Archives par mois : septembre 2008

Du déjà vu

© Cyprien Luraghi 1998 - Inde - Maddhya Pradesh - Peinture murale - temple de Lakhsmi Narayan à Orchha.

 

1842. Les Britanniques se retirent d’Afghanistan. Un pays juteux, quoique sec. Le raisiné y a coulé à flot : c’est la patrie des cinq cent variétés de vignes et du jus d’homme.

Il s’y étaient cassé les dents, évidemment. La raclée. Dix-huit mille morts d’un coup quelques années plus tôt et un seul survivant, épargné pour aller raconter l’histoire à ses copains. Les Britishers surent alors qu’il fallait vraiment être con pour aller se battre en Afghanistan. En 1978, les Soviétiques se fourrèrent jusqu’à l’os dans un nid de frelons. Leur peaux d’endives furent percées de mille dards. Leurs successeurs se vengent actuellement encore en Tchétchénie. Increvables Tchétchènes.

En Afghanistan, les Britanniques avaient appris une chose essentielle : on fait pas la guerre contre un ennemi, mais avec, pour filer le coup de main dans ses guéguerres à lui. Après, on engraisse son sultan et au final on rafle tout : pas vu pas pris.

C’est ainsi que les Brits conquirent l’Inde : avec quelque milliers de peignes-culs mal embouchés, de la poudre à canon et de perlimpinpin. Ils ramollirent les descendants des rudes Afghans, qui avaient eux-même fait main-basse deux siècles auparavant sur les 601 principautés constituant Les Indes. Nos ci-devants monarques eussent été plus au fait des choses coloniales, la face du monde aurait été changée : on jouerait à la pétanque en sifflant du picrate de Lahore à Chandernagor, et du Cachemire jusqu’au Cap Comorin la cohorte ininterrompue de képis blancs et bérets rouges feraient pâmer d’admiration les villageoises en saris de mousseline au beau milieu de leurs génisses.

Et là, t’as les Ricains qui déboulent avec leurs gros sabots et qui font boum-boum. Y a du gaz dans le pays, alors ça les attire. Les Soviets aussi aimaient beaucoup le butane afghan, mais comme ils le touchent à pas cher en Tchétchénie… Avec les cadavres, ils se sont même mis au biogaz. Avec les subventions maousses de la lutte des gros machins internationaux. L’afghan est mauvais combustible, lui. Pire qu’en Irak, où ils se sont faits berner par Saddam Hussein qui clamait partout posséder la quatrième réserve pétrolière du monde. Mon cul, oui : des vieux gisements de mauvais brut goudronneux dur à extirper de la caillasse. Et maintenant ils ont l’air fin, engoncés dans leurs tenues de combat qui en imposent mais c’est tout. Pan, t’es mort. Un Marines de moins, un. Quatorze pour le prix d’une douzaine, ça te va ?

Mais bon, malgré leur balourdise proverbiale, ils ont enfin pigé et repris le vieux principe angliche à leur compte : s’incruster en loucedé dans le pays juste à côté. Le Pakistan. De là, on tire mieux. Peinards. Gros boum-boum en ce moment sur toute la zone montagneuse au nord du pays. Là où le vilain Ben Laden se terre comme un chacal depuis sept ans. Bouquet final du fils Bush, mieux qu’à Trocadéro le 14 juillet. 99 % de dommages collatéraux ; c’est les gens qui meurent, ça. Qu’est-ce qu’ils foutaient là, d’abord ? Hein ? Des gens de peu ; des gens de trop. Plus que deux mois à tirer. La quille, bordel ! Les élections, vite !

Ils sont à l’aise, mes Ricains : ils demandent même plus l’autorisation du gouvernement pakistanais, pour bombarder. Pas besoin : ils sont chez eux. À deux pas de l’Indus.

***

Après, chez nous ça donne à la radio, dans les journaux… les bribes qui dépassent, qu’on nous martèle :

Un haut responsable de l’armée française, sur France Inter, qui déclarait sans honte aucune que nos petits gars envoyés là-bas se battaient pour une juste cause : la lutte de l’Occident et de ses valeurs contre la barbarie des Talibans. Et les danger terroristes qui en découlent et nous menacent directement, bla bla.

Rien que ça… Oulala.

Et Bernard Kouchner avec son fameux trémolo hargneux et méprisant, qui insiste douloureusement sur le fait que cette mission a été bénie par l’ONU.

Certains prêtres hindous et même des catholiques, bénissent bien les bagnoles.

On bénit n’importe quoi, de nos jours…

De nos jours ?

 

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Cent lignes

© Shanti Devi Luraghi 1998

 

Je mens. D’abord le temps des noix n’est pas venu et puis je mens : c’est pas moi qui me suis farci la punition mais Shanti, notre fille. Les chiens font pas des chats, mais les chieurs des chieuses oui, pour faire bonne mesure. Et j’en suis fier.

