Archives par mois : novembre 2010

SELF SERVICE

Animation maison extraite du film Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1982) On n’arrête pas le progrès. Qu’on dit. Mais est-ce qu’il va bien droit devant comme il devrait, le progrès ? ou est-ce qu’il fait la toupie en se bouffant la queue et tout le reste jusqu’à la disparition ? Comme Ginkoland, il m’est avis que oui. Pas comme l’ouroboros des anciens : je l’entends d’Ici qui se grignote, le progrès qui progresse dans son œuvre de suicide nihiliste, le progrès de l’Humanité.

Au passage il se fait jouir les papilles, le progrès. Et puis il n’y a plus rien. Que le goût du sang de guerre et l’amertume de la poudre explosive. Le sentiment de l’inutile après un effort gigantesque, pantelant et vide ; prêt à gober des cachetons pour se faire la nuit et le jour plus opaques et sirupeux : le Sheol ; un purgatoire sans trop de peine et fort peu de plaisir.

On n’arrêtera pas le progrès. Il sucera jusqu’à la dernière goutte de pétrole dans les sables profonds et les fosses marines, et puis il n’aura plus rien à sucer alors il s’ingérera lui-même. Il en aura pour un bon bout de temps encore parce qu’en deux gros siècles, le progrès a super pris de l’embonpoint. Il est gras comme une loche, le progrès, au point d’étouffer en s’auto-cannibalisant.

On n’a pas le choix : c’est le progrès ou rien. Qu’on nous dit. Mais en y réfléchissant un peu, on voit bien qu’il va droit au rien de rien, la mâchoire et les crocs en avant. On le voit bien tous les jours en ouvrant le journal, surtout ces derniers jours : le progrès c’est la mafia, les armes, la dope, les putes, le pouvoir politique corrompu jusqu’au trognon. Partout ou quasiment.

C’est ça qui envoie de la chair à canon à l’autre bout du monde au nom de la démocratie. Qui délocalise en Corée du Nord et fraternise avec les princes dictateurs pétrolifères. C’est ça qui nous gouverne, ça que la plupart des gens suivent aveuglément, sans se poser d’autre question que l’heure de la diffusion des concours de miss.

Ça, c’est l’idéal de vie qu’on nous impose : le progrès laïc, gratuit et obligatoire. Encore que pas si gratuit que ça.

Et rien à l’arrivée : le Sheol pour tous.

Et merci à Wikileaks.

E la nave va…

 

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Les zamis de l’internet

Bal des aveugles à Puycity en 1959 (avec Numebert et ses groupies, déjà) - Photo : Paul Grély - © Fonds Auzanneau - reproduction interdite

Y en a qui sont des amis de plume et d’autres en notre temps qui sont des amis électroniques : on appelle ça des zamis avec un z devant le a. Ou alors des aminautes. Tout ce qu’on n’est pas Ici, tous autant qu’on est.

Pourtant on est de l’internet : c’est des forums pourraves où nous avons affronté le Roger Velu et le museau de chienne de garde en vinaigrette que nous venons ; où nous sommes nés en quelque sorte. Avant il n’y avait pas de mère Dodu, ni de Hulk ni personne : il n’y avait rien, ou alors quelque chose de très compact, opaque comme le bois d’une table de cuisine.

Nos plus distingués savants se perdent encore en vaines conjectures à subodorer l’avant Big Bang. À un moment donné il y eut le Wig Wang Web et ce fut le raout général dans l’expansion exponentielle des radicules du Réseau : un dieu dédié décréta que les octets fusent, et il fusèrent dans les fils de cuivre et la fibre de verre sous forme de photons, véhiculant toutes sortes de sentiments plus ou moins humains.

Les cervelles s’échangèrent tout un tas de trucs philosophiques abscons, et les cœurs chavirèrent à vitesse lumière en pulsant à l’unisson. Les particules agressives se combattirent farouchement, et les furtives mordillèrent en catimini les mollets des paisibles blogueurs en s’affublant de trente-six pseudos à la con.

Il y eut la guerre, puis le football et enfin les forums de l’internet. Et au septième jour il y eut les Réseaux Sociaux. Et les zamis.

Avant la Big Company  il n’y avait que des amis sans z devant. Le z, c’est pour Zuckerberg : l’inventeur du zami.

Évidemment, si la gravitation nous a faits choir Ici, c’est parce que nous n’entrons pas dans la catégorie de Zuckerberg. Pas de bouton Facebook Ici, et ce n’est pas demain la veille qu’on en verra l’ombre d’un, ni de tout ce genre de choses. L’Ici-Blog n’est pas un réseau social. Il n’est même pas relié au reste de l’internet. Lequel est pourtant pétri de relations et dont l’essence même est l’interconnexion.

