Archives par mois : octobre 2001

Ratiches blues

Une semaine au tas, le Cyp. Tout a commencé mercredi dernier, en rentrant de chez Martine et Jimmy. J’ai tout d’abord cru à une gastro des familles, mais non. Il s’agissait d’un abcès, en fait, une chique pénible survenue à ma grande incisive supérieure, à droite. J’ai les dents mauvaises depuis qu’elles me sont nées, ce qui en rajoute à mon manque de chance inné − c’en est presque drôle, parfois. Il ne m’en reste plus que seize, et encore je n’ose pas compter. Unetelle concassée par un caillou bien traître dans une soupe aux lentilles népalaises, l’autre sur du riz indien, la suivante et ses consœurs ravagées par un microbe ; et puis des racines minables comme le dit mon saint dentiste. Je le vois avec l’auréole, cet homme-là, depuis qu’il m’a décoincé de devant la roulette. J’ai trop laissé traîner comme pour trop de choses, et puis je n’ai pas toujours eu la ressource de me faire soigner étant trop fauché dans les années soixante-dix et quatre-vingt, ou bien trop au loin du ratichier compétent, en plein Himalaya. Je ne compte plus mes rages de dents. J’ai une palette (une grande incisive) qui va sauter, pardi ; un tout petit morceau de moi va s’en aller. C’est l’âge. Mes dents sont moches, elles me font mal et je les hais. Je serais heureux quand j’aurais du plastoc partout collé sur mes mâchoires. Mais pour l’heure je mâche un gros chewing-gum en résine rosâtre, modèle Sécu très cher (j’ai tout de même raqué 4000 balles de ma poche l’an dernier pour pouvoir enfin enfourner autre chose que la soupe du soir et le yaourt y accolé. C’est de ma faute, de ma très grande faute ; j’aurais dû sans doute être un cran plus rôdé à la bureaucratie de chez nous. C’est que sur ma Carte de santé, à l’époque, il était nettement mentionné que j’étais pris en charge pour les prothèses dentaires. La secrétaire de mon quenottier chéri l’a pris à la lettre… et nous avons lancé le traitement. Manque de bol, j’ignorais qu’il fallût nourrir un bureaucrate de merde (une dame très bête et très feignasse, en l’occurrence) et mendigoter le droit inaliénable d’être remboursé à cent pour cent de ma prothèse de pauvre. Droit auquel j’avais droit. Mais non, j’avais fauté irrémédiablement et la donzelle m’entreprit à grands coups de morale, comme quoi j’avais attelé la charrue avant les bœufs. Et de m’engueuler presque, la connasse. Non, il n’y avait pas même moyen de rattraper ma bourde, non, pire qu’aux Assises je n’avais plus aucun droit, n’ayant pas sollicité une Entente Préalable. J’y aurais eu droit mais j’y aurais pas droit et je serais puni de 4000 balles rien que parce que j’avais remué du désordre et que voilà, merde, y a des lois et tu planes, mec ; en plus t’es nazebroque et puis t’y connais rien.

− Oui mais, madame, je pouvais plus manger…
− Ce n’est pas mon problème, monsieur, fallait faire une demande d’entente préalable, tralala…

OK, OK. Je m’étais dit alors : vieux Cyp’, te laisse pas faire, tu vas écrire au Président, cong… Ouèille, Chiraque lui-même. Y a pas besoin de timbre, déjà. Y m’avait répondu, enfin son cabinet, qu’il transmettait ma demande au préfet de Cahors. Qui m’a renvoyé − enfin, son cabinet − à la Sécu du Lot, qui m’a dit que nenni, qu’il eût fallu que je fasse les choses dans l’ordre. Point. Je fais bosser les fonctionnaires, moi, on devrait même me décorer; pensez : ça doit les emmerder mais je leur évite la surdité. Tiens, je me souviens. C’était en 1978 et j’étais objecteur de conscience aux Monuments Historiques, à Paris. On était au mois d’août et ça cognait dur. L’ami Jeff et ma pomme on s’était portés volontaires pour assurer l’été. On faisait les bouche-trous. Là, fallait distribuer le courrier. On tombe sur une lettre pour mister X, sous-comptable de mes couilles au fin-fond des greniers. On l’avait jamais vu, çui-là. Une flèche, le gars, un cas de figure; vingt ans au fond des combles sans se faire repérer. la planque, quoi. On frappe et on entre sans attendre, c’est la règle. Le gars se pignolait peinardement, son Lui nonchalamment ouvert entre ses cuisses maigres, son col pelle à tarte singulièrement agité, ses lunettes cerclées se trémoussant en rythme. Un caniche en rut. Le bonheur. On a posé le courrier sans le déranger; il a soudain pâli, mais ce fut tout; nous sortîmes. Un demi après ça, suivi d’un pan bagnat et… [il est 4 heures 10, Annie est partie chercher les mioches à l’école de Pouliviac (9 bornes) et je mets en ligne; j’envoie la sauce et je fais une pause.] d’une crise de fou-rire grotesque et nécessaire, nous aux anges, clamant à qui voudrait l’entendre qu’il est des fonctionnaires qui se branlent au bureau. Bon, c’est con, je sais; l’astiquage est parfois salutaire : il peut bien vous sauver d’un destin ténébreux ; et puis qu’en ai-je à foutre, hein ?

