Archives par mois : octobre 2009

Pampa lotoise

Illustration © Pierre Auclerc 2009Évidemment, tout le monde ici sait très bien que ce n’est pas la pampa, mais c’est comme ça que disent ceux qui nichent dans les bois, sur la rive nord. J’en fus et puis je suis descendu dans la basse vallée avec la petite famille il y a cinq ans de ça ; bientôt six.

Dès que tu es paumé au loin, c’est la pampa ici. La nôtre était touffue, intime, secrète ; à dix kilomètres à peine de Puycity et de ses terres limoneuses où pousse la vinasse, de frustes aborigènes décortiqueurs de châtaignes et héritiers directs de Cro Magnon, mâtinés du sang des envahisseurs successifs, − Romains, Wisigoths et Anglois − s’épanouissent sur les coteaux de molasses érodées.

Le département du Lot n’existe que par décret républicain ; un petit bout de Périgord au nord, des plateaux blancs au Midi, peuplés de sauvages secs gobeurs de mûres et de pruneaux et croqueurs de brebis, et la vallée avec ses dynasties de notables pinardiers, ventripotents et consanguins. Et puis Cahors et ses usuriers lombards, les Cahorsins que Dante colle en Enfer dans sa Divine Comédie.

Mais je suis aveugle aux divisions administratives : il y a simplement ce pays où tout se côtoie et s’agrège et dans lequel je prends plaisir à vivre depuis le quart d’un siècle ; parce qu’il faut bien le dire et l’admettre : j’ai vu largement pire, en France. Peu de gens pressés, dans la pampa : tout tourne à gentil train-train et le quart-d’heure y fait bien sa demie, pesée bon poids sur la balance. Il n’est pas coutumier d’être ponctuel sauf pour quelques renégats, indignes résidents trop pressés de mal embrasser la vie, qui le mérite et se déguste en gascon : peinardement.

Autre plaisir que je n’y boude pas : le facho n’y court pas les rues et le nationaliste en est absent. Le travailleur travaillant plus pour gagner plus n’est pas non plus monnaie courante ; et la monnaie tout court nous avons peu, car l’industrie n’y a pas cours. Voilà : le Lotois n’est pas zélé ni industrieux : deux qualités fondamentales à mes yeux pour que je daigne poser mon sac quelque part. Les contrées septentrionales peuplées de stakhanovistes sarkolâtres, j’en ai soupé et n’en veux plus.

D’ailleurs, je pense fermement que faire l’apologie du travail est signe indubitable de trouble mental. Les livres sérieux parlent souvent de la rude vie de nos lointains ancêtres cavernicoles, mais ils mentent. Pareil que pour la vie de chien ; alors que le clébard de base n’en fout pas une rame.

Admirer le soleil caressant la forêt après la saucée dans la pampa lotoise et puis aller pisser un coup dans les buis pour en rajouter, c’est la seule chose qui compte.

 

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Retaper le monde

Roue de Berliet - © Vincent Montagu (Sambucus) 2009Le moteur du monde est grippé : il faut le démonter pièce après pièce et puis le laisser tremper dans l’huile dégrippante ; remonter le tout et procéder à plusieurs essais avant qu’il ne consente enfin à tousser et cracher du pot, signe indubitable de sa santé de fer retrouvée.

Ensuite il faut mettre les mains dans le cambouis et le nettoyer, puis couronner l’ouvrage en oignant le moyeu de graisse fine. Il en va ainsi de nos sociétés humaines quand elles s’épavisent : pour les ravoir il faut les dépiauter jusqu’à l’os, et puis les reconstruire, sinon on n’ira nulle part sur des roulettes, mais péniblement dandinant sur nos deux pattes frêles.

Il en est qui font tourner la mécanique en faisant fi de l’entretien : alors elle casse, comme c’est le cas en ce moment : la Fistule Financière  appelée pudiquement La Crise s’insinue par une infime lézarde au travers du métal épais et le piston se coince ; la roue tourne un temps encore et puis s’immobilise et rouille à cœur.