Les amis de l’Ici-Blog ne sont pas totalement composés d’immatérialité et n’ont pas le moindre z devant. Ils se sustentent de denrées dûment roboratives : gratins dauphinois prétendument véritables, saint-nectaire de buron, betteraves rouges du jardin, poireaux d’AMAP, whiskys antiques et very exotiques…

Les amis de l’Ici-Blog éprouvent le besoin de se frotter le lard très régulièrement, et pas juste de se retrouver quelques poignées de minutes à des apéros monstres et mortellement chiants avec des zamis fugaces au regard vide et au sourire commercial, à siroter mornement des saletés à bulles dans des godets plastoques.

L’Ici-blog est un blog coûteux en calories et au bilan carbone déplorable : les véhicules des déconnologues sillonnent le pays en permanence : l’un va toujours chez l’autre sans relâche, histoire de se coller les pieds sous la table et de papoter au lieu de tapoter sur le clavier. Sans compter les raouts, gros consommateurs en énergie fossile.

Mais si productifs en chaleur. Et vu le temps de merde qu’il fait dehors, autant rester au chaud et se pelotonner douillet, douillet…

E la nave va..

Sur une idée de Numebert, ici : CLIC.

 

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Pom ! Pom !

Images CC Wikimedia Commons - Tritouillage © Cyp 2010

Tout nous y mène tout droit : en fixant le soleil levant on y est rendus en moins de dix mille bornes. La Sibérie nous tend les bras, camarades !

Vous êtes virés d’un forum sinistre par un fruste Community Manager pour avoir osé péter de joie au nez des fâcheux fachos et des chiennes de garde dégoulinants de fiel ? En Sibérie !

Or la Sibérie de l’internet, c’est Ici et pas ailleurs. C’est toujours Ici qu’on atterrit pour entretenir le feu sacré de la Papote, notre sainte patronne. Ici l’Icibérie : le Pitcairn de l’internet ; son Verkhoïansk.

Au début de l’année prochaine, notre missus dominicus Tjeri partira la traverser à pinces : du Poitou à Vladivostok avec ses bottes et sa bouillotte en caoutchouc made in China. Tjeri, c’est notre cosmonaute à nous : il va au pays des yakoutes et des mammouthesses agralantes1 , des poteaux électro-soviétiques sauvages. Sa trajectoire frôlera Verkhoïansk2 et il captera pour nous les ondes bénéfiques de ce lieu marqué par la Déconnologie depuis bien avant la congélation massive des mammouths.

Si nous insistons beaucoup, il nous ramènera peut-être un poil de mammouthesse : je vous invite donc à me rejoindre dans ma bande de pom-pom boys and girls à demi-vahinés et à entonner des marches vigoureusement cadencées tous ensemble pour le porter jusqu’à son but, qui est désormais le nôtre aussi. Avouez qu’un poil de mammouthesse de Verkhoïansk ça ferait classe, Ici. Nous l’enchâsserions dans le métal précieux en grande pompe, marmonnant des formules abstruses. On ferait tourner l’encens et les verres de pinard.

La Sibérie c’est l’avenir : y a plus que là qu’on est peinards : moins cinquante-cinq au dehors et plus vingt-cinq dans la bicoque en bois brut posée sur le permafrost. Et personne pour faire chier à des centaines de verstes à la ronde

Or donc : je décrète et édite qu’à partir de désormais, l’Ici-Blog est jumelé avec Verkhoïansk et que Tjeri y est notre ambassadeur. Il s’y rendra à la force de ses mollets ; c’est comme ça et pas autrement !

E la nave va…

 

  1. Mot poitevin qu’on ne trouve qu’Ici et qui ne nécessite pas de traduction, tant son sens est clair. []
  2. Tjeri sera à 675 bornes au sud : une paille vu la taille de la contrée. []
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TOUT LE CONFORT

Illustration © Pierre Auclerc 2010

Voilà : c’est l’idéal qui nous est proposé. C’est à ça qu’il nous est demandé de nous intégrer. Ou plutôt : être digéré par. Intégrer de la bouffe c’est concevoir de la merde à la sortie, irréfragablement.

C’est la petite réflexion que je m’étais faite − et le sujet de ma méditation du jour − quand Djames m’avait sorti ça à l’atelier, il y a quelques mois : « Moi je veux bien m’intégrer, mais à quoi ? ».

