Archives par mois : avril 2009

War and Love

Collection Mayssal - Puy l'Évêque

 

Fil de discussion entièrement dédié à la guerre et tout le reste qui va avec.

Boum !

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trollogie, Trouducologie | Mots-clefs : , , , | 234 commentaires

Bien posé

Huile de Charles Huard - 1940 - coll. privée - Cliquez pour agrandir

 

Les particules qui le composaient ont été éparpillées ; l’eau de son corps a coulé dans le sang de toutes sortes de créatures et sué vers les nuages ; il n’existe plus. Il a poussé, tout bourgeon, s’est enflé pompant la sève avide comme un baobab ; il s’est fait sa place dans le monde en poussant fort et en bourrant des coudes. Et puis rien de rien.

***

Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un vrai portrait : je ne sors pas beaucoup depuis longtemps. Alors j’ai contemplé celui-ci dans le salon de l’ami Alain, au château de Malmaison, quand tout le monde dormait. Je me suis dit : c’est qui ce gros bonhomme ? Il a vécu quoi ? Je lui ai vu toutes sortes de vies, en vain. Il ne collait à rien. Le soir, j’ai demandé à Alain.

— Oh : je l’ai acheté dans une vente aux enchères, pas cher. Il n’est pas si vieux qu’il en a l’air… regarde en bas à droite : 1940. Il est d’un illustrateur qui a eu sa petite heure de gloire : Charles Huard.

J’ai cherché sur l’internet et j’ai trouvé facilement. Le graveur de la Comédie Humaine de Balzac. Une espèce de César Birotteau, alors, mon gros bonhomme… Un personnage jamais vivant, comme le sont ceux des romans. Même pas une vie, juste l’écho d’une pensée d’écrivain, et la main du peintre. Pas plus, pas moins… et en fin de compte bien aussi vivant que n’importe qui d’autre, là, sur son tableau.

 

Peyrade, dessin de Huard pour l’édition Conard de la Comédie Humaine

 

Publié dans Binosophie, Humain, Tout Venant | Mots-clefs : , , , , , | 106 commentaires

Du visible à l’invisible

 

© Le Net



 

 

Julien Coupat

Place de la Bastille
75004, 75011, 75012 PARIS
N° de cachet sarkal : 01

 

 


 

Mon cher Julien, 

Tu as toujours voulu être invisible : c’est réussi. Enfin presque : tu es visible en permanence par les caméras de ton cachot, tes gardiens, et les fonctionnaires tatillons qui analysent la moindre de tes expectorations, tes squames et tes phanères. Je suis sûr qu’ils ont vu tes os : tu es plus qu’invisible maintenant : carrément transparent. Vu que tu ne dis rien, ils déduisent par l’omission et le néant ce que tu penses : ils dissèquent leur vide et sont comme des cons face à l’éther sidéral qu’ils prennent pour un miroir. Tes geôliers et leurs commanditaires savent de toi l’intégralité de ce qu’ils sont eux-mêmes, puisqu’ils en sont réduits à se perdre dans leurs propres conjectures.

Cette situation a créé un continuum spatio-temporel propice à la téléportation de l’absolument tout, et par conséquent je sais que ma lettre te parviendra. Dedans, tu y trouveras mes sentiments, et un joli bouquet d’émotions corpusculaires : j’y ai joint une paire de gluons bien dressés à détresser les quarks ; ils sont jolis comme tout quand il font leur petit numéro d’effet tunnel à travers le béton armé, tu verras.

Sinon, l’herbe pousse et y a des mouches. On appelle ça le printemps. Mais rien de ces petites balivernes ne peut te toucher : ça te passe au travers.

Et l’amitié ! 

Cyp, visible.

 

***

Commentaire préalablement publié sur Rue89 : CLIC

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , , | 52 commentaires

Coco dans l’œuf

Dessin de Jacques Faizant - 1945

 

Je cherchais une illustration pour un de mes commentaires dans Rue89 : on parlait du capitalisme.

Une image m’était revenue à l’esprit : celles des Trois Méchants Gros, un des rares livres de mon enfance, avec le dictionnaire Quillet-Flammarion, le tome 19 du théâtre de Voltaire et « l’Arthrose chez les gens du monde », tous bouquins glanés par mon père sur ses chantiers. Le papier du Voltaire m’impressionnait par son toucher, et j’étais épaté par les mots compliqués du traité sur l’arthrose : je n’y pigeais que dalle, mais c’était bien.

Et les Trois Gros. Là je comprenais tout : c’était un conte de fées sans fées.

Le populo d’une petite ville s’en prenait plein la gueule dès le premier chapitre : les Trois Gros planqués dans leur château tiraient à boulets rouges dessus, les morts jonchaient le pavé, les yeux exorbités fixant le ciel ; ça sentait le désespoir et les fleuristes continuaient à vendre des fleurs en maudissant les révoltés qui avaient osé attaquer le château des Trois Gros.

