Archives par mois : octobre 2010

Plan pas neuf

Capture d'écran animée de "Plan 9 from outer space" de Ed Wood - Animation © Cyprien Luraghi 2010

Les pipirelles chtarbées craquètent au firmament dans l’air sec comme un coup de trique : ce coulis glaçant les rotules, s’insinuant aux creux poplités, descendu droit du septentrion peuplé d’élans prodigieusement virils.

Aux quatre coins cardinaux, rien de bien nouveau : comme chaque année nos amis hindous se préparent à fêter Diwali[1] de manière aussi pieusement consumériste que Noël chez les christis, et les dévots de Krishna[2] salivent à l’idée de se faire éclater la sous-ventrière à la confiserie lourde.

Le litre de mazout s’est encore pris une claque dans la gueule, le gramme d’herbe pareil et tout le reste à l’avenant. Le pinard sera dégueulasse à cause du printemps pourri et de l’été trop court, les grévistes l’ont dans le cul et les migrateurs à pneus de la Toussaint décollent la joie au cœur et le réservoir plein. Nous branlerons moins longtemps avant de mourir, c’est pas bien grave.

Rien n’est grave puisque tout roule : nos économistes ont invoqué l’esprit du grand Capital et les pompes se sont remises en marche. L’Économie est comme le reste de l’univers : globalement, ça tournicote. Et pour qu’elle vire bien il faut que ses grands prêtres fassent tourner les guéridons : ainsi Bill Gates et Liliane Bettencourt fréquentent les mêmes cercles spirites que Lakshmi Mittal et croient dur comme fer aux soucoupes volantes qui viendront sauver le monde libre des griffes talibanes et des grévistes.

Lakshmi : justement ce sera sa fête aussi à Diwali. Déesse de la fortune et membre de la nébuleuse Krishna. Je vous passe les détails croustillants et bibliques. Vous voulez plein de ronds ? Priez Lakshmi. Offrez-lui quelques menues piécettes, elle vous les fera prospérer comme Bernard Madoff et ses amis.

En comptant bien, sou à sou, on totalise vite; les plus rétifs aux maths se prennent eux-mêmes au jeu : un plus un plus plus un = je jute. L’Économie est une affaire juteuse. Ça dépend pour qui; enfin : de quel numéro tu as tiré dans le chapeau. Numéro Six, à gauche !

***

Spectral et fendant l’éther sur son scooter ultraluminique, le Number d’Argent pensait à tout cela en son dedans, contemplant gravement la boule bleue sur laquelle il s’apprêtait à fondre, calculant avec son hypermental l’angle de rentrée dans l’atmosphère afin d’atterrir en douceur dans la vallée de l’Indre… les toits ardoisés d’un manoir cossu se discernaient déjà et le regard las[3] du Number d’Argent distingua soudain les goudronefs de la compagnie…

Le sort du monde allait se décider lors de ce raout des troupes déconniques[4] … brrrrr…

***

Et toc : j’ai casé presque tous les sujets de billet suggérés dans la papote précédente : CLIC.

E la nave va..

  1. Le 5 novembre, cette année. []
  2. Dieu nunuche par excellence, auquel je consacrerai un billet Ici rapidou sinon Ginkoland me fera du mal. []
  3. Bien que super perçant. []
  4. Qui se tiendra pendant la fête des morts dans un château hanté abondamment garni de guéridons, ça va de soi. []
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Hope for Happiness

Près de Tournon d'Agenais - Photo © Nono - Tritouillage © Cyp Luraghi 2010

Ça rigole plus : le monde est dans la rue à battre le pavé dans la bruinasse. Pourtant la calorie se conserve au chaud du clos logis par les temps qui courent, où on se les pèle en métropole.

Rien que ceux-là. Sans parler de ceux qui même le cul collé au poêle à mazout s’emmerdent à cent sous de l’heure − et encore : allez trouver cent sous de nos jours, où la jeunesse turbine à l’œil en stage pendant des mois et des années, pour plus tard travailler plus longtemps à cause de l’espérance de vie qui verdoie et de la thune qui merdoie.