Je mens en clamant à tue-tête que je suis un anar libertaire, vu que c’est moi qui ai collé la punition à la minette. Une pauvre môme que j’ai traumatisé à vie – j’espère bien : ça l’occupera sainement, elle et son frère, tout en faisant gagner leur croûte aux fournisseurs de canapés pour psys, qui sont en cuir de gnou. Un vrai kondukator, le Cyp. Sous mes airs pépères on dirait pas, mais si tu grattes un peu mon poil babacoolique, tu trouveras une couenne de dictateur comaque.

Je mens tout le temps : je n’aime personne et je fais la bise à tout le monde. Même à la tata qui pique.

Je dis j’aime pas le luxe, mais c’est juste que je suis fauché ; sinon je claquerai tout dans du luxe, à fond et comme un fou. Et je donnerai pas un rond au SDF. Rien. Que dalle. Nib. Hôtels de luxe et jets privés, cendriers d’or. Je laisserai pas un rond à la progéniture. Après moi le Changement Climatique ; qu’ils se démerdent ! Et dressés à la dure, ils se démerderont. Comme moi : en aplatissant les autres. Faut commencer quand ils sont tout jeunes, pareil que pour les chiots. Le pli se prend quand la peau est encore tendre. Après, ça se fige en rictus pour s’achever en plissement fripé. Géologie épidermique. Frapper dans tous les sens du terme, et secouer bien fort.

Je mens parce que je ne suis pas écrivain pour de la vraie : c’est juste pour devenir célèbre et plein aux as, sauf que je suis vraiment con d’avoir choisi ça. Là-dessus, y a pas photo comme on dit. Mais vu que je me mens aussi sec dans la foulée, je parviens à trouver l’extase dans ce déni. C’est pour dire où j’en suis rendu.

Idem quand je tirais à boulets rouges sur les cathos dans l’avant-dernière note : je mens comme eux. Parce que si j’ai pas fait baptiser mes mioches, c’est uniquement pour qu’ils aillent en Enfer, où c’est chauffé gratis. Je mens tellement bien que j’ai niqué le Diable. C’est que je suis croyant, oui-oui. Dieu me fait peur et tout et tout, pire que quand je suis tout seul dans le noir avec les monstres domestiques. Comme Lui, j’ai donné des punitions parfaitement absurdes à mon peuple : copier cent fois GA BU ZO MEU par exemple. Authentique. S’il y en a qui n’y croient pas, faut me le dire : je mettrais la preuve en lignes. Je mens pas, là… Je peux faire un faux en cinq sec’s. Dix peut-être, à tout casser…

À cinquante ans j’en ai dix, c’est pour ça que je mens. Je suis même pas foutu de faire mes cent lignes.

 

Je me mens,
C’est un très bon système,
Je me mens à moi-même,
Quand ça va mal,
Je me mens tout bêtement,
Je me mens timidement,
Inconsciemment, sournoisement,
Sagement pour résoudre le problème,
Je me mens énormément !

Fernandel – 1939

 

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Crapaud-Goudron

© Annie Luraghi 2008

 

toujours j’ai cru qu’ils ne mouraient jamais tout comme les araignées
quand je marchais dessus il continuaient de bouger
longtemps, longtemps

c’était pour moi
l’éternité

je croyais la même chose à propos des araignées
en rêve je les aplatissais
et elles se redressaient sur leur huit pattes
comme un ressort

ayant grandi je n’écrase plus rien
sinon du gros sel gris

pilon de buis
mortier de chêne

tout se transforme
moi je veux bien

*

 

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T’as peur, tu meurs

 

© Cyprien Luraghi 2008

 

On se rassemble, mais pas comme des moutons. Et nous ne sommes pas cuits non plus. Alors qu’en face, ça se défait tout doucement, ça se décante comme une mayo tournée : les huiles rances flottent au dessus des jaunes d’œufs pourris.

Première bonne nouvelle : Siné Hebdo est dans les kiosques et sur la table de la cuisine. Il finira aux pluches, mais en attendant on se l’est siroté, tous autant qu’on est. Et ça vaut son gigot, mais pas d’agneau. Siné Hebdo est à la presse ce que la serviette est à ce torchon de Charlie. Je hais Val et sa coterie de pleutres collabos tout autant que Sarko et sa cour de coquelets cocaïnés et de poulettes arrogantes et infiniment connes.

Le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la peur. Donc je hais, et je choisis mon camp et je connais mon ennemi. Comme ça c’est clair. Et je lis Siné Hebdo, comme ça j’ai pas à aller voir ailleurs pour me faire mon festin de plumes bidonnantes et dramatiques.

