Archives par mois : octobre 2008

Migration

© Cyp Luraghi 1982 - Dans un Twin Otter en route vers l'aérodrome de Lukla, non loin du camp de base de l'Everest

 

Tout doux à la manœuvre et ne pas se viander dans le nuage ou sur les cimes.

Après sept ans d’existence, mon site vient de migrer tout en douceur des lentissimes serveurs de chez Free à une Dédibox toute pimpante et très nerveuse. Un boulot pas de tout repos. J’aime beaucoup la classification des niveaux dans le monde informatique des réseaux qui font le Net : ça part de la piétaille des néophytes et ça va tout en haut chez les Barbus. Mais je n’ai d’autre barbe que celle en poils qui me gratte le menton présentement. Mon niveau à moi, c’est Velu Grave et Bidouillou Opinâtre Noctambule, et ça suffit à ma démerde.

Trente cinq euros par mois pour la bestiole ; c’est mon seul luxe ; le prix de ma rotative électronique. Après tout je n’ai pas de téléphone mobile, ni de télévision et mon trousseau se réduit à l’essentiel. Seul le tabac me coûte cher, à part ça.

C’est aussi le prix à payer pour pouvoir écrire librement au XXIème siècle, sans avoir à se maquer avec un éditeur véreux ou à s’abibocher avec la coterie des écrivains qui causent dans le poste. Un écrivain ne doit qu’écrire, je pense fermement.

Le vent du Nord pousse les grues cendrées !

 

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Attaque personnelle

© Cyprien Luraghi 2007

 

Il ne veut à tout prix pas qu’on le maraboute. Pourtant j’élabore tous les jours les philtres délétères qui l’assécheront définitivement.

Si nous nous y mettons tous, nous aurons bien sa peau ; j’ai commandé le kit vaudou (douze euros trente franco de port) hier, qui rejoindra sur mon autel conspuatoire les nazes et les nazis que je honnis.

Il ne veut absolument pas qu’on lui noue l’aiguillette et pourtant je fais tout pour, dans le secret creuset au cœur de l’atelier, planqué derrière les étagères et les carcasses d’ordinateurs. Je lui inflige des piqûres à l’abdomen et dans les yeux et je souhaite qu’il crève dans toutes les douleurs et qu’il se vide de ses liquides.

Je suis le Jivaro déterminé à le réduire tant que je pourrais porter sa tête autour du cou. Elle fera peur aux gens et me protègera avec ses dents.

***

Je pense depuis au moins trente ans que les manifs ne servent plus à rien, d’ailleurs le présideur ne s’y est pas trompé : le pouvoir n’est plus dans la rue.

C’est pourquoi je préconise la pratique du maraboutage pour venir à bout de ce fléau de dictadent que le suffrage universel nous a infligé. Très efficace ; en plus ce con y croit, j’en suis certain. Je l’ai vu dans ma poule de cristal.

Le présideur dictadent ne m’a pas vu venir : j’ai préparé ma soupe de sorcière de longue date. Si, si : il suffit de mélanger intimement toutes les sales bêbêtes dont je me suis servi pour illustrer mon blog depuis deux ans et des pour s’en concocter une furieusement régicide.

Le peuple aura ta peau, Sarkolas !

 

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cri coi

© Cyprien Luraghi 2008 - Bonnet d'âne by Nono

Je suis de bois et gueule bée planté comme un poteau, planté.
Devant l’horreur du monde qui n’en peut mais d’être accablé encore,
après des cents mille ans
par tyranneaux et grands sauriens.

Je prends bien mon appui
dressé je crie coiffé de mon bonnet de lettré impérial
mais misérable bûche
rien de plus vain.

J’entends au loin parfois l’écho fluet
percer d’au delà de la ligne bleue
c’est tout.
Notre congrégation des félins ruffians à grandes oreilles est très éparse
et compte peu de membres.

Nous crions à heure fixe, rituels de phares bien calés.

Nous savons exister en rugissant debout, discrètement.
Mais perçons les hurleries des hyènes gouvernant
en tout déchiquetant,
gnou mou
mouton.

Il faut qu’on nous croie cancre ou cancrelat
jusqu’à ce que nos cris ténus tissés
fassent unisson s’enflant en feulement,
bourdon
frelon.

Il faut qu’on nous voie ridicules,
bouffons, charlots
car nous sommes combustibles
et débitables à la hachette
aussi.

***

En octobre 2008, je me suis déguisé en écureuil de la Caisse d’Épargne pour aller pousser le cri coi entre copains. Comme ça je me faufile entre les actualités, ni vu ni connu. Ça aussi, il vaut mieux.

Il vaut mieux rien, actuellement. Si je crie mon indignation, il ne se passera rien ; des millions de gens le font et rien. Si je dis simplement que je ne peux rien dire sur le sujet, je vais en prison comme Jean-Marc Rouillan, alors pas si con, hé. Réfléchir un peu, déjà.

Compter les poteaux plantés, déjà. Combien on est déjà, comme ça, appelant et donnant de la voix ?

Pas abattus, pas girouettes, jamais.

Et fanfarons quand il le faut, pour le joli plaisir, chouette et pirouette.

Après le cri, je rentre dans le trou.

De la Sécurité Sociale,

un tout petit de rien du tout.

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Corpuscules

Illustration © Cyprien Luraghi 2008

 

C’est une danse, d’abord, qui a commencé avant le Big Bang ; une vibration qui se propage encore et s’aboutit en agrégats, petits tas de matière organisée plus densément que le vide formant l’espace, dont l’univers connu n’est qu’un granule.

Les particules qui sont à l’intérieur se tortillonnent les unes autour des autres, se collisionnent et se trouvent des atomes crochus. Tout s’entrebouffe pour le bien-être général et c’est la vie. Quand le grand Anaxagore de Clazomène dit que tout se transforme, il est poli.

Les amibes font la mêlée comme au rugby : en tas on est content. On se fout sur la gueule pour des broutilles, on s’échange des fluides dans la joie à la troisième mi-temps.

La mouche verte, elle, est perdante à tous les coups. Elle sirote de la merde en zonzonnant, et finit sirotée par une veuve noire, les ailes engluées.

Une semaine de gamelle pour la donzelle à l’abdomen dodu et un exosquelette de chitine sec et sans pensée à tout jamais pour l’énervant bolide métallisé qui m’a tourné trois jours durant autour du nez dans l’atelier, échappant à cent coups de tapette cloutée.

L’univers a tout prévu : la mouche et l’araignée, et même un ridicule bipède qui se demande et s’ébahit d’un rien.

 

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Notre Sauveur

© Cyprien Luraghi 1991

 

Il est l’homme qu’il nous faut, celui de la situation.

Il nous sortira de la panade, ça ne fait aucun pli.

Solide et rassurant, il assure comme une bête.

Il est doué de toutes les qualités,

paré de la rigueur du Père et de ses attributs.

Son heaume résiste à tous les crashs,

et tant sa cotte que ses bottes en cuir-croûte

imposent le respect.

 

C’est pour toutes ces raisons

que les grands de ce monde l’ont embauché.

 

Il a des couilles et un képi d’acier,

le gendarme boursier.

*

 

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