Archives par mois : mai 2010

Sacré Cul

Illustration © Pierre Auclerc 2010La première chose qui frappe le voyageur : ils exhibent un homme sanguinolent à demi-nu sur des poteaux à leurs carrefours, sans vergogne.

Chez eux ça ne choque personne ; tout le monde ou quasi comme pense que c’est normal ; c’est admis. Mais pas les films de boules à la télévision à cause des petits enfants. Les meurtres en série aux heures de grande écoute oui, par contre : l’apologie de la violence criminelle est constitutionnelle de leur fruste culture aborigène.

Ils sont très fiers de leurs racines tordues, les louangeurs du prophète cloué en slip .

Des résidus de l’empire romain ils ont raclé le pire : la violence d’état ; le culte du sang versé pour étancher la sordide  pépie populacière. Et ils y ont rajouté la contrainte des sexes. Pas idiot : tu serres le kiki des gens et ils banderont et mouilleront pour toi, et empliront ton escarcelle. C’est ainsi qu’ils tiennent leurs fidèles : par les organes.

Ce sexe de leur prophète cadavérique, dont on devine aisément la forme sous le linge ; et puis ces pâmoisons orgastiques de leurs saintes martyres embrochées par des taureaux démontés : cela seulement émeut et meut leur nature et suscite leur rut.1

Tant qu’à faire ils auraient eu mieux fait de rester carrément romains, je trouve. On n’aurait pas sous nos yeux innocents ces icônes pornographiques de tous ces martyrs et ces pénitents exhibés dans la sanie des siècles. Ces célicoles bandulatoires et ces pucelles ahanantes.

Leur bon dieu est malin, leur dieu est le malin ; tantôt nunuchon loukoum suave et de gros tantinets maquereau libidineux, patron de bar à putes exotiques amoral et cruel ; pas facile de s’y retrouver dans cet embrouillamini de contredites.

Enfin : le voyageur doit s’attendre à croiser d’étranges us occasionnant au populations locales d’affligeantes tribulations. Sinon il reste chez lui et n’est pas un voyageur. Le voyageur peut même s’essayer aux mœurs brutales de ces rustauds christophiles, histoire de ne pas mourir idiot.

Mais la fréquentation des créatures de sacristies, ça va bien un temps : le boudin à tous les repas et par tous les orifices, non merci.

***

[décollage de soucoupe volante en direction d’Alpha Centauri dans le lointain ; fumôt de soupe aux choux]

 

  1. Voix off de Frédéric Mitterrand. []
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Ce soir ondine chez माया

Autoscan © Nono (Nono) 2010Boules et boulets rouges pour tous : c’est grand anniversaire. Bouddha a 2553 ans et Liger 47, déjà. Bravo à eux : longue vie, bonheur, prospérité, plein de pépètes et de pesetes et que leur santé pète de joie jusqu’à perpète !

Encore que Bouddha s’en bat l’œil et la paupière de toutes ces choses, qui ne sont que mâyâ : illusion, pâle reflet d’ersatz de semblant de réalité.1

Par exemple : l’Asie méridionale et du sud-est attend la mousson en tirant la langue sous le cagnard implacable et dans l’atroce poussière du Nuage Brun, et les météorologues sont aussi écoutés et révérés que les aruspices romains.

Il va pleuvoir des cordes à tel point qu’on pourra les tresser, et ces cordes dressées comme les vertes tiges du riz nous empliront la panse du suc de la vie.

Qu’on dit.

Nous escaladerons les degrés du vaste ciel en nous hissant à mains nues sur ce filin doré. Propulsés de la glèbe desséchée au sommet de l’échelle sociale. Nous gagnerons des milles et des cents. Nous dînerons aux chandelles en tête à tête avec la grande déesse. Toutes les étoiles du show-business seront présentes au banquet…

Mâyâ tout ça. Rien de réel : la terre est basse et il faut la sarcler encore et encore pour pouvoir becqueter sans jamais atteindre la satiété : c’est donc ça, la réalité… Mais non : le mal au dos, les articulations qui craquent, tout ça c’est du bidon. Le bidonville aussi est bidon, tout comme les stages de l’Agence du Travail Obligatoire.

Il n’y a pas d’eau et on espère, pas plus qu’il n’y a de travail pour tous alors on fait semblant : la paysan indien suce un caillou pour tromper sa soif et le serf occidental sous contrat précaire fait le beau dans les antichambres de la morne mouise.

