Archives par mois : novembre 2009

Tétanique dimanche

Avec la complicité de Noémie et Shanti - © Cyprien Luraghi 2009On voit de ces choses… tous les jours c’est pareil : des faits divers et avariés, à gaver. Toujours le même train-train d’enfer qui ne s’arrête à nulle gare ; c’est l’actualité. Des gens meurent à deux pas de notre assiette et d’autres empochent des gros lots en souriant aux caméras.

Sur l’internet, d’aucuns nous montrent leurs culs et leur replis intimes grossièrement pixelisés. Des prophètes y annoncent la fin des temps, pandémies et séismes, et des surrections de plaques tectoniques portant des insurrections de masses humaines…

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Et puis il y a le bouton. Tant qu’il est fourni avec, tout va bien. Il suffit de tourner le bouton et plus rien. C’est facile : je l’ai fait aujourd’hui. J’ignore à peu près tout du vaste monde et un calme impérial règne à la cuisine. Je n’ai pas envie de faire les yeux effarés à la vue du sang qui coule de par le monde. C’est dimanche : trêve et rêvasserie.

J’ouvre un œil et sirote le café au lit. D’abord voir mes amis robots martiens : le malheureux Spirit est ensablé depuis des mois terrestres mais il vit. La sonde Cassini dévoile les drapures ondulées des anneaux de Saturne, imperturbablement.

Direction l’Ici-Blog. Plein de messages. Salut le monde ! Surtout ne pas lire le courrier : c’est dimanche. Une cliente ne sait pas que c’est dimanche : elle téléphone à l’atelier et je décroche et la tance vertement… mais enfin madame : c’est dimanche !

Il ne se passe rien d’autre le dimanche que les retombées du samedi. Le samedi, on s’est excités comme des puces alors on se repose le lendemain en ne tournant pas le bouton. Je fais un petit tour sur Rue89, sans conviction : la colonne des articles du dimanche est comme suspendue : rien ne s’y meut ou quasiment. Les copains s’amusent gentiment à charrier quelques psychorigides et je savoure leurs bons mots. La mordeuse de service est en forme aujourd’hui : pour Béa Ouanne, le dimanche est un jour comme les autres.

Trois points de suspension avant l’ouverture en grand des vannes du lundi…

 

Ce billet est dédié à Hélène Crié-Wiesner et à tous les rienfouteurs béats du dimanche.

 

 

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Au doigt et à l’œil

© Annie Luraghi 2009Ça coûte de bien les dresser, mais le résultat est là qui me fait glousser d’aise. Le vieux coq en moi frétille à l’idée que les Pères défunts puissent apprécier de me voir perpétuer ainsi l’antique tradition qui fit la grandeur de nos civilisations. Puisqu’elles ont toutes en commun d’être tombées d’accord sur le destin et les tâches impartis aux deux sexes.

L’une repasse, l’autre pas. Il se repose de la chasse alors qu’elle s’affaire à des vétilles requérant son instinctive minutie. Nous les laissons chasser la poussière et les moutons, en grands seigneurs.

Jamais elles ne se rebiffent contre la Domination masculine, ou alors on les déporte en Calédonie comme Louise Michel. Elles partent de l’excellent principe qu’elles sont heureuses quand nous sommes heureux et rêvent tout rose.

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Je sais : c’est complètement con. Mais il y a bien plus con : ce qui se passe dans le siècle et qui se lit dans les journaux et fait bouillir les foules. Les sexes qui se font encore et plus que jamais la guerre au lieu de pactiser langoureusement, par exemple. Comme si ça n’avait pas déjà changé en profondeur, comme s’il ne s’était rien passé depuis cent ans au moins. Comme si Shanti allait passer sa vie à repasser à l’imitation de ses aïeules. Tu parles. Annie a fixé la scène parce qu’elle est plus exceptionnelle que l’éruption du Plomb du Cantal. La première et unique fois en dix-spet ans.

Je lis des trucs dans les journaux, parfois, qui me laissent sur le flanc : un mec qui tourne un film anti-mecs. Et cet étrange ultra féministe est menacé par des masculinistes canadiens ; il l’écrit sur son blog. Mettez-vous à ma place : j’ai beau scruter l’horizon puycitien, je ne vois nulle baston intersexes et pas la moindre burqa.

Je me dis que les fous vivent dans un autre monde, où les rouages vont à l’envers et s’entrechoquent en grinçant.

 

Ce billet est dédié à Camille de Rue69, avec un clin d’œil.

 

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La bite et les couilles

Sainte Déconnique - huile électroniquée - collection privée - tritouillage © Cyp Luraghi 2009Sujet intéressant : la transcendance dans la déconne. Comment partir d’une couillasse pas déniaisée adorée par un tiers de la planète aplatie, et s’envoyer en l’air nonobstant ?

Une fois le devant de la burqa relevé, on voit pendouiller le paquet : deux globes tièdes ourlés de doux pelage moutonneux, puis entre eux la descente des corps caverneux comme une trompe éléphantine : un travelo se baladait ainsi en toute impunité en territoire hostile, narguant la foule sous sa coque en tissu épais. C’est la mode qui court les rues de nos cités en ce venteux novembre de l’an 9.

Soudain, c’est un sujet de société ; c’est comme ça mes billets : ça dérape et ça râpe un peu beaucoup, passionnément.

Sainte Déconnique priez pour nous…

Nous aussi on a nos martyrs, nos héros et même des vierges bandantes ; et des beaux saints mecs idem-équivalents pour les nanas itou ; y a pas de raison : on se partage tout en ne respectant rien ou peu ou prou ; ça dépend qui et quoi, quand et comment. Même la gueule dans le seau on se fait un devoir de dévot de se dérider coûte que coûte.

