Archives par mois : novembre 2007

Léopardo

© Cyprien Luraghi 2007

 

T’as vu ? T’as peur, hein ?

Les boules, les glandes et les chocottes
et tu fais dans ton froc.

Il te bouffe quand tu coupes la canne,
et charries les fagots de la forêt.
Il aime tes enfants en carpaccio
mais il est beau
et rutile et satine,
ronronne et fait sa frime

Il est plus fort que toi
c’est Dieu.
Tout ce qui est plus fort que toi est dieu
avec ou sans la majuscule.

Tu aimerais bien mater Léopardo
mais tu peux pas
et tu le fuis
tu te tailles dans les bois.

Alors tu te le tailles dans le bois,
comme ça, tu te le mets bien dans la poche.
Pour quand t’auras inventé la poche
et la paire.

***

Moi, je te dis ça de dix mille ans plus tard que toi…
Moi Tarzan, toi King-Kong.
Je suis dans ton futur, Untermensch !

On fait mieux de nos jours, cortex de gnou :
on en a inventé des vibrants, avec des piles dedans.
Et des idoles clignotantes, Jésus-Marie !  

Publié dans Déconnologie, Népal | Mots-clefs : , , , | 7 commentaires

CAPITAL, PARIS

© Annie Luraghi 2007

Derrière la porte il y a les lingots, 

bien empilés.
Ils ne sont pas pour toi
et le monsieur qui les y a rangés
ne te laissera jamais les toucher
et si tu insistais
il pourrait bien te trucider.

Que chez les communistes,
y a un bout de lingot pour chacun
ce qui n’est pas commun.


C’est pour ceci qu’on dit comme ça.
T’as bien compris Marion ?

Viiii…

Alors dis-moi, si t’as tout retenu :
le capital, c’est quoi ?

Capital ? ben capital : Paris…

 

* * *

 

Ça faisait une bonne demi-heure qu’on tentait d’inculquer le capitalisme à Marion, quatorze ans, la cadette de Titou et Katou…

Des ligues de marchands des mers du Nord aux serfs hâves déportés de leurs champs vers l’enfer des manufactures, nous avions tout remouliné fin-fin afin de lui prémâcher la comprenette, vu que la pilotique et la donzelle font bande à part, tout occupée qu’elle est de profiter au max d’être légalement linotte, avant le grand plongeon dans le monde mornement cruel qui lui tendra ses bras velus dans peu d’années.

Du coup, on a passé la fin de la soirée à se marrer et largement dépasser notre quota journalier de rigolade. Ce qui n’est pas bien, parce que trop c’est trop ; et que nous vivons dans une société mesurée, pondérée, docilement calibrée où on égorge les moutons ailleurs que dans nos baignoires, dans des salles blanches, de manière indolore et aseptisée.

On était huit chez Titou, dont quatre lycéens gonflés à bloc et ne causant que mégaphones, syndicalistes lâches, occupations et coordination avec les étudiants.

C’est vrai qu’elle est ignoble, cette loi.
Là, ils ont vraiment raison de gueuler.
Et nous aussi.

On est repartis à onze heure vingt vers Puycity et ça pionçait dans le tapis roulant.

Le ronron du Diesel.

* * *

Rajouti de dernière minute

Il est trois heures vingt et les pompiers viennent de débouler chez notre vieille voisine Edith et j’espère très fort que c’est pas grave…

[NVDF] Edith n’est plus jamais revenue chez elle après ce jour. Elle est morte deux ans plus tard dans une maison de retraite.  

Publié dans Déconnologie, Humain, Pilotique, Tout Venant | Mots-clefs : , | 27 commentaires

À plus Soif’…

"Le commandant Ranger des Trous" Illustration © François Deloncle 2007

Soif et François faisaient la paire au point de ne plus faire qu’un sauf lorsqu’il voyait double, c’est-à-dire quand il avait bu jusqu’à plus ; c’est-à-dire tout le temps. Du moins jusqu’à il y a quelques ans. Une nuit où il s’est retrouvé enveloppé serré dans son vieux véhicule, tout au fond d’un fossé. Depuis soif il n’a plus, si ce n’est d’eau, mais le verlan diminutif lui est resté, et Soif’ il est plus que jamais, et notre bel et bon ami aussi. 

