Archives par mois : août 2010

Petit commerce

Gujarat - Inde - 1993 - Image et animation © Cyprien LuraghiCes deux-là, je les ai rencontrés à Girnar, près de Junagâdh, tout à l’ouest de l’Inde… un grand pèlerinage jaïn[1] où les hindouistes se rendent en masse aussi, car tout est bon à prendre dès lors qu’il s’agit de s’approcher du divin qui remédie à tous les maux possibles dont nous sommes affligés : bandaison molle, scrofules, découvert bancaire béant, fuite de conjoint…

Ces deux-là ne s’en cachaient pas : c’est avec beaucoup d’humour qu’ils faisaient leur petit numéro de maître à la Panoramix et de disciple soumis ; ça marche à tous les coups : le pèlerin remplit ainsi leur escarcelle car il n’attend de ce duo que l’immuable rituel réglé comme du papier à musique depuis la nuit des temps : je jette ma piécette et l’intercesseur des puissances occultes me gratifie d’une bénédiction.

***

N’allez pas croire que c’est plus stupide que dans les démocraties modernes et laïques : le schéma y est strictement identique.

La seule différence, c’est qu’au lieu de jeter sa roupie aux anachorètes maigrichons, on fourre des petites enveloppes dans la fente des troncs républicains, lors des grands pèlerinages électoraux.

E la nave va…

 

  1. se prononce « djahine ». []
Publié dans Billet Express, Binosophie, Déconnologie, Humain, Inde, Pilotique | Mots-clefs : , , , , , , , | 692 commentaires

ICI L’ICI

Illustration © Pierre Auclerc animée par Cyp - 2010Bip Bip : retour en ligne après panne, L’ici-Blog.

Je m’apprêtais à pondre un nouveau billet hier soir quand pouf : plus rien. Vers onze heures ça s’est mis à ramer grave et passé une heure du mat’ : couic.

Sans doute une panne sur les gros équipements, quelque part dans un bunker climatisé en région parisienne… là où se trouve notre petit serveur, parmi des milliers d’autres.

Or donc mon billet est resté en plan et comme le précédent a dépassé le seuil fatidique des 600 commentaires, il ne me reste plus qu’à trouver le sujet de celui-ci. Facile à dire…

***

Un billet sur comment je fais ce billet, tiens…

Pierre Auclerc, qui illustre de plus en plus fréquemment l’Ici, est passé hier avec sa clé USB et un grand sac : il récupère mes boîtes de gazouse pour en faire des sculptures. Pratique. Et pour lui et pour moi. On papote un brin, le temps de décharger ses nouvelles illustrations sur la grosse machine de l’atelier et de remplir son sac.

Après son départ, je bosse : deux machines à la fois, comme toujours. Et en bossant dans le bruit des ventilos je pense au billet. Toujours penser au billet, d’un bout à l’autre de l’année, chaque jour.

Là, il y avait ce cendrier népalais en terre cuite, que Pierre avait photographié l’autre jour. Celui de la petite table de travail, accolée à la devanture. Un truc à trois roupies acheté il y a très longtemps à un petit potier de Katmandou. Son repose-clope s’est brisé quand j’ai déménagé de Paris vers le Lot en 85.

Positif, négatif. Je cale les deux images de Pierre sur le logiciel de retouche d’images − Gimp − et j’en fais une petite animation. Trois secondes d’intervalle, 500 pixels de large. C’est prêt.

Et là couic : la panne.

Du coup je me retrouve comme une nouille avec mon cendrier clignotant et je ne sais plus quoi en dire. Hier soir j’avais l’idée mais elle s’est envolée, là.

Aucune importance : l’Ici-Blog n’a pas plus d’importance que ce vieux cendrier au repose-clope brisé à trois roupies.

Deux nouveaux ordinateurs à réparer sont sur les tables de travail derrière moi…  e la nave va.

 

Publié dans Billet Express, Fabrication, Humain | Mots-clefs : , , , , , , , , | 818 commentaires

Les lauriers dans la poire

Léopardo - fétiche tharu - Népal - photo © Cyp Luraghi - lauriers du jardin d'Annie - 2010La Déconnologie Pilotique avance à toute berzingue sur l’internet et sillonne les routes goudronnées sans relâche avec sa flottille de chars à pneus : les uns vont chez les autres rien que pour se faire la bisouille bavoteuse et constater une fois de plus que derrière les écrans on est pareils que les pieds sous la table et les yeux dans les yeux. Bien et bons vivants ; dans le jus.

C’est ça, le truc : tous autant qu’on est, il n’existe pas le moindre décalage entre ce que nous écrivons sur les forums et nos personnalités réelles. C’est pas le cas de la majorité des autres blogueurs, engoncés dans une panoplie en fer blanc couinant aux entournures, ce qui engendre forcément chez ces gens-là une fracture intérieure les entraînant invariablement vers les abysses de la paranoïa.

Nous, on rit. Eux, ils flippent ; sur ci et ça et bien plus encore : ils ont la peur aux trousses et se chient dans les chausses en montrant les dents.

