Archives par mois : août 2009

Nonosse !

Satyricon de Fellini « Nos descendants n’auront vraiment aucun progrès à faire dans le mal ; ils agiront comme nous, rêveront comme nous : toute dépravation se trouve à son comble. »
Juvénal – Satire 1 – 147/171

 

Nous nous prenons le chou pour des prunes : dans le vaste océan des tempêtes humaines, rien ne change jamais. Ça brasse, ça brasse… surtout de la dégueulasserie. Pour ça, nous sommes très fortiches ; seuls animaux à pratiquer la saloperie, toutes tribus et classes confondues.

Un chien s’en va planquer son os quand il a le ventre plein, et il se garde bien d’aboyer au dessus, de crainte qu’un autre ne vienne le déterrer. Nous autres, en distribuons parcimonieusement quelques brisures aux indigents afin qu’ils nous admirent et nous les écrasons de notre morgue bienveillante.

Ainsi, dans l’antiquité romaine, les riches tenaient leurs clients par l’estomac en leur dispensant chichement la sportule. Et l’État prévenait les révoltes en distribuant le blé d’Égypte, quand la plèbe grondait ; et les satisfaisait de Jeux. De nos jours c’est pareil : tout un chacun s’achète et perd ainsi sa liberté ; le mécénat contemporain récompense les artistes méritants, qui s’abstiennent ensuite de faire du boucan, et la République donne au petit peuple le Revenu Minimum et la télévision.

Et, comme dans l’antiquité, des artistes renégats tels Pétrone ou Juvénal, notent consciencieusement ces croustillants petits travers dans des livres traversant les millénaires, ne tenant nul compte de l’ignorance que leur fait leur siècle ; dédaigneux de des piécettes extraites de l’escarcelle des puissants et tombant à leurs pieds. Ils passent sans leur accorder un regard. 

Au fait : c’est la rentrée ; la rentrée littéraire. Dans trois mois, le pilon tournera à plein rendement, transformant la bouillie de mots en papier-cul. Je pense ne pas me tromper en affirmant que parmi ces six cent et quelques livres publiés, aucun ne franchira les siècles.

La dégueulasserie humaine, elle, le fera sans effort.

 

 

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Radio Nous

Émetteur de bombardier Lancaster - années 40

Silence des rotatives, pots d’encre séchant lentement sur le marbre et rouleaux de papier racornis, chiures de pigeons sur la statue de Gutenberg ; glouglou dans les gros tuyaux, friselis dans l’éther : c’est le règne de l’internet.

L’idée fausse vient du clavier. Comme je le dis souvent : « le Net, c’est l’écriture » et ce n’est pas faux. Sauf que qu’un clavier relié à l’internet est plus proche d’un manipulateur de télégraphe Morse que de celui d’une machine à écrire ou d’un linotype.

Or c’est de la conjonction du télégraphe de Morse, de la transmission sans fil de Marconi et du microphone Bell, qu’est née la radiophonie.

Donc l’internet doit se concevoir non comme étant prolongement des périodiques imprimés, mais à l’image d’une station de radio. Pourtant, il est de plus en plus évident qu’un nombre impressionnant de sites, et non des moindres, n’ont rien pigé à cette affaire.

Ce qui caractérise la radio par rapport à la presse imprimée, c’est qu’on peut y entendre les voix de tout un chacun. Depuis les premiers radio-crochets de Radio Cité dans les années 30, jusqu’à l’invention de la libre antenne par Radio Ici & Maintenant en 1980,[1] ça ne s’est jamais démenti, malgré l’accaparement de la bande FM par les requins.

Ce qui manque furieusement à l’internet actuel, c’est qu’à de rares exceptions près, c’est le schéma de la presse imprimée qui s’y reproduit. À mes yeux, nulle erreur n’est plus grave.

Là-haut, un article ou un billet, comme on voudra. Et en dessous des commentaires. Et entre les deux un mur invisible. Quelle régression !

J’ai envie de péter ce mur. Méchamment, et avec la même jouissance que celle qui a fait tomber le Mur de Berlin.

En attendant mieux, c’est ici qu’on cause : je finis de poser le point final, j’appuie sur le gros bouton rouge avec marqué dessus « on the air » – diffusion en cours – et je saute dans la salle.

Banzaï !

 

 

  1. J’ai été de l’équipe bien avant le premier jour, et importé pour eux plusieurs émetteurs FM italiens en douce ; maintenant c’est la plus ancienne station de radio libre en France et on y parle surtout d’ovnis et de conspirations douteuses… []
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Hors-chatte

© Annie Luraghi 2009

Après deux mois de compétition effrénée au kilomètre sur plancher avec son frangin Cachalot, la délicate Pétunia[1] s’est vue disqualifiée : notre minette possède en effet une paire de coucougnettes velues du plus bel effet. Les juges ont fini par découvrir le pot aux roses avant la sieste sur le canapé ; malgré tous les artifices déployés par le contrevenant : tout dans son attitude nous avait porté à croire que nous cohabitions avec une minette.

Anthropomorphisme, tout connement. Sauf que là, ça ne porte pas à conséquence : Pétunia jouira toujours du même statut de ventre à papattes et ne foutra strictement rien d’autre que les autres chats de par le monde ; c’est-à-dire rien, sinon évoluer dans le décor.