Si, je sais : ils sont payés, pas moi.

J’ai les crocs, du coup; il est six heures, je vais nous bricoler un truc. On mange tôt, les mioches ont classe demain. On est virés dans cinq mois et trois jours. La Caroline aussi, qui l’a appris avant-hier. Mais c’est une autre histoire.

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Dans le lard de Baleine

 

[NVDF (note venue du futur – 9 octobre 2015) : ce texte en provenance du Sitacyp originel était initialement inclus dans la rubrique « Les éditeurs ». Il s’insère désormais dans le corps même de l’Icyp… de manière très naturelle. Il a été considérablement remanié.]

 

Je ne devrais pas dire de mal de Baleine, qui est un éditeur de gauche et même très à gauche, tout comme moi. Sauf que je ne suis pas éditeur. Ça devait être en mars ou avril 96 : même s’ils m’énervent, j’écoute souvent France-Inter en bossant ; là, il y avait Pouy qui causait dans le poste, lequel m’avait été conseillé par mon libraire cahorsin. De Pouy je n’avais lu qu’un recueil de nouvelles (Palmiers et Crocodiles, chez Clô) et j’avais bien aimé, surtout La Dent qui m’avait bien fait rigoler. Le Pouy était assez remonté : il parlait d’une série de polars, Le Poulpe, qui venait juste de sortir et il faisait appel à manuscrits. Autant dire que j’ai sauté sur l’occase : j’étais en pleine rédaction d’un polar, justement, vu qu’on venait d’en vivre un vrai chez nous l’année d’avant. J’en étais aux trois-quarts de la chose, que j’avais provisoirement intitulée Là où elle est. J’ai refoncé chez mon libraire et lui ai raflé les premiers exemplaires du Poulpe. J’ai lu, j’ai digéré − et c’est parfois très lourd, surtout Raynal et Quadruppani − et j’ai régurgité à ma sauce, en sept semaines à peine : mon Poulpiquet à moi. J’ai emballé le tout, collé plein de timbres… et attendu.

Ça a duré un peu plus de trois ans, l’attente. Trois ans.

Les deux premiers mois j’avais trouvé ça normal. Ensuite j’ai téléphoné et je suis tombé sur une pétasse peu agralante qui m’a balancé son mépris à la gueule. Mon manuscrit serait lu, voilà, en attendant j’attendrai. Quelques mois plus tard, je reprend le bigo et je retombe sur la même sale conne.

