est pas avec la misère que me payait la boîte de négriers pour laquelle je bossais que j’aurais craint l’explosion du porte monnaie. Alors je n’ai que celle-là de l’ami Chris et il faut bien s’en contenter.

Bodhnath : c’est là que je vivais au début des années 80 avec Deborah au milieu des réfugiés tibétains et des dharma freaks 1 occidentaux.

Du dharma freak, j’en avais jusque dans mon lit ; enfin une et pas des moindres, avec toute la bimbeloterie de bondieuseries tibéto-bouddhiques livrée avec : colliers et bracelets de ficelle rouge, chapelet, reliques et breloques.

Il y en avait de toutes sortes : de l’héritier du brevet de la télévision couleur − Graham − plein aux as et débordant de générosité, jusqu’à de véritables fous furieux ayant définitivement pété un câble comme Jan,2 en passant par des nonnettes allemandes tondues de frais, confites de dévotion, coincées du trou de cul et du plus haut ridicule. En tout une cinquantaine de permanents, bon an mal an.

Et il y avait Chris. Canadien fin lettré et photographe, un mec chouette comme j’en ai rarement rencontré ; époux d’une princesse bhoutanaise et traducteur du tibétain. On en a siroté des thés et des tomgbas3  ensemble, à l’échoppe à momos4 de la mémé d’en-face.

À dix-sept ans, Chris s’était engagé dans la Navy, ce dont il vite eu marre et de vingt à vingt-six il a été moine bouddhiste, puis est revenu dans le siècle y épouser son amie d’enfance. Moine bouddhiste : quelle drôle d’idée… et il faut rajouter : quel drôle de lama que son maître spirituel : Karma Trinley Rinpoche. À l’époque de notre rencontre − 1983 −, Karma Trinley vivait dans une petite piaule à Bodhnath et n’était pas le plus piètre siroteur de tongba et croqueur de momos de notre petite bande.

Il avait débarqué au Canada au début des années 70 avec un petit groupe de religieux tibétains, à l’invite de babas cools mystiques canadiens… lesquels les avaient laissé choir comme de vieilles chaussettes peu de temps après : une bande de charlots en vérité. Du coup, ses collègues moines étant rentrés au pays, Karma Trinley s’était retrouvé à roupiller sous les ponts et faire la manche pour survivre. De là date sa rencontre avec Chris. C’est sa période − très dure − de mendigot exilé, qui a fait de Karma l’homme qu’il est : un poète bon vivant, profond et rigolard.

J’étais le seul non bouddhiste occidental résidant à Bodhnath : un statut à peu près aussi intenable que d’être un vil païen dans un carmel. Parce que la plupart des prosélytes de cette religion ne sont que de misérables christolâtres mal dans leurs baskets, avant tout. Or l’habit ne fait pas le moine, c’est certain. Les Tibétains, eux, se foutent absolument que vous soyez bouddhistes ou n’importe quoi d’autre : leur religion interdit strictement tout prosélytisme. Mais les dharma freaks, aïe aïe aïe ! Faut se les être farcis comme des momos pendant de longues années pour apprécier toute les nuances de leur monstrueuse connerie.

Heureusement qu’il y avait Chris à Bodhnath en ce temps-là, pour adoucir mon châtiment quotidien. Chris Dorje, la piaule de Karma Trinley, les momos de la mémé d’en-face et la tongba. Loin, loin des biomormons© bouddhous californiens à colifichets.

Chris Dorje de nos jours :

 

Depuis, Chris a longtemps bossé pour la bibliothèque nationale du Bhoutan et il collabore avec Wikipedia et à plusieurs autres projets de la galaxie du Libre :

The Dharma dictionnary (en Anglais)

Quelques unes de ses photographies sur Wikimedia Commons (les agrandissements sont superbes)

Et les momos préparés avec amour par Annie et Shanti ce soir :

Les momos maison - © Annie et Shanti Devi Luraghi 2011

E la nave va…

 

  1. Successeurs des dharma bums de Kerouac en quelque sorte ( cf Les clochards célestes : CLIC et en anglais parce que la page française de Wikipédia ne vaut pas tripette : CLIC )   []
  2. Lire le billet lié « Le bouddhisme rend fou » []
  3. Préparation de millet fermenté sur laquelle on verse de l’eau chaude et qu’on slurpe doucement avec une paille de bambou : CLIC (en anglais) []
  4. Des genres de raviolis tibétains : CLIC ( on en a au menu ce soir à la Maison de l’Horrreur) []
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Sur le pied de grue

Cliché Lespinard 1913 - l'aviateur Jules Védrines à Prayssac (Lot) - Collection M. Mayssal ©

Une bien belle invention que l’avion : son doux ronron passant au dessus de nos maisons est bien plus harmonieux que le glapissement des grues cendrées. Et puis les avions pérégrinent à toutes saisons, rugissant gaiement des turbines et réjouissant nos cœurs et nos tympans ; et non pas seulement deux malheureuses fois l’an tels ces vils migrateurs trompettants, battant de l’aile.

Et point de fientes immondes : l’avion n’excrète que de très proprettes bombinettes, qu’il largue droit dans l’ mille au commandement des Nations Unies, pour punir rien que les gros méchants. La grue cendrée conchie pareillement les innocents dont elle bousille irrémédiablement les fringues chics.

Une belle salope, la grue cendrée ; interdite de survol au dessus de l’Élysée, ça va sans dire.

***

C’est pas tout ça, mais il y a les actualités. La foule me reproche souvent de ne pas assez en parler. Les grues cendrées, qui s’en soucie encore ? le monde entier roupille quand elles passent les frontières de l’espace Schengen en douce, déjà. Mais le monde entier se fout aussi de pas mal de choses : la dernière tenue de Chaaaaarlène et les retards de livraison du dernier produit de la marque Apple® l’occupent énormément, ainsi que de faire la Révolution en cliquant frénétiquement du bouton gauche de la souris sur les forums.