Pas de quoi se marrer : tout est moche partout en France, sans déconner. D’ailleurs la déconnologie, c’est fini. La tristologie est de rigueur parce que justement : la Rigueur est de sortie et que ça va chier encore pire que depuis les trente cinq dernières années de crise qu’on se farcit. On n’a rien vu, je vous dis : le pire est à venir.

Parce que la propagande nous fait gober tout ce qu’elle veut : que les juifs-émissaires de la Zone − gitans et musulmans  − égorgent nos fils et nos compagnes, sauf que le péril est jaune comme l’Orient est rouge. C’est pas marrant et carrément flippant : les Chinois à Paris, bientôt… voilà ce qui nous attend avec le gouvernement actuel : quinze heures de boulot avec le chef qui vous postillonne dans la gueule six jours par semaine pendant cinquante ans, sinon pas de retraite. Et fini les congés payés : il faudra rembourser aux actionnaires du royaume la dette monstrueuse causée par le Front Populaire et ses foutus accords de Matignon.

Il y aura encore des décennies de crise; des siècles de Crise avec un grand C qui n’en finira plus d’engraisser à vos dépens. Pas de quoi se réjouir en vérité.

C’est pourquoi j’ai pris les devants en laissant pénétrer une paire de Témoins de Couinovah dans la Maison de l’Horreur l’autre matin[1] et de les inviter à disserter de la tristesse universelle et à leur ouvrir mon cœur à propos des tourments qui me triturent la tripe alors que la Force Déconnique m’a laissé tomber comme une vieille chaussette. Comme le Témoin de gauche me proposait une ristourne d’un tiers sur la cotisation annuelle : j’ai craqué. Soixante six balles je peux; mais pas cent.

C’est sympa chez les tristosses : on couine en se faisant la compète de celui qui tirera la tronche la plus longue. Comme un concours de bites mais en plus soft. Tout est doux chez Couinovah : ouatiné comme un nimbostratus de crachin. On se les pèle pas mal dans leurs temples ouverts à tous les vents, mais pas plus que dans une manif; on s’y tient au chaud tous ensemble tout pareil.

***

[rive nord, cinq heures moins vingt : un kondukator assoupi sur son clavier est secoué par une décharge nerveuse; son petit cœur fait boum, boum : encore cette saloperie d’horloge de la gazinière qui fait ting-ting quand ça lui chante; après s’être ébroué et avoir poussé son gluttement rauque, il appuie négligemment sur la touche « publier » de son billet et hop.]

***

Ce billet-express a été inspiré par un com de Homère sous le billet précédent, suivi d’une longue papote super sérieuse alors que j’écoutais « Hope for happiness »[2] de Soft Machine à fond à l’atelier.

E la nave va…

 

  1. Vers quatorze heures douze, plus précisément… []
  2. Là :  CLIC  []
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ACIDE GRAS

Plaque de générateur électrique diesel Franco Tosi - Photo de Sambucus © 2010 Cyp Luraghi pour le tritouillage - Musée des vieilles mécaniques de Cazals (Lot)

Non seulement il n’y en a qu’un fond de carter, mais elle est cradingue et poisseuse comme du brut. Elle ne lubrifie plus rien et elle pue.

La machine vibrionne et du dedans de sa masse métallique s’entendent maints cliquètements, et ça y grince des dents à qui mieux mieux. C’est l’enfer : ça goudronne et calamine contre les parois brûlantes, déformées par la pression. Et au milieu de tout ça le carburant humain se consumant, projeté avec force par les injecteurs dans cette chambre de combustion qu’est notre monde fou.

Un monde avec un vieux fond d’huile cramée en guide d’onguent et de baume émollient : la belle affaire… le plan arnaque sur toute la ligne. Après le Décervelage, le Surenculage. Que des sociétés sans huile dans le moteur, depuis l’aube des clans. Rien que pétarade et ratés, fumée âcre et noirâtre, suie grasse et poussier.