Quand je pense qu’il y en a qui persistent à croire que ça peut rouler en l’état. Ils se gourent. Et d’autres qui tapent de toutes leurs forces sur la carrosserie morte. Ils la bossèlent et se fatiguent mais finiront le trajet à pied. Tout le monde à pinces, bande de singes !

***

Décortiquer méticuleusement et bien comprendre à quoi sert le moindre des rouages, d’abord. Après trempette antirouille, n’oubliez pas. Faut décrasser et s’en coller plein les pattes de dégueulasserie. Parce qu’une société ayant beaucoup roulé est dégueulasse. Obligé : elle ramasse de la merde en avançant. C’est sous la couche que c’est intéressant : ça brille et c’est beau.

Entre les deux, le cambouis : j’aime y attarder un doigt ; il est la quintessence du chemin parcouru par une vie de roue. J’aime égrener la rouille entre pouce et majeur : son fer péniblement extrait par des mineurs retourne à la terre d’où il vient. Je ne pense à rien d’autre, ce moment-là ; mes mains continuent machinalement à démonter, démonter encore. Je ne pense pas au temps que ça prendra : il n’y a pas méthode plus valable et je le sais. Rien de fondamental ne se fait rapidement. Les sept jours de la Genèse : foutaise.

Un jour, j’aurais remonté la trapanelle[1] et je fendrais le vent sur mon destrier en épatant la galerie de tous mes chromes rutilants.

 

  1. Une vieille bagnole ou mob pourrave. []
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La tribune du calcinateur

© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp Luraghi

Alors que d’autres vaticinent, je batifole et sautille sans me soucier de qui, de quoi… et d’abord à quoi bon ? Il vaut mieux se péter la gueule que suçoter sa bile. Surtout en voyant ce que sont devenues les vaticinations, aujourd’hui : fades et légères comme du yaourt zéro.

Un vaticinateur se doit d’être pénétré, alors que les actuels flottent vaguement à la surface. Nulle force n’y entre ni n’en sort. De presque imprécateur et quasi-prophète se prenant le chou en postillonnant, l’homme universel moderne se montre à la télévision, oint du même fard matissant que le politicien ; il feint de s’énerver parfois parce que le taf du bouffon royal est de rire à la commande ; et celui du vaticinateur du Siècle Spectaculaire de modifier le cours des mots afin de faire accroire que le sentiment de révolte est un sujet périodiquement récurrent, comme perdre des kilos avant les grandes vacances. Par exemple.

Moi aussi je peux faire ça : tenir des rubriques aussi vaines que celle de Hugues Serraf dans Rue89. D’ailleurs là je le fais très bien, ne disant rien sans en avoir l’air.

Déjà dit tout là-haut : gambades et cabrioles au menu pour ma pomme. Je suis pas vaticinateur insipide et moderne pour un sou, moi. Je ramone au chalumeau ; franc du collier tête baissée pour rentrer dans le vif du sujet illico et derechef. Je n’y vais pas avec le dos doux et rond de la cuiller : j’affûte son rebord à la meule d’émeri : gare !

Car ça nous pend au bout du nez : nous allons droit à la grosse cata, cahin-caha. La planète ne sera pas sauvée parce que nous trions nos ordures. Boucher le trou du cul des vaches qui pètent le méthane ne changera rien à l’affaire : nous allons dans le mur en riant de nos peurs comme au grand huit et cent millions de clones de Hugues Serraf sont dans les wagonnets.

C’est ça, vaticiner. Je me farcis le boulot des autres pour des prunes ; imposer ça à un pauvre déconnologiste, c’est terrible. D’ordinaire je ne trace pas de plans sur la comète : je ne sais pas faire ordinaire ; je ne suis pas prophète non plus, et encore moins dans mon pays. Je ne sais pas étaler poncifs et lieux communs à la chaîne comme Hugues Serraf. Pourtant, c’est ce que je viens de faire.

Je ne suis pas un libéral de gauche, ça doit être ça…

 

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À l’Inéluctable

Le petit dernier - © François Deloncle 2009

Le Petit Dernier, par François Deloncle

Tout droit vers et droit devant, dedans : ils y vont et on y va.