J’écris à Pouy. Et rien. MAIS ALORS RIEN. Au téléphone, c’est carrément devenu méchant. Un an se passe. En 97 j’envoie une lettre craignos à Pouy. (Je l’ai perdue, hélas, car elle était particulièrement gratinée). Il me répond. Que mon texte sera « sans doute pris ». Et tente de se justifier en couinant qu’il est tout seul face à une pile monstrueuse de manuscrits. Et il conclut par « amicalement ». Bon. Pouy m’avait répondu, c’est une chose; j’annonçai la nouvelle à Annie. Tout ce qui m’importait, c’était d’être publié, quoi. La gloire et tout, ça fait lurette que j’ai fait croix dessus. À mon âge, hein. On s’amuse plus à ça. Bon bon, le boss écrivait qu’il ne voulait pas être boss, et pourtant il était le boss. Il l’est toujours, notez bien. Je n’ai jamais compris la logique des 68ards. Non. Que l’on se comprenne bien : eux, ils pensent en imposant leur façon de penser, qu’ils sont libertaires. Oui, mais ils le décrètent. Ils te l’imposent, leur truc. Le Pouy a beau dire, on pourrait bien ressortir les archives de France Inter si on n’avait que ça à foutre : il l’a dit ; il a fait appel à manuscrit, le Pouy. Ouais, j’ai bel et bien entendu ; j’ai pas eu la berlue acoustique. Non non, oui oui, il l’a clamé : on veut du Poulpe, qu’on nous l’envoie. Ouais. Ce que que j’ai fait. Puis, on peut pas m’empêcher de penser que c’est une idée fixe archi débile, chez ces gens-là. Que de vouloir à tout prix et en se justifiant, sacrifier le but intrinsèque d’une collection de bouquins sur l’autel du copinage le plus éhonté. Car entre nous − et on n’est pas nombreux, coucou la secte rare − Raynal et autres nazes de la bande, ça ne vaut pas un clou [et ça vend trente ou cent fois plus que moi, bien sûr]. Daeninckx radote, même s’il m’est sympathique et le polar made in France ne vole pas bien haut. Entre nous. Les mecs, j’ai l’impression qu’ils ne savent même pas ce qu’est un flic. C’est abstrait, pour eux. Les gangsters aussi. Ils en ont pas eu comme beau-frère, eux. Ils savent pas. Ils sont dans un monde infantile et gavé, urbain ; surtout ils cachetonnent petit. Un bon livre, il faut des années pour le faire, pas moins ; ça, ils ne l’ont pas compris. Y a le chéquo, d’abord. Ce sont les tâcherons de la littérature moderne. On est bien loin du samizdat. Quant à moi, j’écris sur mon site. J’ai trois lecteurs tous les quinze jours et ça me plaît. Niok.

Fin 97 je mets mon Poulpe en ligne sur le site « Cleex »; il y est toujours, du moins les trois premiers quarts : clic [NVDF : le lien ne fonctionne plus ; il n’est donc plus possible de lire Pour Cigogne le Glas sur Internet… dommage] , c’est là que ça se trouve, vers le bas de la page. En avril 98, je tombe sur le cul : j’apprends, sur le site officieux du Poulpe que je vais être publié. Pas un mot de Baleine.

Et là, plof, voilà que Baleine se casse la gueule. Redressement judiciaire et tout le toutim. Niqué, le Cyp. Grillé par le gong. Enfin bon, la Baleine est finalement rachetée par Le Seuil et la collection continue, à un rythme moins démentiel (quatre Poulpes par mois, si c’est pas de l’industrie…).

Exit cette saloperie de bonne femme, qui laisse la place à une autre, nettement moins pétasse [et même pas du tout, soyons clair]; mais A2K est toujours injoignable. A2K (Antoine de Kerversau) est le boss de Baleine. Je suis trop gentil, parfois, et trop compréhensif. La faillite de Baleine me plonge dans la perplexité : d’un côté ils ont très mal géré leur chose, ont laissé passer un peu n’importe quoi (et surtout leurs copains) et se sont ramassé une gamelle bien méritée, mais de l’autre, je dois reconnaître que Baleine fait suer pas mal de monde dans l’édition. Ils dérangent. Ils publient des ahuris dans mon genre, c’est pour dire. Puis, ils défendent une cause à laquelle j’agrée, pour ne pas dire plus. Et Pouy, même si je dois pour cela me faire détester par les antis, s’il n’est pas un bon écrivain (bon, il a gratté quelques trucs chouettes, mais quand même, il se laisse aller, le gars, il écrit n’importe quoi de nos jours…) est par contre un joyeux camarade. Assez nase cependant, je dois avouer, et c’est même ce qui le rend attachant. La niaiserie attire chez moi la compassion. Pouy est un 68ard pur cru. D’abord. Libertaire, il n’a que ce mot-là en bouche, entre deux gorgeons de picrate. Pouy a la nuque raide et l’utopie en tête, sauf qu’il est à côté de la plaque, au moins autant qu’Arlette. Ces machins-là, il faut les bichonner, y’en a plus des masses, de nos jours. Crouler à ce point-là sous les contradictions, c’est presque trop beau. C’est un antique, dans son genre. Genre je décrète que c’est comme ça et pas autrement, que je sais comment faut faire et pas toi, vu que si tu dis non et que t’es pas d’ac’, c’est pas à la lanterne qu’on te pendra, mais à trois grammes par litre de raisiné, on (il) te traitera de pleins de mots en iste : trotskiste, fasciste, (ouais, il me l’a fait au téléphone, ouais…) crypto-naziste, etcétériste… Ce qui me fait bien rire. Vu que je suis plus bourré que lui (à 43 ans, le foie résiste mieux qu’à 55…) Le gonze, il pige rien à rien, il a pas vu venir, il se devient un tantinet papy derrière ses carreaux modèle sécu, avec ses yeux qui louchent après une certaine heure, je trouve. Il rancit mal, voilà. Mais moi aussi.  Mais bon, surtout c’est qu’il est sourd ; je n’ai pas été seul à me plaindre du traitement infligé par Baleine à nous autres gratteurs.