Allez faire frire des patates sans gras dans une poêle : impossible et dégueulasse. Carbonisées dessous et demi-crues sur le dessus. Le gras, c’est la vie. C’est pour ça qu’ils veulent un peuple qui meure en bonne santé, au Palais. Alors ils le font trimer dur pour qu’il maigrisse dur, le populaire. Et ils le font trimer jusqu’à la dernière extrémité : extrême onction pour tous en finale et à la graisse de palme hydrogénée produite par des esclaves dans les plantations des multinationales de l’Empire. Vendue en promo chez les bradeurs de boustiffe au personnel hâve payé au lance-pierres − avec horaires aménagés ça va de soi.

C’est naturel qu’ils disent : l’acide et les plaies dessous et le doux épiderme huileux dessus : comme dans la vinaigrette. Pas question d’émulsion : la mayonnaise, c’est communiste !

Ah putain : c’est beau, le progrès. Con de dieu, que c’est chouette. C’est pour ça que c’est pas près de s’arrêter : on n’arrête pas le progrès. Propulsé par une machine de 280 tonnes[1] il se trémousse en ravageant les petites fleurs sur son passage. Elle n’en a rien à foutre des fleurettes, la machine : elle surencule le monde et ça lui suffit bien.

C’est son seul et unique but. Elle garde le cap, imperturbable, en bouffant tout pour recracher sa pestilence à l’entour.

Quel cap, déjà ?

[roulage de clope et cassage de noix dans la cambuse de la maison de l’Horreur]

E la nave va…

 

  1. C’est le poids de la génératrice Franco Tosi dont la plaque d’entretien illustre ce billet. []
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SUJET ANIMALIER

Autoportrait au lucane © Pierre Auclerc 2010Ras le cul des humains : six milliards de sales bêtes à becqueter, c’est le seul intérêt qu’ils présentent à nos yeux, et encore : on a connu plus tendre. Et puis c’est filandreux.

Mou dehors et dur dedans : le monde à l’envers. Ça a l’air bénin vu de l’extérieur, mais quand on gratte un peu c’est mauvais comme tout.

Autant continuer à bouffer des souches mortes; à mastiquer la vieille fibre ligneuse tranquillement on perd moins son temps qu’à s’attaquer à l’espèce humaine. Quelle saloperie, les gens. Aucun savoir-vivre, et ne parlons même pas du vivre-ensemble dont ils nous rebattent les oreilles : aussi creux que leurs os une fois correctement nettoyés. Du blabla : ils en connaissent un rayon sur le sujet.

Ils n’ont pas de saison particulière pour se pincer la gueule : hors-rut ils continuent et pour des riens : leurs motifs d’affrontements sont pour nous un grand mystère. Même les femelles se battent tout le temps, c’est extraordinaire.

Ils se bouffent entre eux et pourtant ils sont très communs, voire envahissants. Leur espèce n’est pas protégée et on peut la considérer nuisible. Ils prolifèrent sous tous les climats : certains y parviennent jusqu’en Sibérie, bien que le taux de natalité de cette engeance y soit fort réduit : le froid n’incite guère à la gaudriole − ingrédient nécessaire à la reproduction.

Restons saproxylophages : la carne humaine ou autre ne nous conviendra jamais. Ne prêtez pas foi à ces doctrines fumeuses propagées par certains d’entre nous, prétendant que l’éradication par manducation de l’espèce nous parera uniquement de ses qualités : seuls les Papous et les chrétiens[1] croient à ce genre de conneries.

***

Malheureusement, la voix de la sagesse est rarement entendue. En retournant mastiquer ma souche, je savais bien que mon discours n’avait servi à rien : les jeunes, c’est plein d’hormones et ça n’en fait qu’à sa tête. Derrière moi, sous le gros érable, ça ferraillait dur des mandibules en bande compacte, mâles et femelles dans un concert de cliquetis de chitine. L’effet de l’été indien sûrement, ou le vent d’autan, ou les deux. Ou − mais je n’ose pas y songer − les sirènes de la propagande des faux-prophètes…

Pensez-donc : ils leur promettent le chauffage en hiver au pied des souches, l’eau chaude au robinet et la sécurité sociale, ces enflures.