J’ai toujours dit que Charlie était devenu un canard d’extrême-droite, mais c’est mon côté rital qui me fait tout exagérer : en fait c’est une gazette moralo-hygiéniste. Charb et Val sont mûrs pour le baptême évangéliste. Mais que fait l’entarteur ? Il écrit dans Siné Hebdo, tiens…

La vraie extrême-droite est ailleurs : en taule comme cette ordure fasciste (j’ai le droit de le dire, contrairement à Val qui l’a fait avec Siné) de Christophe Picard, alias Henri de Fersan, qui vient de se prendre cinq mois fermes pour apologie de crime de guerre et compagnie. J’avais croisé le fer avec ce petit con sur les blogs il y a deux, trois ans et il avait été jusqu’à téléphoner à la maison. Un pauvre type, comme tous les nazis. Mais un pauvre type méchant, comme le sont trop souvent les pauvres cons.

Mais n’est pas pauvre con qui veut. Le notre, de con en chef, est immensément riche. C’est un riche con qui traite les citoyens de pauvres cons. Et qui n’ira pas en prison, pas plus que son prédécesseur Chirac, ou Bernard Tapie. Mais Henri de Fersan ira au trou, lui. Pour avoir écrit ce que Hortefeux fait au quotidien avec sa milice. Les Croix d’Hortefeux, qui sont nettement plus efficaces que les écrits débiles et tintinesques de cette ordure fasciste de Christophe Picard. C’est vrai que Tintin était rexiste, lui aussi.

On peut lire la prose de ce pauvre connard tant que ses blogs ne sont pas fermés.

  ET LÀ AUSSI

 

Le riche con, c’est pas dur à trouver. Tu ouvres la radio, il est toujours dedans. Son nom est prononcé des millions de fois chaque seconde, même qu’il remonte dans les sondages.

***

Mais revenons à nos moutons, justement. Une brebis pour l’occasion, et pour le méchoui dans la foulée. Arrachée de haute lutte par le David de la photo à une meute de chiens courants toutes babines retroussées et les crocs projetés sur son mollet droit, plantés dedans, le jour de son achat. Trou net et sans bavure, pommade antibiotique idoine, bande de gaze et une  réduc’ sur le bestiau, décrétée par le paysan, qui lui offrit un verre de prune. Quarante euros, la belle affaire… que lui fit mon David, au coutelas tranchant le cou de l’animal, qu’il mit ensuite à cuire écartelée sur les grilles d’acier et sur un feu de ceps, après avoir convoqué le raout de la raïa pour fêter le faîtage de sa ruinasse ressuscitée, qui n’avait pas revu de toit depuis la guerre avec Hitler.

 

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Chaussonnier

© Shanti Devi Luraghi 2008

 

Chez les journalistes, on plante des marronniers ; c’est la rentrée par exemple. Chez le Kondukator de l’Ici-Blog, on se complaît à se planter les pieds régulièrement dans une paire de savates fourrées. L’été c’est tongs et les trois-quart du mauvais temps qui reste des chaussongs, cong.

La preuve : j’en ai déjà parlé dans un autre billet.1

J’écris des chaussonniers.

Pourtant, quand je vois des charentaises, je passe mon chemin. Avec elles aux pieds, parfois. Pour chercher le courrier à la boîte, ma promenade quotidienne. De toute façon, faut bien se mettre martel en tête : les pantoufles ne sont plus le symbole de l’immobilité douillette et bienveillante. Sauf à douiller bonbon, elles proviennent toutes d’usines du bout du monde. Si tu veux préserver la tradition française, faut avoir les moyens. Et ceux qui en ont n’achètent pas ou peu. C’est donc la crise.

J’ai rien à raconter alors c’est planplan aujourd’hui. Il ne se passe rien nulle part. Le roi limoge sur lettre de cachet ; la routine. Le RSA ? RAS. L’arnaque habituelle. Je suis rôdé, je réagis même plus. C’est donc ça le bonheur citoyen : un état comateux, concon, cocon, ouate et semelle molle.

Quand je pense qu’il y en a qui se gavent de benzodiazépines aux frais de la Sécu alors qu’une paire de charentaises de Taïwan suffit à ma béatitude, je bous. Doucement tout de même : je frémis, on va dire. Je ménage ma révolte car qui va piano, va sano e va lontano.

Et je suis content parce que tout le monde est content à la maison : Gaspard est tombé sur le bon prof de philo au bahut, et Shanti a un emploi du temps pépère ; Annie a fait houbi avec son célèbre tablier de cuisine avec des poules dessus. Et moi, j’ai juste pensé aux charentaises vite fait en passant devant la boîte à pompes, mais j’ai toujours mes pieds emballés dans une paire de sandales et c’est tant mieux : encore une belle journée que les boches n’auront pas.

 

  1. Lire le billet lié. []
Publié dans Binosophie, Déconnologie, Pilotique, Tout Venant | Mots-clefs : , , , , | 29 commentaires
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