***

Léopardo, fétiche animiste népalais en bois peint, n’a pas plus la gueule dans sa poche que chacun d’entre nous : il ne mâche pas ses mots : il les rugit, les feule, les éclate, les brasse et les déride. Il ne se contente pas de moyens ou petits mots : il lui en faut des gros, des gras et des dodus.

Des qui zigouillent la paranoïa qui règne en vile maîtresse sur les esprits bifides depuis quelques trop longs lustres. Parce que la paranoïa est l’ennemie jurée du bel et bon art de vivre des grands singes debout.

Toutes les phobies actuelles qui peuplent les unes des journaux, sont des émanations de cette paranoïa : les fumisto-fascistes se frottent les paumes.

Sauf qu’on les aura par la rigolade et la beuglante, non mais !

***

Je ne suis pas le seul à penser ça… c’est pourquoi je recopie un petit extrait d’un bouquin de François Roustang − Comment faire rire un paranoïaque (Éditions Odile Jacob – Poches – 2000 ) qui écrit ça très bien :

 

Nous sommes tous des paranoïaques en herbe qui se soutiennent tous du ressentiment ou de l’attente, exaspérés d’une reconnaissance et d’un pouvoir, à moins que nous soyons déjà des paranoïaques exercés qui jouent du fouet dans le minable royaume qu’ils ont réussi à se forger. Dans ces conditions, si nous voulons nous soigner et aller à la racine du mal, il faut soigner le paranoïaque en nous.

Mais comment ? Par le rire. Mais de quel rire s’agit-il, il y en a tant de sortes ? Évidemment le rire en soi. Mais pourquoi serait-il une médecine ? Il pèse si lourd dans sa légèreté qu’il approche tout ce qui se meut pour en accentuer les contours, qu’il se coule dans nos réalités pour en animer toutes les parts, qu’il fortifie ce qui est faible et réduit la prétention.

Il ne juge pas, il n’impose rien et se contente d’épouser ce qui est,en espérant le transformer peu à peu. Avec la paranoïa on avait tout le pire, avec le rire de soi tout le meilleur : la distance dans la proximité, la tolérance par le réalisme, la finitude dans le désespoir, l’horreur avec l’humanité, et aussi l’incertitude qui aiguise l’attention, les hasards de l’étonnement, et la vie et la mort.

Car le rire de soi ne possède rien, ne capte rien, ne s’affole de rien : il considère et s’amuse.

E la nave va…

 

Publié dans Billet Express, Déconnologie, Pilotique | Mots-clefs : , , , , , , , | 681 commentaires

Régulez bolides !

Illustration © Pierre Auclerc - 2010Allez hop, les petits bolides : on avance à allure modérée, patte après patte en tâtonnant bien, des fois qu’un nid de voleurs de poules se trouverait sur votre chemin.

Pas un mot plus haut que l’autre : faut que ça s’écoule bien fluide par tous les orifices ; pas de fuligineux : tout doit être clair comme de l’eau de roche jusque sous le capot-moteur.

C’est la modernité : carapace opaque et caméra intérieure en prise directe sur les antennes émettrices. L’illusion ultime.

Sous la chitine, le vide.

La transparence fait le bon citoyen dans un régime fumisto-fasciste[1] tel que celui de la France actuelle.

Un monde de taiseux rapportant tout sur eux et les voleurs de poules, bien gentiment aux autorités compétentes.

Un monde de laborieux bousiers opiniâtres travaillant plus et plus encore dans je ne sais quel but. Eux, ils savent.[2]

Ils n’en démordent pas, les petits bolides : le vent qui pousse au cul les grise et excite leurs circuits comme des amphétamines.

***

Au royaume du père Ubu, il ne faut pas chercher à comprendre… pourtant ça me titille, tout ça…

Je repense à Eva Joly à la radio, l’an dernier : elle m’avait bien fait rigoler en parlant des Suédois confits de sens civique : tout juste s’ils ne sortent pas leur mètre à ruban pour vérifier s’ils sont bien à distance réglementaire des autres bagnoles sur le parking, qu’elle disait. Alors si Eva Joly le dit, tout n’est pas perdu.

E la nave va…

 

  1. © Numerosix  []
  2. Voir le billet précédent []
Publié dans Billet Express, Déconnologie, Pilotique | Mots-clefs : , , , , , , , , , , | 704 commentaires

J’adore pas

Temple jaïn - Mandu - Inde - 1998 © Cyprien Luraghi

 

Il y en a qui adorent… moi pas.

Normal : je n’attends rien de rien.

D’autres si, qui tentent par tous les moyens de se relier à je ne sais pas quoi.

Eux, ils savent.

Pas moi.

Ils ont des lumières pour éclairer leur nuit.

Les yeux fermés j’écris du bout des doigts

Ça me va bien comme ça

De tâter la matière plastique

Et tapoter dessus

Naviguer

Au bon gré

Des octets.

Clic.

*

 

E la nave va… 

Publié dans Billet Express, Binosophie, Inde, Tout court | Mots-clefs : , , , | 678 commentaires
Aller à la barre d’outils