Or donc la France est partie en croisade contre le vil sarrazin en Libye avec ses beaux avions excrétant leur bombes astiquées exactement là où il faut, faisant couler le sang impur dans nos sillons sans que la moindre goutte éclabousse nos fils et nos compagnes. Cette nouvelle guerre a d’ores et déjà généré un nombre considérable de clics gauches dans l’opinion ; presque autant que le dernier chapeau de Chaaaaarlène, mais moins que le dernier produit de la marque Apple®, dont les sectateurs en manque se dessèchent à vue d’œil en faisant le pied de grue devant les rayons désespérément vides des magasins dédiés.

Ah et puis il y a les actualités politiques : la démocratie se porte bien, je vous assure. Elle va bientôt envoyer des grues aux japonais atomisés pour la reconstruction, à la satisfaction générale des clics de souris.

 

cliquez dans l’image pour lire la vidéo

 

Ce billet est dédié à tous les pauvres travailleurs exilés népalais, indiens, philippins et compagnie, qui se retrouvent abandonnés de tous, au beau milieu des croisades pétrolières.

E la nave va…

 

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C’est bien le diable…

Illustration originale de Pierre Auclerc © 2010

Le Diable est mon copain. En fait c’est un mec sympa ; on a beaucoup dit de mal sur lui mais faut jamais croire les grenouilles de bénitiers coassant et médisant de toutes et tous, toujours.

Le Diable est facile à l’entretien : jamais malade, toujours ardent à la tâche et guilleret dans tous les cas, en toute circonstance. En outre, la maisonnée profite de sa bonne chaleur naturelle, aux frimas venus. Économies de combustible fossile et fissile garantie et par les temps qui courent, ce n’est pas rien.

Et puis pour ce qui est de voler à ma rescousse en cas de pépin, il ne me fait jamais défaut, lui. Ni ne m’engueule jamais quand je fais des conneries ; pas comme le Dieu sympa comme une porte de taule des neuneuthéistes : celui-là, tu peux te brosser pour compter sur lui quand le péril se pointe et que nécessité fait loi ; genre je me carapate et démerde-toi.

Et puis le Diable est naturellement stérile : pas besoin de retrousser les manches pour zigouiller deux portées annuelles de diablotins duveteux : no sex. Pourtant il est réputé lubrique, mais c’est là vile calomnie ; une perdue dans les myriades qu’il trimbale en guise de réputation. Je peux attester de sa vertu ; certes il joue très bien de la queue, mais pour fouetter la crème et les chats seulement : rien que de bien humain.

Alors comme il vaut mieux bon petit diable que mauvais grands dieux, j’invite à un joyeux sabbat dans les catacombes de l’Ici-Blog pour la bonne et simple raison qu’aujourd’hui nous fêtons les anniversaires de Félicité et Sambucus.

E la nave va…

 

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La pêche à la lignée

Concours de pêche à Puycity − © Paul Grély 1959 − Fonds Auzanneau

Ces derniers temps, ça parle beaucoup de souche, de racines, de culture et de civilisation françaises, dans les gazettes. Mais alors en des termes peu amènes et sur un ton fortement courroucé.

Ainsi la France serait un pays farouchement monobloc et vachement catholique depuis au moins Vercingétorix, et son peuple au sang si pur serait béni par le sacrifice du saucisson et du pinard. N’importe quoi ; mais un n’importe quoi tétanisant les foules, puisqu’un n’importe quoi séduisant et rassurant comme un bon vieux maréchal.

C’est pas du tout ça, la moelle de la France ; c’est ni la haine à l’apéro, ni la carte de pêche à 83 euros, déjà.

***

L’autre après-midi, mon Jean-René de voisin est venu tailler la bavette à l’atelier comme à son habitude, pestant cette fois-ci contre ces putains de 83 balles qu’il lui a fallu débourser cette année pour sa friture. Surtout qu’il n’y va pas souvent, lancer sa ligne. Cher du kilo, le frétillant gardon.

Il n’y a plus rien de prévu pour le populo, plus rien à trois petits sous vaillants. Alors le populo s’emmerde et passe son temps devant la télévision à regarder le péril islamigré croître et multiplier, par exemple. Mais c’est du tout plus pareil que quand la France lançait sa canne à trois francs pour trois fois rien l’an, forcément. À tel point que je me demande si les Français vivent bien dans un pays appelé France, de plus en plus fréquemment.

Ça me titille, tout ça. Cette pénible impression que ça ne s’arrange pas : la France fout le camp d’elle-même et elle sait même pas où aller se réfugier parce que c’est partout pareil : l’Inde s’est barrée de l’Inde, le Népal est aux abonnés absents, etc. Y a plus qu’en Corée du Nord et aux USA qu’on sait à coup sûr que le pays ne s’est pas carapaté de son propre territoire. Et en Russie assurément aussi. Mais je ne vois pas la moelle de la France aller s’y installer, dans ces pays : elle serait en terre étrangère et l’allogène y est malvenu, tout comme ici.

***

83 euros la carte de pêche… il a raison, mon bon Jean-René : c’est putain pas donné. C’est comme pour boire le moindre coup : c’est pas donné non plus. Y a plus rien d’abordable pour la distraction du populo, alors à force il n’y a plus de populo tout simplement. Et le populo, vous ne m’enlèverez pas de l’idée que c’est la moelle d’un pays. C’est parce qu’elle a été vidée de sa substance que la France n’est plus qu’une peau de saucisson industriel.

Le péril islamigré n’y est pour rien, mais il est bien pratique.

E la nave va…

 

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