Mâya tout ça : माया je vous dis.

Une seule solution à cet imbroglio : faire comme si de rien n’était.

Essayez :

faire
comme
si
de
rien
n’était.

Fastoche !

 

  1. N’étant ni bouddhiste ni bouddhologue, pardonnez mon imprécision. []
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Décagoulé !

Autoportrait © Pierre Auclerc - 2010

J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour le sous-commandant Marcos pour des raisons diverses et variées et bien au-delà d’un certain romantisme révolutionnaire.

Je pense qu’il n’y a jamais eu un autre homme qui a su comme lui toucher du doigt avec autant de vérité, d’exactitude, toute l’absurdité et la violence inouïe de notre monde devenu résolument moderne, globalisé et sans âme.

L’âme justement.

S’il y a bien une chose qui marque dans son œuvre c’est bien l’absence d’une idéologie qui prendrait le pas sur l’humain. Dans son combat au sein de L’EZLN même si la reconnaissance d’un peuple a été le point d’orgue qui a marqué les années de lutte armée, ça a toujours été autour de l’homme, de sa légitime identité et de sa place dans le monde.

Plus qu’une doctrine Marcos nous a offert des outils, des outils pour l’émancipation et bien plus de questions que de réponses. Reste à chacun de s’en emparer, de le développer à sa façon et de passer le relais.

Au fond s’il en est un qui est de plain-pied dans monde moderne réel, c’est bien lui.

Et qui est « lui » ?

Ben personne, tout le monde, on ne sait pas justement et c’est bien le but. Marcos c’est moi, c’est toi.

Nous sommes tous des Marcos en puissance.

Marcos déconnologue ?

Ah ça c’est une opinion personnelle mais dans toutes ses contributions, la vie et l’humour sont toujours présents et avec une subtilité que j’admire.

Des exemples avec les références à Don Quichotte pour son livre « Don Durito de la forêt Lacandone ».

***

Extrait :

« Surnommé le « Sup », l’écuyer et le scribe de Don Durito de la Lacandone a, selon la description du chevalier errant, un grand nez. Parmi d’autres adjectifs dont la mention est inutile, il est pâle et émacié. Il dit s’appeler Marcos Montes de la Selva, être né au matin d’un jour d’août 1984 et être le fils de Don Antonio et de Dona Juana.

Durito est un scarabée, qui est né en décembre 1985 dans la forêt Lacandone située au Sud-Est d’un pays appelé le Mexique. Nul ne le connaît sous son nom de famille « Nabuchodonosor », par crainte de la PGR1 Durito est son nom de guérillero et de chevalier errant, ce qui revient au même sous ces latitudes.

Ennemi acharné du néolibéralisme. « Tour à tour détective, analyste politique, chevalier errant et épistolier… »

Auteur de Contes pour une nuit d’asphyxie et de Contes pour une solitude insomniaque, écrits pour soulager son cœur oppressé par l’inconnu.

Ou alors un « Un pingouin dans la forêt Lacandone ».

Initialement c’est ce texte que je voulais présenter et je me suis un peu dispersé… alors du coup le voilà : il suffit de cliquer sur la page 2, un peu plus bas…

 

ginkoland

 

  1. Parquet général de la République (PGR), l’équivalent au Mexique du ministère de la Justice. []
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Tout un plat

Photo tritouillée par Cyp d'un plat de maquereaux préparé par Annie © Luraghi 2010

 

On fait tout un plat de tout ; l’époque veut ça. La polémique bat son plein à grande échelle et s’étale à la une des journaux les plus sérieux. Des morceaux de matières plastiques provoquent des émois planétaires et la façon dont tel ou telle se revêt le corps fait pousser des haut cris comme au temps des croisades.

Je suis sûr que le sang a coulé à propos du dernier combiné téléphonique de poche en vogue ; on s’étripe bien pour des femmes ensachées et des plumes ou autres accessoires ostensiblement plantés dans des parties charnues.

Ça passe son temps à se friter la gueule sur des broutilles, le populo. S’entend : il ne faut plus dire ce mot qui fait tache, mais le peuple, la Nation ; et il est d’usage en ce pays de  compléter ces expressions par française ou français parce que ça la fout bien et ça en colle plein les mirettes de l’Ennemi. Qui est partout et n’attend que la perte de notre proverbiale vigilance pour frapper un grand coup. Au cœur de notre force de dissuasion. Boum. Sirènes des pompiers.