[NVDF (Note Venue Du Futur – 9 octobre 2015) : un article de Libération raconte bien le naufrage de la Baleine : CLIC]

Axel Oursivi n’a pas poussé aussi loin que moi. Il a fini par publier son Poulpe à lui sur son site à lui, après de longues années d’attente dans l’antichambre virtuelle de la Baleine. C’est là : clic [NVDF : le site n’existe plus]. Il est pourri de rancœur, ce que je comprends bien d’un côté, mais le fait prouve stérile quelques années plus tard. Les choses sont sans doute moins tranchées que cela. Albédo, qui a commis Les Pourritures Célestes, publié par Baleine − collection Poulpiquet −, ne décolle pas non plus de sa haine grave. Je pige, OK, et puis j’ai du mal. Je suis comme ça. Je n’attends pas l’enflure de mon bubon, je cautérise d’emblée. Je gueule grave, quand il le faut. Puis après coup je me colle à ruminer, c’est à dire que j’adopte la sagesse des vaches [pas étonnant qu’elles soient sacrées, en Inde…]. Je médite, en fait ; je pèse le pour et le contre car je sais que nul n’est tout blanc ou tout noir. C’est mon côté baba et je ne me moque pas. Hé oui, le Cyp est un être qui pense et pèse, prend son temps et remâche, jusqu’à trouver − ou pas − le fin mot d’une histoire. Donc voilà : Baleine me fait marner comme une bête, me paye un glorieux sept pour cent, retarde au quasi-infini l’impression de ma petite chose ; je me fais traiter d’ennemi de la Cause et j’en passe, et j’ai malgré tout une espèce de pitié catholique qui m’étreint : ça t’a un de ces côtés arnaque de minable que ça t’en fore le fondement. Non mais, ils doivent vraiment être mal et maladroits pour se planter ainsi.

C’est du tout vu : Pouy s’est largement planté rien qu’à persister dans son diktat poulpien, à savoir qu’il est réellement aveugle et sourd. Sympathique peut-être, mais je ne voudrais pas d’un Pouy comme président. Quant à Antoine, je ne sais pas tout à fait quoi dire. J’ai vu l’homme de près. Il n’est pas méchant, déjà. Mais on n’est pas du même monde. Lui être boss et moi pas. Moi employé, lui patron. Lui coulé de cent briques, certes, mais pas en prison pour dettes quand même.

C’est marrant, toutes ces boîtes de gauche tenues par de militants : pavé haut et bas salaires. Chichonnage en bande avec les employés avant la fermeture (c’était kif dans les agences de voyages où j’ai bossé), fermeture et congés fréquents pour cause de manif, mais le bizness avant tout. Le livre est un produit dont on vit, qu’on lance et qui nous retombe su’ l’coin d’la goule, té ! Pis l’auteur nous fait braire, à râlouiller comme ça seul dans son coin avec ses états d’âme et l’ fait qu’y s’prend pour le Grand Victor. On nous l’fait plus, le coup des Misérables. On vend. 7% au gratteur, entre un et deux à Pouy (directeur de collection), douze à quinze pour l’imprimerie, un bon cinquante pour le distributeur, cinq-cinq de TVA pour la Marianne, le reste à l’éditeur. Et on rajoute au moins trente-six pour le libraire, à l’arrivée. Quant à la promo, mon gars, tu peux t’branler. T’es même pas parisien, c’est pour dire. Un des côtés qui m’énerve le plus, chez Pouy, c’est sa façon de te faire piger que t’es un provincial, un plouque, autant dire. Comme s’il n’y avait de vie qu’en ville.