Djames est gitan. On dit gitou dans le sud-ouest, comme on dit des gris pour les arabes. Enfin : ils disent ça, eux. Certains du cru et certains même qui n’en sont pas. Comme partout chez les sédentaires. Ceci dit je suis moi-même un sédentaire : devenu ainsi par la force des choses. Mais dans leurs charentaises mes arpions bouillonnent comme ceux de Djames dans ses baskets : on est voyageurs par nature, nous autres gigotos.

Bon : encore Djames je peux comprendre : il vit en caravane et la perspective prochaine d’aller s’installer en maison le séduit en même temps qu’elle lui file les foies et lui enfle les boules. Mais moi ? Je vis dans une maison en pierres et tout le reste qui va avec. Mieux : ma culture est française. Enfin : ma première culture. J’ai bien l’impression de l’avoir égarée sur la route, celle-là, et pour de bon. En principe pourtant je ne devrais pas me sentir intégrable, mais au contraire sentir en mon tréfonds palpiter la fibre intégrante exigeant son quota d’intégration. Comme un estomac affamé. Donnez-moi du bougnoul et du gitou à ingérer : j’ai faim, je suis français, bordel de merde !

Mais non. Rien ne se passe comme ça se devrait en telle circonstance. J’ai pas la fibre ad hoc. Quand je vois Djames, je n’ai pas spécialement les crocs. Il ne me fait pas baver du tout. C’est terrible de découvrir que ça fait 52 ans bien tassés que j’ai tout faux : en réalité je suis un intégrable, et non pas un intégrateur. Ô flip !

Il va falloir m’intégrer alors.

Oui : mais à quoi ?

E la nave va…

 

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Coup de bélier

© Ginkoland 2010 - Tritouillage : Cyprien Luraghi

L’ange Gabriel a été très très gentil avec la petite Marie. Mais alors vraiment gentil de chez gentil. Nicolas Preum’s est super gentil avec le populo : plus gentil que lui tu meurs. Heureusement, il a su rester vivant afin que nous le remercions encore et encore de sa formidable gentillesse.

Car il a gentiment sauvé la France : on s’en rend bien compte au quotidien. Nous dégueulons de richesses : grâces lui soient rendues. Nicolas Preum’s est notre ange Gabriel à toutes et tous. Et il a sa petite Marie lui aussi. Reste à voir venir le fruit de ses entrailles. Prions. En 2012 peut-être, comme le prédisent nos amis mayas.

Tout le monde est si gentil. Les poteaux électriques lotois1 eux-mêmes ont décidé d’être gentils en évitant la bagnole de Ginkoland, hier au soir à quelques bornes de la Maison de l’Horreur de Puycity. Gentils comme des moutons, les poteaux lotois. D’ailleurs le jour d’hier était celui des moutons : symboles de la gentillesse par excellence.

Et trois petits jours avant l’Aïd, était célébrée en grandes pompes2 la Journée Mondiale de la Gentillesse. Décidément, 2010 est une année super gentille. Tout roule ma poule sur la Bouboule : zéro guerre à l’horizon, le monde entier se fait la bise et l’Humanité affiche béatement son sourire le plus resplendissant, brillant de toutes ses dents.

Le gouvernement au grand complet se divertit gaiement au Palais : ses dignes membres jouent aux chaises musicales en se passant la pommade l’un, l’autre gentiment ; de dehors le citoyen se pâme de ravissement au doux babil ministériel émanant de ces murs sévères. Il se rend ensuite à son travail la joie au cœur, heureux d’être si bien tondu par de si bienveillants dirigeants.

C’est bien d’être gentil, décidément : on aurait dû y songer bien avant. Combien de boucheries comme celle de Verdun auraient été épargnées ? Alors que de nos jours règnent en maîtresses incontestées la Paix et la Concorde, ce sombre et lourd passé guerrier n’est plus qu’un vilain cauchemar évanescent, heureusement.

Ainsi je préconise à titre prophylactique que nos mâles − naturellement belliqueux − pratiquent assidûment la visitation des maries ainsi que celle des gabriels itou : car le sexe des anges a depuis bien longtemps suscité l’intérêt et une curiosité toute naturelle et de bon aloi… et réserve bien des surprises. Ainsi bien occupés, le monde mènera son train de sénateur très gentiment jusqu’au septième ciel.

***

Sur une idée de Marina (entre autres).

E la nave va…

 

  1. Majoritairement de modèle 1962. []
  2. Du 49 comme celles de Ben. []
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