Archives par mois : juillet 2009

Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ?

 

Alors tout dépend de la façon dont on le voit, Boris. Là, il font un grand ramdam d’anniversaire. « Un écrivain inclassable », multiplié par mille et une unes ; imprimé, claironné, pété et répété. Cinquante ans qu’il est mort : réjouissons-nous et faisons des cédés à la gloire du décédé.

Et puis une fois de plus ce silence gêné des critiques littéraires : OK d’ac’ : faut causer de Vian puisque c’est l’occasion, alors autant y aller un bon coup ; après on n’en parlera plus et tout redeviendra comme avant : calme et plat comme une page. Dans cinquante ans, au prochain jubilé on sera morts, donc on s’en fout. Les inclassables, c’est pénible. De leur vivant c’est plus facile : ils n’existent pas. On enfouit leurs bouquins bien profond sous la pile.

C’est ce que les critiques littéraires ont fait à Boris Vian toute sa vie. Et là qu’il est mort, ils ne peuvent pas ne pas ; alors ils retroussent les manchettes, se pincent le nez et pondent des papiers de batterie. Je m’en tape, de l’avis des critiques littéraires. Pas de temps à perdre ; aucun intérêt. Je lis des livres uniquement, dont ceux de Boris Vian, plus que relus depuis sept gros lustres tintinnabulants de tout leur poids de cristal. Parce que c’est ça Boris : adamantin et plombé ; et vif.

Il n’y a jamais eu d’anniversaire, mais une suite ininterrompue de coups au cœur, une pulsation entretenue. Pour ceux qui le lisent depuis qu’ils savent, c’est ça et rien d’autre. Nous chérissons le fait de pénétrer son esprit, dénué de tout artifice ; loin de Saint-Germain-des-Prés ; quand il est seul bien qu’il y ait foule autour. Là, ça vient sans intermédiaire, du fond. Avec des mots émanés du centre, pas obligatoirement faits pour être parlés avec une bouche ou des doigts ; qui sont de la langue française et bien plus encore. Un heurtement de sulfures. Lui seul a su faire ça : rendre palpable l’oppression ouatinée et le kapok rembourrant des personnage qui n’ont pas l’air, comme ça, mais sont de vraies menaces. Il est donc inutile de citer quoi que ce soit de ce qu’a écrit Vian1 , ni d’équarrir sa carcasse comme ça se fait présentement. Ni de le chanter vu qu’il l’a déjà fait, tétanisé comme un poteau sur scène.

 

Boris Vian sur la scène des Trois Baudets en 1955

Boris Vian sur la scène des Trois Baudets en 1955

 

  1. Hormis le titre de ce billet, tiré de l’Automne à Pékin. []
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Cachalot et Pétunia

© Shanti Devi Luraghi - 2009

 

Puycity, c’est la jungle. Surtout à la Pétaudière – notre quartier – : ça grouille de toutes sortes de bêtes dans la verdure. Comme c’est tout en bas du village, les choses et les êtres se retrouvent là par le simple fait de gravité. Seuls les bourgeois des hauts y restent, bien campés, boulonnés dans leurs belles demeures, surplombant. Nous, on réceptionne leurs eaux sales et les rats, les cormorans, martinets stridulants, crapauds mastocs, pipistrelles et veuves noires. Et les chats égarés.

Annie l’avait déjà repérée en allant étendre le linge dans la venelle, cette maigre chatte tricolore à l’abdomen distendu, rasant les murs. Depuis le départ en mouroir de notre voisine Edith l’an dernier, l’espèce s’était raréfiée dans les parages : les dames chasseresses ayant raflé tous les greffiers afin de leur faire sectionner les coucougnettes par un homme de l’art en blouse verte, et arracher les ovaires aux minettes, pour leur grand bien. C’est ainsi que ces amazones fripées à gants de caoutchouc rose conçoivent leur désemmerdement dû au veuvage : passer le temps qui leur est imparti par qui de droit à taillader la chair des êtres inférieurs qu’elles prétendent aimer à la folie. Et le pire, c’est qu’il est impossible de les détester franchement : ces rombières sont tout aussi charmantes qu’elles sont gonflantes.

Ça n’a pas fait un pli : après un temps d’absence assez bref, la chatte nous a ramené deux petits sur le palier de la salle de bains. D’abord, les filles ont donné un nom à la mère : Mariette. Et quelques jours plus tard j’ai décrété que le gris serait Cachalot et la noiraude Pétunia, les sexant avec mon légendaire feeling félin, puisque je suis le seul chat officiel de la maisonnée, depuis le jour où il y a cinq ans, notre abominable minette précédente – La Ronce – nous avait largué.1

Dans la foulée j’ai rallongé le nom de la mère, qui s’appelle maintenant Mariette42. Comme ça, je me sens vraiment kondukator. Créer les êtres, décider pour eux et les nommer : c’est le plaisir des dieux. Et puis ça leur va bien, vu qu’ils passent le plus clair de leur temps – quand ils ne bouffent ou ne chient pas – à pioncer dans les pots de fleurs :

 

© Shanti Devi Luraghi - 2009

 

Me voilà donc dans de beaux draps : Shanti est parfaitement gaga, Annie un peu moins mais à peine, et je pousse des gros miaous dans la salle de bains. Seul Gaspard s’en fout – encore que, va savoir… – ; les filles ont acheté des croquettes et me piquent mon gras de jambon pour le leur refiler. Moi qui n’aime pas le maigre…

Mariette42 ne vient plus que pour la gamelle. Ça miaoule déjà toutes les nuits dans les buissons : les matous remettent ça sur le gaz. Les petits sont là et on les regarde, tous les jours un peu plus. On ne peut pas encore les toucher, mais ça ne va pas tarder. Nous avons deux chats sauvages : des chats de pots de fleurs et de ruelle. C’est un fait. Et tout va bien à bord. 

***

Tous les noms des mitous proviennent du film H2G2, le Guide du Voyageur Galactique, tiré de la série de bouquins de Douglas Adams : CLIC.

 

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Et sinon, comme je le disais dans un commentaire du billet précédent, le blog entre dans une phase de gros travaux : c’est toujours en été qu’on goudronne. La mise en forme est pour l’heure très rustique, mais ça devrait s’améliorer au fil des jours. Si vous avez des suggestions à me faire, ne vous gênez surtout pas. Et je n’ai pas perdu mon temps : plein de textes en vue… Salut le monde !

 

  1. Annie l’a revu depuis, grasse comme une loche : elle s’est trouvé une autre bande de couillons nourrisseurs ; tant mieux. []
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