L’armurier Prospéro avait été enfermé dans une cage en fer en haut d’une tour… mais le funambule Tibul courait toujours…

Et il y avait un bon savant : le docteur Gaspard Garneri, et la belle Souok, un petit prince…

Je ne trouvais pas et ça me faisait râler : j’avais la couverture des Trois Gros gravée dans ma mémoire depuis quarante ans et je m’en démordais pas : elle allait illustrer parfaitement l’article. Celle-là et pas une autre. Mais elle n’était nulle part sur l’internet. Rien. Juste une pâle imitation de l’originale dans une réédition de 2003 chez l’Âge d’Homme. Donc j’ai cherché autre chose en me rabattant sur le site de l’Assiette au Beurre : devait bien s’y trouver mon petit bonheur. En effet, une image de Galantara publiée en juin 1907 tomba à pic :

 

Galantara - Capitalisme - 1907

 

Tout en fin de soirée, vers quatre heures du mat, j’allais éteindre la machine et préparer la cafetière pour mon petit lever, quand je vis la page de recherche encore ouverte… ça m’avait titillé : ce bouquin, je l’avais lu trois cent mille fois. Je pouvais le réciter par cœur à dix ans : je n’avais rien d’autre à me coller sous les yeux. Je connaissais le moindre détail de ses illustrations, le grain du papier ; j’étais l’amoureux de Souok : Tibul. C’était mon livre, le seul.

C’était impérieux mais je n’y croyais pas ; pas question de craquer pour la réédition : l’original ou bien rien.

Je n’ai pas eu le temps de me monter le bourrichon : une librairie de Saint-Étienne en avait un exemplaire : vingt-trois balles et des poussières port compris.

***

Quand je l’ai rouvert, quarante ans après l’avoir quitté – je l’avais offert à une fillette dont j’étais épris et qui s’en foutait – tout est revenu d’un coup. Le bonheur. La joie dans la révolte, le rêve, la fantaisie débridée, les grands sentiments, la brutalité des tout puissants. Tout. Comme une bouteille naufragée d’un grand rouge fort de cépage, perdue au fond d’un cellier en ruines, intacte sous les décombres.

C’est ce livre qui a fait de moi une racaille gauchiste : il m’a tout appris et même si Iouri Olecha ne le saura jamais, je le remercie d’avoir posé mes roues sur les bons rails.

Il a toujours été la pierre de touche avec laquelle j’ai pu distinguer une sèche doctrine claquant comme un couperet, de la joie de la révolte des petits relevant la tête face aux grands,  trempés de larmes et du sang des leurs, juchés sur leurs cadavres pour foutre sur la gueule aux gros méchants… et faisant la fête finale, après avoir bien lutté.

Le funambule Tibul

Le funambule Tibul

 

Publié dans Humain, Pilotique, Tout Venant | Mots-clefs : , , , , , , , | 59 commentaires

Secte Mic Mac

Shaman Koskimo - Photographie Edward Curtis

 

« Trop chous, je vous jure :  le pousseur non formaté de gueulantes épiques z’et révolutionnaires, l’affûteur d’arguments et le reste des groupies… »

Extrait de la Lettre Ouverte de Quinine, traducteur et amoureux des chats, publiée sur Rue89.

DIRECTION LA LETTRE OUVERTE DE QUININE SUR RUE89
( NVDF (Note Venue Du Futur) : il ne subsiste nulle trace de ces commentaires sur le site d’Ubu89, mais une bonne copie est conservée, accessible uniquement sur demande)

 

Le pousseur non formaté de gueulantes, c’est moi. L’affûteur d’arguments, c’est Numérosix, et les groupies c’est tout un tas de filles. Des groupies, quoi… et moi je suis un chef de secte, comme ils disent plus loin, les copains de Quinine.

Parce que nous avons admis récemment dans ma secte, un gros con de droite qui le crie haut et fort et signe Hulk. Ça, c’est pas bien. Alors monsieur Quinine, qui est un pur gauchiste, nous donne la correction.

Ce n’est pas mieux ici, dans les parages de Puycity, où notre amie Tamsin est tombée en amour avec un gros con de droite, qui fut le plus gros pinardier, et de loin l’homme le plus détesté de la contrée, avant sa chute récente et sa séance de pilori publique suite à sa faillite retentissante. Parmi les anciens amis de Tamsin, quelques Quinine lui tirent tout pareillement la gueule qu’à nous, et l’accusent des même tares.

Le débat qui s’ensuivit après notre lecture commune de cette Lettre Ouverte fut rude, raboteux, et les copains de Quinine l’épaulèrent bravement, Brogilo allant jusqu’à me traiter d’anarchiste de droite, ce qui est fort de café, pour le moins. Et d’une parfaite dégueulasserie. Et je ne vous dis pas ce que les autres malheureux sectateurs se sont pris dans la gueule. C’est long, mais il faut à tout prix lire ça : c’est un morceau d’anthologie de l’internet français !

Ils y révélèrent leurs tripes, et je vous assure qu’elles sont aussi peu ragoûtantes que les nôtres… sauf que nous, c’est normal : de par notre nature-même nous puons. Eux non : ils sentent l’eau de Cologne, comme dans la chanson du Grand Babu de Signé Furax :

 

Tout le monde y pue, y sent la charogne
Y’a que le Grand babu,
Qui sent l’eau de cologne
Tout le monde y pue,
ça fait mal au coeur
y’a que le grand Babu
qu’à la bonne odeur

 

Vous pensez bien qu’on n’allait pas se laisser faire : le Grand Babu nous avait craché dessus, alors ma secte de babucides et moi nous sommes surpassés : le ridicule ne tue pas, c’est prouvé : Quinine, Brogilo et leurs petits copains sont bien vivants. Et dignes comme Philippe Val.

Pour fêter ça, le Professeur Choron nous a envoyé une charlotte.

Mangez en tous, Frères et Sœur de l’Église de Cypologie Déconnologique : il vous ouvrira les portes de la perception où nous irons assouvir nos instincts les plus bestiaux en enculant le percepteur en tournante. Y aura des Chippendales pour les filles. Et ce gros con de droite de Hulk, et un gros con de droite qu’est pinardier déchu.

 

 

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trollogie, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , , , , , | 116 commentaires
Aller à la barre d’outils