Bref, j’ai tout un tas de raisons valables pour détester tout ce monde-là, mais je n’y parviens pas, pourtant.

Faudra que j’élucide, un jour…

*

En attendant ce grand jour-là, c’est sur le Sitacyp et pas ailleurs.

*

Or donc survient 99, qui ne se présente pas sous le meilleur angle ; Baleine étant à l’agonie, je peux faire une croix sur mon à-valoir… Déjà qu’il n’est pas bien lourd (12 000 balles brut). On est vachement coulés à la banque et je bois de la bibine à pas cher. J’ai Antoine (De Kerversau) au bout du fil; je lui expose notre dénuement. C’est que j’y comptais ferme, moi, sur la première moitié de l’à-valoir. Ça doit vous faire marrer, c’est rien, juste six mille balles, sauf que nous sommes des pauvres. Je sais, la vie à la campagne est moins chère, y’a les poulets, le jardino, les cèpes et les girolles, tout ça… Ouais. C’est vrai en un sens, c’est même ce qui fait que nous survivons décemment. Enfin, ça fait quatre ans que j’ai les mêmes godasses aux pieds… Les fringues élimées, mais propres : nous voilà.

La publication de Cigogne, prévue en avril, ne pourra se faire qu’à l’automne. Voilà. Mais Antoine va me faire un truc épatant : un chéquo de 6000 balles sur son compte personnel. J’apprécie le beau geste, notre banquière aussi. Le suppositoire prolongera ses effets jusqu’à la parution.

Cigogne sort en octobre, au pire moment. Mais la couverture est fort réussie. Baleine est en cours de rachat et rien n’est encore en place. Le bordel. Cigogne passera complètement inaperçu. Et toc. Enfin pas pour tout le monde ; un Strasbourgeois obscur (mais l’est-il vraiment, ce brave homme?), ami d’un gribouilleur tout autant inconnu, Stéphane Perger, 25 ans depuis un an ou deux, tout timide − quoique pas tant que ça, surtout devant une pilée de demis… − et le lui a collé dans les pattes, alors que ledit Steph’ a ses susdites papattes qui le démangent, qu’il est en pleine fièvre et qu’il vient de croiser les destins lumineux d’une bande de zinards montpelliérains ; j’ai nommé le gang à Jade et à 6 pieds sous Terre. Qui lui ont demandé d’illustrer un Poulpe. Et voici que le mien devient sixième d’une collection ravagée du synapse.

L’an 2000 se passe, Steph bosse comme un cinglé et en octobre il accouche d’un truc magistral. J’ai le cul troué quand il m’envoie les premières planches :

 

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Illustrations © Stéphane Perger 1998 – Reproduction interdite.

 

 

C’est dans le même temps que je traduis La Liste.

Quand la BD sort, 6 Pieds sous Terre envoie mon à-valoir aux éditions du Seuil, qui a racheté Baleine. Et là, atroce surprise, je découvre qu’il n’y a pas qu’en droit pénal qu’on parle de confusion de peine; là, il s’agit de pognon : vu que je n’ai pas vendu assez de Poulpes -merci pour l’absence absolue de promo, chez Baleine-, mon à-valoir se retrouve « avalé » par la Machine Seuil. Déjà que je ne touche que 5% sur le prix de vente hors taxes et que l’à-valoir n’était que de 4500 francs… Enfin bon, on le saura : un écrivain, ça bosse et ça n’est pas payé. Va t’en expliquer ça à ton assistante sociale…

 