Nous aussi on a des rituels magiques et des tactiques pour atteindre la pâmoison paradisiaque : la répétition frénétique de grosses blagues débiles nous fout dans tous les états : au trente-sixième dessus nous tombons nos dessous et montrons nos culs aux pompeux pontifiants.

Nous aussi on a nos bûchers : on se chauffe au vieux con sec abattu au boulet rouge et à la bite blette aux roustons fripés récoltés à la serpette. On les allume à petit feu histoire de faire durer le plaisir.

Saint Glé, faites quelque chose…

Nous aussi on a nos petits secrets, à l’Église de Déconnologie : nul d’entre nous ne dira pourquoi notre sainte patronne ne se déplace jamais sans sa triple auréole, et pourquoi trois. On ne sait même pas si c’est un saint ou une sainte, sous son gros voile.

Vous savez pourquoi tout ça, vous ?

 

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Fraternité grimaçante

Mr. Said Husain, magicien à Belur, Inde - © Cyp Luraghi 1993Souvent je pense à monsieur Saïd Husain, prestidigitateur-grimaçologue dans un patelin perdu au centre de l’Inde, quand je vois ce qui se passe autour de nous, où tout n’est que façade et faux-semblants.

Les touristes de passage s’amusent un brin à ses mimiques et lui jettent des piécettes.

Monsieur Husain est un homme très profond cependant : il ne faut pas se fier aux apparences ; les siens lui vouent le respect dû à un sage et c’est bien mérité. Après son petit numéro, je l’invitais à boire un thé, toujours, et nous fumions bidî sur bidî pendant des heures à philosopher sur les gens et la vie. Après tout, nous faisons un peu le même métier : distraire le badaud.

Les gens : c’est notre truc. Comment ils nous perçoivent uniquement en fonction de ce qu’ils entrevoient de nous : notre couche d’épiderme frappant leurs rétines importe plus que l’invisible et le dedans. Une fraternité unit de par le monde tous les grimaçologues : le monde peut bien se foutre de nos poires, nous rendons la pareille avec art et application et si pour se débarrasser de nous autres gêneurs, ils se délestent la conscience en nous lançant des cacahuètes, ils n’obtiennent de nous en retour que clopinettes : nous vivons, exclusifs, dans notre monde à nous, peu partageurs.

Les autres pensent être au spectacle en nous voyant, mais ils se trompent : nous sommes aux premières loges, dos et culs bien calés dans le velours. Le spectacle est partout, nous savons ça très bien, alors que le badaud n’interrompt sa morne flânerie qu’à des endroits précis où se concentre le Spectacle : salles polyvalentes et scènes diverses, estrades à politiciens, voire dans la rue ou sur des bancs. Mais pas n’importe où, comme nous les inconvenants, qui montrons nos faces tordues aux impassibles passants de glace et de béton.

« À vot’ bon cœur, m’sieurs-dames ! »

Mais ils n’ont pas de cœur, nous savons ça aussi. C’est juste une manière de dire.

 

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Roger Velu s’en va-t-en guerre

Image © Sambucus 2009 - tritouillée par Cyp Luraghi« Une « bonne »guerre et ça ira mieux ; c’est un truc que j’entends de plus en plus souvent… et pas forcément sur le ton de la plaisanterie. Est-ce à dire qu’il y a de plus en plus de cons… Ça craint ! »
Al Nasr dans la discussion d’hier.

 

Bien sûr : les cons croissant au même rythme que le reste de la population, nous sommes mal barrés ; il va falloir s’organiser rapidement sinon foutu. Car ils sont non seulement la majorité, mais les tenants et les aboutissants de nos sociétés. Nous ne sommes rien face à ce flot ronflant de cons s’enflant.

J’ai toujours pensé que la normalité, c’est la folie : ainsi il est normal de faire la guerre, voyez vous. C’est normal parce que lié à notre animalité même : l’instinct de territoire et l’estomac vide, le plan sempiternel que nous trimbalons probablement gravé au tréfonds de nos gênes.

Pourtant rien de plus fou que faire la guerre, tout le monde en convient bien, fors les cons. Et encore : le con de base n’aime la guerre que sur un écran ; devant un micro ou s’il est sondé par des esclaves téléphoniques, il jurera ses grands dieux qu’il n’aime rien de mieux que la paix, dont il ignore tout, puisqu’il passe sa vie à subir sans se battre et que ça l’agite de secousses nerveuses. Roger Velu combat sa peur avec des gélules bicolores. Il compte ses gouttes comme d’autres leurs cartouches et dompte sa frayeur ennemie en saignant tant il rase les murs crépis rêche.

Tout est axé sur la guerre pour le Roger Velu occidental et comme il n’en a pas à portée,  il s’en fabrique dans sa petite tête. À la télévision il s’éclate en matant les corps basanés atrocement mutilés couverts de mouches dans les conflits lointains comme not’ Ben85 devant son match de foot, et s’étripe sur les forums de la presse-internet dans les fils de discussion traitant du conflit proche-oriental, dont les articles sortent d’ordinaire avant le weekend, augurant pour le déconnologue de bien joyeux moments de lecture.

Car le déconnologue ne va pas t-en-guerre. Il fait quelques tours d’auto-tamponneuses avec ses potes et s’achève en gros pogo. En ce faisant il réduit le Roger Velu géant à néant et arrête son char.

Net.

 

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