[broute, broute]

Sur une idée de Homère dans les coms du billet précédent.

E la nave va…

 

  1. Deux variétés de cette race étrange. []
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ÇA Y VA !

Illustration © Pierre Auclerc - 2010

Fini le schlak du couperet, mais pas le sadisme basal de Quiconque − citoyen du pays de France, quelque part dans le vaste univers − : ayant parcouru la presse du cru in extenso ces derniers jours, je me suis rendu compte que sur des sujets de société bien précis, toutes les tendances politiques se rejoignaient.

Sur Bertrand Cantat, Frédéric Mitterrand et Roman Polanski par exemple c’est très flagrant : les trois bons quarts[1] des commentateurs des articles y faisant référence dans un torchon internétique populiste de gauche tel que Rue89 (dm)[2] disent exactement la même chose que les journalistes de Novopress, merde brune garantie sur facture.

À défaut de peine capitale, on souhaite ardemment l’arrachage de couilles et l’emmurement à vie, ce qui n’est pas mieux. Ou la camisole chimique… enfin : des trucs bien dégueus et parfaitement légaux qui satisfont aux critères des normalisateurs les plus tatillons de cette démocratie libérale avancée,[3] voire blette.

Ça veut que Papon crève dans le béton carcéral comme les prisonniers d’Action Directe : c’est ça que ça réclame à cor et à cris, le Quiconque qu’on croise sur les forums, au troquet ou au boulot.

C’est pas mon genre que celui de Quiconque, autant le dire tout de suite. J’aime lâcher la grappe, en toutes circonstances. L’acharnement n’est pas mon fort; je ne déteste rien tant que voir souffrir les autres. Même les criminels en série et les bourreaux d’enfants; oui.

Tant qu’on est dangereux pour le monde, il faut tenir à l’écart, pas la peine d’en rajouter. Sinon on n’est pas civilisés. Ils sont où, les humanistes de service, sur ce coup ? Ils ne forment pas foule. Pas plus aujourd’hui qu’hier. Et ça se moque des rites barbares des primitifs, encore, et sans vergogne.

On ne peut plus voir tuer à la messe rouge[4] , pas plus qu’on ne voit ce qui se passe dans les cachots de la République : le Quiconque se contente de juter sur la souffrance en lisant les magazines et en déléguant le soin aux exécuteurs des hautes œuvres actuels − matons, toubibs et compagnie − d’en faire chier un max à l’objet de la vindicte populaire jusqu’à ce qu’il crève. Lentement.

La mort lente, le bannissement, l’interdiction faite d’exercer son art : toutes peines inquisitoriales, reprises en chœur par les chantres de la liberté, ne jurant que par les Lumières. Débarrassés de la peine de mort − plombante comme une estocade de corrida − on se concentre désormais sur les préliminaires : il faut qu’ils soient interminables et lancinants à souhait, histoire de s’en coller plein la vue afin d’alimenter les gazettes et les conversations.

Fort heureusement je vis loin de toute cette agitation dont seuls quelques faibles échos me parviennent en lisant les titres de journaux : ne pouvant rien changer à cet état de fait, je me contente de signer de temps à autre une pétition pour la libération des prisonniers d’AD − que je peux pas blairer − de constater la veulerie de Frédéric Mitterrand au ministère, de mater de temps à autre un bon Polanski et de me passer un vieux Noir Désir quand ça me chante à l’atelier.

Rien à branler de ce Quiconque qui pue du cul. Je lui pète au nez. De joie.

 

  1. J’exagère, comme d’hab’… []
  2. De merde ou des mormons. []
  3. Si chère à l’immonde Giscard, sous son règne. []
  4. L’aube des guillotinés, cf : http://guillotine.voila.net/Palmares.html []
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