 

Soif'. © Cyprien Luraghi 2007

 

Or voilà : Soif’ est en train de révolutionner l’art moderne, et je ne déconne pas : il vient d’inventer un genre neuf et enfin digne du nouveau siècle : la sculpture conceptuelle non burinée pilotiquement narrative et drôlement élégante.

Dans la droite lignée, mais en trois milliard de fois mieux, que le manga de pierre du héros d’Otakus in Love, qu’une poignée d’ovniolâtres asiaphiles dont je suis a vu cent onze fois, j’en suis sûr.

***

Il y en aura d’autres, mais ce soir je vous présente un personnage essentiel de son œuvre :

Le Commandant Ranger des Trous, qui est un président d’une république.

Là, le Commandant frime en agitant ses pseudo-pagaies sur un lac encerclé de demeures aux demeurant démesurément demeurés.

Le cliché est pris juste avant une grosse colère.
Le bourrelet péri-abdominal a été photoshopé.
Le photographe en est encore tout retourné. 

Publié dans Déconnologie, Humain, Pilotique | Mots-clefs : , , | 1 commentaire

TITANIQUAGE

© Shanti Devi Luraghi 2007
 

 

C’est pas nous qui marchons pas droit
C’est le monde qui va de travers.
La Rue Ketanou

 

Couler le navire pour le redresser,
c’est une drôle de manière…

C’est pas un gouvernement
de sages anchois en caque secs
comme des coups de trique au service du public
qu’on a
mais un baril de brutes.

Je crois que c’est le président qui ne va pas ;
un peuple de moutons dentus
a entrôné un colérique inculte
et puis se vautre dans sa veulerie.

Faisons vinaigre
et virons donc ces huiles

sous les huées !

*

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , | 2 commentaires

De prime abord

© Cyprien Luraghi 2007

 

Il faut pousser.Il y en a qui disent qu’il ne faut pas, et moi je dis que si. Comme ça, c’est le printemps. Poussez tout juste le bouchon, l’ivresse est à votre portée… Je l’écrivais hier parce qu’il faisait nuit, et si froid au dehors, et que dans ces cas-là il faut un peu d’espoir en rêvant à des bananiers géants, des éléphants, des plantes qui poussent dru alors que les feuilles tombent.

***

C’est un bébé lézard qui a poussé sur le plancher de notre chambre ce matin, alors que je m’apprêtais à descendre à la cuisine revêtu de ma tenue de Calbuteman.[1]

Je l’ai descendu à la cuisine et puis bu mon café pendant que la bestiole n’exprimait aucun sentiment visible dans sa boîte, sur la table. J’y ai tiré le portrait et puis je l’ai posé dans les joubarbes, sur le muret de la terrasse. Vu de près, c’est un peu un varan. Vaut mieux pas être une mouche. Sauf que là, mon saurien, tu risques bien de la trouver mauvaise : elles sont toutes clapotées. Et après le redoux, t’auras droit au redur. Il s’en fout, le pépère… Il doit même pas savoir ce que c’est que mourir ; ou bien il tournera au ralenti à l’antigel, planqué le sang glacé dans une fente de muraille.

***

Je me recolle vite fait au chaud, avec un autre grand café ; à la radio ils parlent de notre souverain, l’Inique Holà, l’assassin des enfants de Mandrin ; et c’est alors que l’image me revient pour se superposer à celle de la race des prédateurs qui nous gouvernent comme des merdes.

Sous Caligula, au moins, c’était fun. 

  1. Tricot de peau et caleçon en Flanellex™ ; si vous criez très fort je vous envoie la photo dédicacée sur le blog. []
Publié dans Binosophie, Déconnologie | Mots-clefs : , , , | 2 commentaires
Aller à la barre d’outils