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Plan de boulet

5 octobre 2001

Je dois remplir mon dossier de demande d’aide sociale : l’AS de la SGDL me l’a rappelé hier au téléphone. C’est pas bien, j’aurais dû le faire avant. Cyp, tu laisses traîner les choses et puis après tu te plains que ça foire… Non, non madame ! Objection : j’étais super malade. Oui, voilà madame : j’étais avant-hier chez Jean et Marie, qui sont charcutiers à Pouliviac et je leur bricolais quelques améliorations sur leur ordinateur, de façon à ce que ça ne plante plus. Tout un truc. Dans ces cas-là je me fais payer en nature : trois heures de réglage contre un gros tas de saucisse sèche. Impeccable, mon garçon, faut bien vivre après tout. [NVDF du 20 août 2015 : peu de temps après je devenais dépanneur officiel avec ma petite asso 1901.] Je rentre à huit heures et voilà que je me sens mal. Très très MAL, madame. Une gargantuesque gastro des familles, tenez : c’est la spécialité du grand Sud-Ouest. Et puis hein, juste avant, les yeux dans le sable à me scanner des trois cent pages et des pour vous offrir un Sitacyp encore plus beau. Un ex-chômeur en cours d’inscrip’ au RMI qui bosse comme ça, c’est louche. Un peu mon ami que c’est louche. C’est le statut de l’écriveur moderne. Tant mieux, comme ça on coûte pas cher et on fait pas chier. En revanche, il n’est pas interdit de mordiller la main qui nous nourrit. Non ?

Si.

J’aime pas les Friskies® au lapin, je préfère le Sheba® sauce chasseur. Comme avant-hier, je continue à dresser le portait de l’ami Serge Tassopardo. [NVDF du 20 août 2015 : un billet lui a été consacré pour célébrer sa mémoire quelques années plus tard : CLIC]

6 octobre 2001

C’est samedi, ça passe et ça repasse sous les fenêtres ; les poulets piaillent, effrayés par le trafic et le barouf : les chasseurs sont de sortie. Ça m’énerve et en même temps je m’en fous. C’est depuis qu’ils ont construit un cabanon de chasse dans les bois du père Roudy, à trois cent mètres de la Cazelle. Mais ils se sont calmés; depuis trois ans c’est le gendre à Roudy qui fait la police; il a des enfants, il sait ce que c’est. Avant, ils fonçaient par grappes de dix bagnoles à 80 à l’heure et maintes gallines se sont retrouvées laminées…

− C’est vos poules, ça, monsieur ? dit l’automobiliste.
− Ah non, les miennes sont pas si plates…

Justement, ce soir on assassine. Deux coqs au moins. Ils sont tout petits, nos coqs, pas plus de 900 grammes à l’arrivée, mais alors ils sont trop bons. Leur chair a le goût du gibier. Elle est sombre et ferme, pas filandreuse du tout, les os sont recouvert d’un périoste très bleu. C’est étrange, on a l’impression de manger du dinosaure miniature. Mais les poulets sont des petits dinos, en fin de compte. C’est con, j’ai pas de magnéto, sinon je vous collerai une séquence sonore qui vous ferait comprendre de quoi je cause. Les poulets, quand ils se parlent c’est tout un truc. Rien que la ponte, c’est toute une affaire. Ah ! le cri de ponte ! [on peut, bien sûr, m’offrir un enregistreur mini-disc doté d’un bon micro, ça n’est pas interdit… tout le monde en profiterait, non ?]

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Transe Himalayenne

Il ne faut pas croire que je branle dans le manche avec le poil au creux de la main, non : je viens juste de m’achever un de ces marathons dont je suis fervent : scanner Pistes Himalayennes en entier (315 pages !) et régurgiter le texte par le truchement miraculeux de l’OCR . Il n’est bien entendu pas question de mettre ce texte en ligne tel quel : primo il est encore en vente et je n’en possède que la moitié des droits. Pourtant ça me titille. Alors voilà : je vais de ce pas refondre tout le texte et en refaire autre chose. Un autre livre publié en ligne (et à l’œil) qui s’intitule(ra) Transe Himalayenne.

[NVDF (note venue du futur – 20 août 2015) : ce projet ne verra le jour que partiellement sur le Sitacyp originel, mais sera repris par la suite sous forme de billets sur l’Icyp (catégorie « Himal » et « Népal » et étiquette « Transe Himalayenne » : il me faudra sans doute encore quelques années avant de finaliser la chose… mais y a pas l’feu au lac, non mais. ]

Pistes Himalayennes - Cyprien Luraghi et Mukti Gurung - Albin Michel 1991

 

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