Comme l’Ennemi ne vient pas ou si peu, le peuple français monte le guet et se relaie par quart et finit par virer bredin comme le lieutenant Drogo dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati.

Devenu fou comme un lapin, le peuple français gauchement engoncé dans sa Nation s’entredéchire pour des futilités : le pape par exemple. Aucun intérêt, le pape, si ce n’est qu’il est un excellent combustible pour conversations enflammées. Pareil pour les imams farouches : qu’est-ce que j’en ai à foutre, de ces insignifiants agités ?

Polémique, polémique… qui dit agités dit agitateurs. De peuples. « On régit un grand état comme on fait cuire un petit poisson ». Lao Tseu voyait juste, mais pas nos grands bergers. Bush II avait trop remué la poêle, Adolf tout cramé le poiscaille au chalumeau et des petits Berlus et autres Sarkolas de pacotille s’efforcent à merder lamentablement leur tambouille et ne parviennent qu’à l’insipide surimi au bout du compte.

Le surimi : je suis sûr que le sang a coulé à propos du surimi. Des tas de gens n’ont pas dormi la nuit à cause de la guerre du surimi.

Autant que chez les aficionados et les anti-corrida, les pro et les anti-burgers…

La guerre du surimi n’a pas encore eu lieu ? Qu’à cela ne tienne : lançons-là ! 

[buccins, sang et poussière de cohortes en marche dans le lointain]

 

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Paradoxale doxa

Photo trouvée sur disque dur à la benne - tritouillée par Cyp Luraghi © 2010Une hirondelle ne fait pas le printemps, putain.

C’est à n’y rien comprendre : il en va de ce printemps comme de la physique quantique et de la doxa : on sait que ça existe mais ça s’arrête là.

Plein de mots comme ceux-ci que nous connaissons uniquement pour les avoir fréquentés dans le dictionnaire mais n’excitent aucun influx dans nos ciboulots las d’apprendre des absconseries. Le printemps c’est pareil : la rumeur publique dit qu’il y fait doux. Ne pas se fier à la voix du peuple, pas plus qu’à celle de ses dirigeants qui en sont issus.

Seuls les dirigeants de droit divin sont attitrés. Seulement voilà : non content d’avoir des doutes sur l’existence d’un être supérieur supposé m’avoir créé,1 je suis du genre à ne pas faire confiance aux marchands d’aspirateurs. Dieu frapperait à ma porte que je grommellerai à peine, pas plus en tout cas qu’avec un client pénible. Alors vous pensez bien comment je recevrais le président d’une république.

C’est pour ça que j’ai choisi l’arnarcho-situationnisme. Facile : personne ne sait exactement de quoi il en retourne ; comme ça : peinard. Depuis que je définis comme tel, on me fout la paix. Ça cloue le bec direct :

− Z’êtes quoi, vous ?
− Anarcho-situationniste.
− Ach. C’est de gauche ou de droite ?
− De l’extérieur.

Exit. On passe à autre chose de nettement plus intéressant : l’incroyable impossibilité de cerner le concept du printemps de cette année. Parce que la mémoire du dernier printemps s’est évaporée. Donc du coup on ne sais plus ce que c’est et il faut nous raccrocher à de faibles symboles : les hirondeaux se gèlent les noisettes en criant famine l’air hagard dans leur nid : c’est le printemps. Par exemple.

Répéter vingt fois cette formule le matin et vingt fois de suite tous les jours du mois de mai, selon la méthode de ce brave monsieur Émile et non seulement la vie sera plus belle, mais vous vous foutrez de tout ce qui passe à votre portée et vous serez ainsi mué en anarcho-situationniste.

Vos nombreux et pugnaces adversaires n’y résisteront pas : ils claqueront tout net, la gueule enfarinée et bavant comme limaçons en barrique.

Et le paradoxe ? Justement : c’est de lui et bien d’autres choses que devisaient quelques bons amis sur le fil de discussion du billet précédent, Ici :

CLIQUEZ TRÈS FORT : PAGE LONGUE À CHARGER

***

Ce billet est dédié au bienheureux Émile Coué et à tous les joyeux déconnologues qui tiennent bon malgré la doxa imbécile − et ô combien incomprise. 

 

 

  1. Sur mes parents déjà j’émets de sérieuses réserves. []
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