Le destin inéluctable des big bangs, des boeings pas pilotés et des serial-brokers, c’est ça ; et des fils à papa.

On en causait cet après-midi sur le fil du précédent billet; ici : cliquez fort. Non non, on ne va pas mourir ; rien de tout ça… encore que… y en aura bien quelques millions qui y passeront ; mais comme leur mort restera dans les pourcentages de pertes admis, nous nous en soucierons peu. Et puis ça s’étalera dans le temps, jusqu’à son bout qui est bien plus mystérieux que celui du monde.

L’avion ne s’est pas écrasé, le Petit Dernier a renoncé à sa couronne, les bourses brassent beaucoup de vent et un peu moins de blé : c’est tout. Stock exchange… il s’y échange d’impalpables denrées.

Tout Ceci est en très improbable équilibre et pourtant semble bien solide. Ça ne tient sur rien, ne surtout pas s’y fier. Enfin moi je renifle ça, naseaux dubitatifs. Ceux qui croient que ça va durer toujours se le fourrent profond : l’axe du globe vacille tel un toton s’alentissant et son gros moyeu grince, tressautant.

***

Un simple pétard suffit à arrêter tout ça, net. Même pas : un rien suffit. L’avion ne s’écrase pas : je ris. Il se viande avec sa cargaison : c’est rigolo. Ils font des lois contre le téléchargement à l’œil : no problemo : je les merde en me gondolant.

À force, ils finiront bien par se fatiguer, je me dis.
Et je regarde passer le Petit Dernier…

 

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Tournez manèges

© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp Luraghi

Non je ne me tairai pas !

Le Dul qui vient nous faire la leçon entre deux siestes sous son sombrero depuis son printemps argentin ! Le Freak qui nous raconte qu’il arrive après demain a San Francisco pour se rouler défoncé dans l’herbe en écoutant Lise a la guitare et Tom à la Kena ! Et Homère qui dit qu’on est tous coincés sexuellement en se gavant de coquillages et de crustacés , ça commence à bien faire !

On est dans le cambouis de l’hexagone nous ! Marina qui sauve des malades avec trois bout de ficelles ! Banana qui se fade la misère du monde bourdieusienne toute la journée ! Dodu coincée dans sa cuisine ! Mon Al obligé de se trimbaler dans des cars de vieux sur des routes glissantes ! Ben et lamo qui se tapent des mômes hurlants complètement analphabètes et abrutis par les jeux vidéos dans des classes dangereuses à la dérive ! Gink qui essaye de sauver ses cultures bio attaquée par le Gaucho des voisins ! Cyp enfermé dans la cave humide de sa maison de l’horreur encerclés par les puces et des ploucs chafouins et sarkozystes ! Hulk essayant de colmater les brèches de sa boite qui prend l’eau de toutes part au milieu de connards hallucinants qui s’agitent bêtement ! Moi essayant de vendre la presse écrite à des crétins qui ne veulent plus l’acheter sous le prétexte fallacieux qu’il n’ y a plus rien à lire dedans ! Et en plus, il fait un temps de MERDE !

Alors c’est pas des connards en smoking blancs qui se traînent tous les soirs aux fêtes de l’ambassadeur pour se bourrer la gueule dans des jardins tropicaux en dessous du volcan et qui payent 30 centimes d’euros leurs femmes de ménage qui vont venir nous faire la leçon parce que il y a trois pauv’ afghans qu’on a foutu dans un avion QU’EST CE QUE VOUS VOULEZ QU’ON Y FASSE BORDEL !?!!

Numerosix a parlé .

 

***

Note du Kondukator :

Ça m’a pris comme ça, tout à l’heure en lisant ce message de N°6 dans les commentaires du dernier billet; je me suis dit : faut le mettre à la une de l’Ici-Blog. C’est fait… et c’est la première fois depuis 2001 que je passe la main. Avec plaisir.

Kondukator scripsit !

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