Là où l’anthropomorphisme est plus pernicieux, c’est lorsqu’il s’exerce entre les être humains. Hé oui : ça se peut. Car si dans l’antiquité, l’anthropomorphisme consistait à donner forme humaine aux dieux, de nos jours nous pouvons très bien nous méprendre en confondant la forme habituelle revêtue par un être humain, et la qualité intrinsèque inhérente à l’humanité. Or, c’est un fait hélas : certains cochons longs comme disent nos amis Papous, en sont parfaitement dépourvus.

Ils sont en quelque sorte hors-charte.

Or, la Charte est la grande déesse de nos contemporains ; si l’on y rajoute la Norme, nous voici bien dirigés. La Charte se présente sous forme de document, comme sa sœur en panthéon. Son culte consiste à se retrancher derrière elle : il est pratiqué par la quasi-totalité de l’espèce humaine, nonobstant la religion. Les athées aux-mêmes en sont de fervents adorateurs.

Mais, et c’est bien là où le bât blesse, la Charte est-elle une déesse légitime ? Je dis que non, car à l’instar des dieux défunts, elle provient de notre tréfonds ; émanation de nos peurs sans nom, de notre couardise proverbiale, et quand nous la voyons épinglée partout, tant dans les bâtiments administratifs que sur les forums de l’internet, elle n’est rien d’autre que le reflet de notre veulerie. Humaine, très humaine…

J’en déduis donc que seuls les êtres doués de sens et pratiquant le libre-arbitre sont hors-charte, et je m’estime bienheureux de faire partie de cette fraction infime qui envoie chier ces deux connasses sans qualité.

Allez viens donc mon petit con de Pétunia : un petit ronron et que ça saute !

 

  1. Lire le billet lié. []
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QG-bloghaus

© Annie Luraghi 2009

Le sujet du jour m’a glissé d’entre les pattes, c’est terrible. Mais j’aurais sa peau, soyez sans crainte. J’en profite donc pour vous offrir un petit billet touristique sous forme de plongée rapide dans le petit univers du kondukator de l’Ici-Blog.

Tout d’abord, ce n’est qu’entouré d’un quota conséquent de filles que peux vivre, et par là même écrire mes petites déconneries. Sur la photographie, le trio minimal est au rendez-vous, puisque l’ultime pointe du triangle magique constitué par Shanti et la blonde Nono, est Annie, qui (s’en) prend (plein) la vue.

Ensuite il y a le lieu. Ma place à table, que nul n’ose me contester, où j’étale les instruments du culte : le tout petit ordino, le paquet de tabac, le boire – frais ou chaud, selon la saison –, le briquet et encore plein d’autres colifichets que ma religion interdit de vous révéler.

Une fois que tout est bien en place, j’exige de mes groupies le plus parfait recueillement : leurs énergies doivent se concentrer entièrement sur moi et mes dix doigts délicatement potelés… qui se mettent soudain à danser la gigue et le rigodon à toute berzingue, en prise directe avec mon gros cerveau, lui-même en phase avec mes trois shaktis.

Armé de ce pouvoir, le troll d’en face ne fait pas un pli et se rétrécit jusqu’au riquiqui. Vous comprenez bien qu’avec mes amazones maison, je suis absolument invincible. Rien ne me résiste alors, et tous les défis lancés par Numérosix et l’abominable Hulk ne font que générer un léger haussement d’épaules et un triple « pffff… » très féminin, car en moins de deux et à soixante-mots minute, je plie non seulement le billet, mais mes adoratrices  en quatre.

Et voilà, il ne me reste plus qu’à appuyer sur le bon bouton et à tout mettre en ligne….

Banzaï !

 

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C’est pas bientôt fini ?

Photomontage à l'arrache à partir d'une couverture d'Actuel

De la soute monte un long lamento ; le fumet de rillettes d’aisselles stressées s’élève jusqu’à mes naseaux frémissants, puissant, musqué, insupportable…

D’innombrables éclaboussures de sang humain constellent mes lunettes et me dégouttent du nez, que j’ai heureusement fort long ; raisinés mêlés et tous rhésus confondus, des blogueurs flagellants de Rue89 en grand deuil de type chiite.

Des scènes d’hystérie collective que nul n’avait revues depuis la crémation de Jules César[1] ont lieu en ce moment-même sous mes yeux effarés : Rue89 n’est plus ; c’est fini les kikis et c’est pour ça que les kikis grincent des dents en s’arrachant les poils de leur poitrails par poignées, sauvagement. Les veuves éplorées s’apprêtent à faire satî sur le bûcher de papier glacé de leur magazine défunt chéri –  l’époux divin de ces nonnettes – dont le dard autrefois vigoureux pend désormais lamentablement, glacé, flaccide…

Un irréfragable effroi s’est emparé des plus solides d’entre eux, et nulle rassérénade n’apaisera plus ces âmes engoncées dans la peine éperdue d’un Éden à jamais perdu ; Rue89 tu n’es plus et pis : plus que zombie car si ton cœur bat encore, ce n’est que pour propulser en tes artérioles un sang pasteurisé, exempt de tout bacille déconnique…

Nonobstant, je vous enjoins en bon kondukator, de cesser instamment vos jérémiades : l’Ici-Blog n’a rien d’une chambre funéraire, et les mines sépulcrales n’y sont pas de mise.

Laissons la Rue zombie agiter ses membres en gestes gauches et saccadés, et considérons-nous à l’abri de ses miasmes insipides : cessez d’épiler vos torses velus derechef, les gars. Les filles peuvent rester à poil pour le sabbat à venir, ceci dit.

Bon ben bons ébats.

J’ai dit !

 

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Publié dans Déconnologie, Édits Vespéraux, Spectacle | Mots-clefs : , , , | 392 commentaires
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